Proust numérologue ?

Proust numérologue ?

 

Tout le monde ne lit pas les commentaires de mes chroniques. Ils peuvent être pourtant plus intéressants que les textes qui les provoquent.

Comment définir celui que « My Dear » Marcelita Swann, grande collectionneuse de prousteries comme d’autres ramassent des coquillages, m’a adressé, intitulé « Proust and numbers ? ».

Elle attire mon attention sur un ouvrage : The UAB Marcel Proust Symposium, proposé à l’occasion des 75 ans de Du côté de chez Swann par William C. Carter et publié par l’University of Alabama at Birmingham en 1989.

L’une des contributions est signée J. Theodore Johnson, Jr. : Proust Referential Strategies and the Interrelations of the Liberal and Visual Arts.

Dans son commentaire adressé à « Dear Patrice », ma chère Marcelita parle d’ « astronomy », de « mathematics », de « buried treasures » (trésors enterrés) renvoyant aux fables de Robert Lewis Stevenson (que Proust a lu).

 

Je n’ai pas tout compris à la démonstration johnssonienne consacrée à un paragraphe (pourquoi lui ?) de Du côté de chez Swann dont la plupart des onze phrases (mais pas toutes !) ont un nombre de mots qui font penser au cycle de la Lune : sept pour la première, soit une semaine ; vingt-neuf pour la deuxième et la troisième, soit une lunaison chacune ; quatorze pour la quatrième, soit deux semaines ; vingt-huit pour la sixième et la huitième, soit quatre semaines chacune ; deux cent vingt-et-un pour la neuvième, qui, ajoutés aux cent vingt-sept de la onzième donnent trois cent quarante-huit, soit douze lunaisons ou une année lunaire ! Rien ne justifie les soixante-six mots de la cinquième phrase ni les neuf de la dixième…

Pas tout compris ? Correction : je n’ai rien compris.

Constatant qu’elle ne lit pas le français, Marcelita ne peut que croire que c’est vrai (« I can only trust this is true ») — mais quoi ?

 

HELP !

 

Le détail dépiauté par Johnson :

1- Il en avait eu souvent la pensée. (7)

2 – Maintenant qu’il s’était remis à son étude sur Ver Meer il aurait eu besoin de retourner au moins quelques jours à la Haye, à Dresde, à Brunswick. (29)

3 – Il était persuadé qu’une «Toilette de Diane» qui avait été achetée par le Mauritshuis à la vente Goldschmidt comme un Nicolas Maes était en réalité de Ver Meer. (29)

4 – Et il aurait voulu pouvoir étudier le tableau sur place pour étayer sa conviction. (14)

5 – Mais quitter Paris pendant qu’Odette y était et même quand elle était absente — car dans des lieux nouveaux où les sensations ne sont pas amorties par l’habitude, on retrempe, on ranime une douleur — c’était pour lui un projet si cruel, qu’il ne se sentait capable d’y penser sans cesse que parce qu’il se savait résolu à ne l’exécuter jamais. (66)

6 – Mais il arrivait qu’en dormant, l’intention du voyage renaissait en lui — sans qu’il se rappelât que ce voyage était impossible — et elle s’y réalisait. (28)

7 – Un jour il rêva qu’il partait pour un an; penché à la portière du wagon vers un jeune homme qui sur le quai lui disait adieu en pleurant, Swann cherchait à le convaincre de partir avec lui. (38)

8 – Le train s’ébranlant, l’anxiété le réveilla, il se rappela qu’il ne partait pas, qu’il verrait Odette ce soir-là, le lendemain et presque chaque jour. (28)

9 – Alors encore tout ému de son rêve, il bénit les circonstances particulières qui le rendaient indépendant, grâce auxquelles il pouvait rester près d’Odette, et aussi réussir à ce qu’elle lui permît de la voir quelquefois; et, récapitulant tous ces avantages : sa situation, — sa fortune, dont elle avait souvent trop besoin pour ne pas reculer devant une rupture (ayant même, disait-on, une arrière-pensée de se faire épouser par lui), — cette amitié de M. de Charlus, qui à vrai dire ne lui avait jamais fait obtenir grand’chose d’Odette, mais lui donnait la douceur de sentir qu’elle entendait parler de lui d’une manière flatteuse par cet ami commun pour qui elle avait une si grande estime, — et jusqu’à son intelligence enfin, qu’il employait tout entière à combiner chaque jour une intrigue nouvelle qui rendît sa présence sinon agréable, du moins nécessaire à Odette, — il songea à ce qu’il serait devenu si tout cela lui avait manqué, il songea que s’il avait été, comme tant d’autres, pauvre, humble, dénué, obligé d’accepter toute besogne, ou lié à des parents, à une épouse, il aurait pu être obligé de quitter Odette, que ce rêve dont l’effroi était encore si proche aurait pu être vrai, et il se dit : « On ne connaît pas son bonheur. (221)

10 – On n’est jamais aussi malheureux qu’on croit. » (9)

11 – Mais il compta que cette existence durait déjà depuis plusieurs années, que tout ce qu’il pouvait espérer c’est qu’elle durât toujours, qu’il sacrifierait ses travaux, ses plaisirs, ses amis, finalement toute sa vie à l’attente quotidienne d’un rendez-vous qui ne pouvait rien lui apporter d’heureux, et il se demanda s’il ne se trompait pas, si ce qui avait favorisé sa liaison et en avait empêché la rupture n’avait pas desservi sa destinée, si l’événement désirable, ce n’aurait pas été celui dont il se réjouissait tant qu’il n’eût eu lieu qu’en rêve : son départ; il se dit qu’on ne connaît pas son malheur, qu’on n’est jamais si heureux qu’on croit. (127)

 

Proust adepte de la numérologie — croyance, pas science ­— ? I can’t believe it !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Today’s lucky number is 143.

    « Joyeux anniversaries! » to our beloved Marcel Proust!
    Let’s toast with his favorite Champagne, Veuve Clicquot.

    (Look at your Twitter account.)

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