Nombres — Les années

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Les années

 je m’en moque comme de l’an quarante (III)

je me soucierais de l’opinion du tiers et du quart comme de l’an quarante (III)

 

ta filiation en ligne directe est établie par les généalogistes depuis l’an 63 de l’ère chrétienne ; tu as pour belles-sœurs deux impératrices. (III)

 

Tes aïeux étaient princes de Clèves et de Juliers dès 647 ; (III)

 

Vers 1233, Eudes le Bouteiller, seigneur d’Escalecliff, partit pour la Terre-Sainte ; (IV)

 

— Je vous ai répété cent fois comment le titre était entré dans la maison de Hesse, dit le duc (pendant que nous allions voir la photographie et que je pensais à celles que Swann me rapportait à Combray), par le mariage d’un Brabant, en 1241, avec la fille du dernier landgrave de Thuringe et de Hesse, (III)

 

En tous cas il fit un choix autre et devint monsieur de Villeparisis. Comme il n’y en a plus depuis 1702, j’ai pensé qu’il voulait modestement signifier par là qu’il était un monsieur de Villeparisis, petite localité près de Paris, qu’il avait une étude d’avoué ou une boutique de coiffeur à Villeparisis. (III)

 

Mais la vieille argenterie — ayant été fondue par deux fois, au moment des traités d’Utrecht, quand le Roi lui-même, imité en cela par les grands seigneurs, donna sa vaisselle, et en 1789 — est rarissime. (V)

(des principes égalitaires de 1789 elle ne réclamait qu’un droit du citoyen, celui de ne pas prononcer comme nous et de maintenir qu’hôtel, été et air étaient du genre féminin) (VI)

 

C’est ainsi que l’élégance et le plaisir avaient repris ; l’élégance, à défaut des arts, cherchait à s’excuser comme ceux-ci en 1793, année où les artistes exposant au Salon révolutionnaire proclamaient que ce serait à tort qu’il paraîtrait « étrange à d’austères républicains que nous nous occupions des arts quand l’Europe coalisée assiège le territoire de la liberté ». (VII)

 

M. Henry Bidou, disait que l’offensive d’Hindenburg en mars 1918, c’était « la bataille de séparation d’un adversaire massé contre deux adversaires en ligne, manœuvre que l’empereur a réussie en 1796 sur l’Apennin et qu’il a manquée en 1815 en Belgique ». (VII)

 

— Mais je crois bien ! Tu verras Napoléon ne pas attaquer quand toutes les règles voulaient qu’il attaquât, mais une obscure divination le lui déconseillait. Par exemple, vois à Austerlitz ou bien, en 1806, ses instructions à Lannes. Mais tu verras des généraux imiter scolastiquement telle manœuvre de Napoléon et arriver au résultat diamétralement opposé. (III)

 

Je serais fort surpris que quelque Aimée de Coigny n’attendît pas du développement de la guerre que fait la République ce qu’en 1812 Aimée de Coigny attendit de la guerre que faisait l’Empire. (VII)

 

Ses rapides déplacements de troupes, ses feintes, soit qu’il ne laisse qu’un mince rideau devant un de ses adversaires pour tomber toutes forces réunies sur l’autre (Napoléon 1814), (VII)

 

M. Henry Bidou, disait que l’offensive d’Hindenburg en mars 1918, c’était « la bataille de séparation d’un adversaire massé contre deux adversaires en ligne, manœuvre que l’empereur a réussie en 1796 sur l’Apennin et qu’il a manquée en 1815 en Belgique ». (VII)

Là, l’impression d’Orient que je venais d’avoir se renouvela et d’autre part à l’évocation du Paris du Directoire succéda celle du Paris de 1815. Comme en 1815 c’était le défilé le plus disparate des uniformes des troupes alliées ; (VII)

 

Et parfois, dans le velours bleu du corsage un soupçon de crevé Henri II, dans la robe de satin noir un léger renflement qui soit aux manches, près des épaules, faisaient penser aux « gigots » 1830, (II)

Cependant je regardais Robert et je songeais à ceci. Il y avait dans ce café, j’avais connu dans la vie, bien des étrangers, intellectuels, rapins de toute sorte, résignés au rire qu’excitaient leur cape prétentieuse, leurs cravates 1830 et bien plus encore leurs mouvements maladroits, (III)

ces cours d’histoire de France qu’en rhétorique on arrête indifféremment, selon la fantaisie des programmes ou des professeurs, à la Révolution de 1830, à celle de 1848, ou à la fin du second Empire. (VI)

 

ces cours d’histoire de France qu’en rhétorique on arrête indifféremment, selon la fantaisie des programmes ou des professeurs, à la Révolution de 1830, à celle de 1848, ou à la fin du second Empire. (VI)

 

Je les ai vus en 70 ; ils n’ont plus peur de la mort, dans ces misérables guerres ; c’est ni plus ni moins des fous ; et puis ils ne valent plus la corde pour les pendre, ce n’est pas des hommes, c’est des lions. (Pour Françoise la comparaison d’un homme à un lion, qu’elle prononçait li-on, n’avait rien de flatteur.) (I)

Dix exemples de cela en 1870. (III)

Le vieillard le plus insignifiant avec qui nous dînons est celui dont, dans un livre sur la guerre de 70, nous avons lu avec émotion la fière lettre au prince Frédéric-Charles. (III)

pour nous en tenir à 1870, la garde prussienne à Saint-Privat, les turcos à Froeschviller et à Wissembourg. (III)

Ce n’est pas plus périmé que l’Iliade. J’ajoute qu’on est presque condamné aux attaques frontales parce qu’on ne veut pas retomber dans l’erreur de 70, mais faire de l’offensive, rien que de l’offensive. (III)

Il portait, ce qu’il n’avait jamais fait jusque-là, la décoration qu’il avait gagnée comme tout jeune mobile, en 70, (IV)

Ainsi, si la bouchère avait entendu dire que les Anglais nous avaient fait la guerre en 70 en même temps que les Prussiens, et que j’eusse eu beau expliquer que ce fait était faux, toutes les trois semaines la bouchère me répétait au cours d’une conversation : « C’est cause à cette guerre que les Anglais nous ont faite en 70 en même temps que les Prussiens. — Mais je vous ai dit cent fois que vous vous trompez. » Elle répondait, ce qui impliquait que rien n’était ébranlé dans sa conviction : « En tous cas, ce n’est pas une raison pour leur en vouloir. Depuis 70, il a coulé de l’eau sous les ponts, etc. » Une autre fois, prônant une guerre avec l’Angleterre, que je désapprouvais, elle disait : « Bien sûr, vaut toujours mieux pas de guerre ; mais puisqu’il le faut, vaut mieux y aller tout de suite. Comme l’a expliqué tantôt la sœur, depuis cette guerre que les Anglais nous ont faite en 70, les traités de commerce nous ruinent. (IV)

Mme de Cambremer qui, en 70, dans un château qu’elle avait dans l’Est, surprise par l’invasion, avait dû souffrir pendant un mois le contact des Allemands (IV)

Ceux qui ont vécu pendant la guerre de 1870, par exemple, disent que l’idée de la guerre avait fini par leur sembler naturelle, non parce qu’ils ne pensaient pas assez à la guerre mais parce qu’ils y pensaient toujours. (VI)

Pourtant M. de Norpois avait à sa dévotion un très ancien journal français et qui même en 1870, quand il était ministre de France dans un pays allemand, lui avait rendu grand service. Ce journal était (surtout le premier article, non signé) admirablement rédigé. Mais il intéressait mille fois davantage quand ce premier article (dit « premier-Paris » dans ces temps lointains, et appelé aujourd’hui, on ne sait pourquoi, « éditorial ») était au contraire mal tourné, avec des répétitions de mots infinies. Chacun sentait alors avec émotion que l’article avait été «inspiré». Peut-être par M. de Norpois, peut-être par tel autre grand maître de l’heure. Pour donner une idée anticipée des événements d’Italie, montrons comment M. de Norpois se servit de ce journal en 1870, inutilement trouvera-t-on, puisque la guerre eut lieu tout de même; très efficacement, pensait M. de Norpois, dont l’axiome était qu’il faut avant tout préparer l’opinion. Ses articles, où chaque mot était pesé, ressemblaient à ces notes optimistes que suit immédiatement la mort du malade. Par exemple, à la veille de la déclaration de guerre, en 1870, quand la mobilisation était presque achevée, M. de Norpois (restant dans l’ombre naturellement) avait cru devoir envoyer à ce journal fameux, l’éditorial suivant… (VI)

il aurait la souffrance d’entendre Françoise lui dire : « Enfin c’est fini et il va falloir qu’ils nous donnent plus que nous ne leur avons donné en 70 ». (VII)

 

il a beau avoir toute une parenté allemande, son père revendiquait avant tout son titre de grand seigneur français, il a repris du service en 1871 et a été tué pendant la guerre de la plus belle façon. (IV)

 

Au bas du portrait était écrit : Miss Sacripant, octobre 1872. (II)

 

Elle avait l’air sous ses cheveux dorés tout plats – un peu un chignon ébouriffé de grosse poupée mécanique sur une figure étonnée et immuable de poupée aussi – auxquels se superposait un chapeau de paille plat aussi, de l’Exposition de 1878 (dont elle eût certes été alors, et surtout si elle eût eu alors l’âge d’aujourd’hui, la plus fantastique merveille) venant débiter son compliment dans une revue de fin d’année, mais de l’Exposition de 1878 représentée par une femme encore jeune. (VII)

 

Plus même que l’incarnation de l’exposition universelle de 1878, elle eût été, dans une exposition végétale d’aujourd’hui, la curiosité et le clou. Pour moi du reste, elle ne semblait pas dire : « Je suis l’Exposition de 1878 », mais plutôt : « Je suis l’allée des Acacias de 1892 ». (VII)

 

Albertine amie de MlleVinteuil et de son amie, pratiquante professionnelle du Saphisme, c’était, auprès de ce que j’avais imaginé dans les plus grands doutes, ce qu’est au petit acoustique de l’Exposition de 1889, dont on espérait à peine qu’il pourrait aller du bout d’une maison à une autre, les téléphones planant sur les rues, les villes, les champs, les mers, reliant les pays. (IV)

 

elle ne semblait pas dire : « Je suis l’Exposition de 1878 », mais plutôt : « Je suis l’allée des Acacias de 1892 ». (VII)

 

Ainsi pour nous autres cavaliers, nous vivons sur le Service en Campagne de 1895 dont on peut dire qu’il est périmé, puisqu’il repose sur la vieille et désuète doctrine qui considère que le combat de cavalerie n’a guère qu’un effet moral par l’effroi que la charge produit sur l’adversaire. (III)

 

il s’était trouvé écrire très souvent : « J’ai dénoncé dès 1897 » ; « j’ai signalé en 1901 » ; (VII)

 

il s’était trouvé écrire très souvent : « J’ai dénoncé dès 1897 » ; « j’ai signalé en 1901 » ; (VII)

 

« Tout en tenant compte des prophéties de Moltke, relis, me dit-il, comme si je l’avais déjà lu, le décret du 28 octobre 1913 sur la conduite des grandes unités, tu verras que le remplacement des réserves du temps de paix n’est pas organisé, ni même prévu, ce qu’on n’eût pas manqué de faire si la guerre devait être longue. » (VII)

 

Je rentrai alors dans un Paris bien différent de celui où j’étais déjà revenu une première fois comme on le verra tout à l’heure, en août 1914, pour subir une visite médicale, après quoi j’avais rejoint ma maison de santé. (VII)

La dame qui connaissait les Guermantes depuis 1914 regardait comme une parvenue celle qu’on présentait chez eux en 1916, lui faisait un bonjour de douairière, la dévisageait de son face-à-main et avouait dans une moue qu’on ne savait même pas au juste si cette dame était ou non mariée. « Tout cela est assez nauséabond », concluait la dame de 1914 qui eût voulu que le cycle des nouvelles admissions s’arrêtât après elle. (VII)

En 1914, pendant les deux mois que j’avais passés à Paris, j’avais aperçu M. de Charlus et vu Bloch et Saint-Loup, ce dernier seulement deux fois. (VII)

Gilberte m’écrivait (c’était à peu près en septembre 1914) (VII)

Tout au plus me dit-il que depuis 1914 s’étaient en réalité succédé plusieurs guerres, les enseignements de chacune influant sur la conduite de la suivante. (VII)

son départ de Paris à la fin de 1914 y était représenté rétrospectivement d’une manière assez différente. (VII)

Gilberte était persuadée maintenant qu’elle n’était pas allée à Tansonville comme elle me l’avait écrit en 1914 pour fuir les Allemands et pour être à l’abri, mais au contraire pour les rencontrer et défendre contre eux son château. (VII)

D’ailleurs, avez-vous remarqué avec quelles ruses Norpois a toujours commencé dès 1914 ses articles aux neutres ? (VII)

La plus grande impression de beauté que nous faisaient éprouver ces étoiles humaines et filantes était peut-être surtout de faire regarder le ciel vers lequel on lève peu les yeux d’habitude dans ce Paris dont, en 1914, j’avais vu la beauté presque sans défense, attendre la menace de l’ennemi qui se rapprochait. Il y avait certes maintenant comme alors la splendeur antique inchangée d’une lune cruellement, mystérieusement sereine, qui versait aux monuments encore intacts l’inutile beauté de sa lumière, mais comme en 1914, et plus qu’en 1914, il y avait aussi autre chose, (VII)

La nuit était aussi belle qu’en 1914, comme Paris était aussi menacé. (VII)

 

Ces idées, tendant, les unes à diminuer, les autres à accroître mon regret de ne pas avoir de dons pour la littérature, ne se présentèrent plus à ma pensée pendant les longues années que je passai à me soigner, loin de Paris, dans une maison de santé où d’ailleurs, j’avais tout à fait renoncé au projet d’écrire, jusqu’à ce que celle-ci ne pût plus trouver de personnel médical, au commencement de 1916. (VII)

Un des premiers soirs de mon nouveau retour à Paris en 1916, ayant envie d’entendre parler de la seule chose qui m’intéressait alors, la guerre, je sortis, après le dîner, pour aller voir Mme Verdurin (VII)

Ainsi faisaient en 1916 les couturiers (VII)

La dame qui connaissait les Guermantes depuis 1914 regardait comme une parvenue celle qu’on présentait chez eux en 1916, (VII)

 

M. Henry Bidou, disait que l’offensive d’Hindenburg en mars 1918, c’était « la bataille de séparation d’un adversaire massé contre deux adversaires en ligne, manœuvre que l’empereur a réussie en 1796 sur l’Apennin et qu’il a manquée en 1815 en Belgique ». Quelques instants auparavant Robert comparait devant moi les batailles à des pièces où il n’est pas toujours facile de savoir ce qu’a voulu l’auteur, où lui-même a changé son plan en cours de route. Or, pour cette offensive allemande de 1918, sans doute en l’interprétant de cette façon, Robert ne serait pas d’accord avec M. Bidou. (VII)

Les Allemands dans l’offensive de mars 1918 avaient-ils pour but de prendre Amiens ? Nous n’en savons rien. (VII)

 

Les opinions du duc de Guermantes n’avaient pas tardé à changer. Attribuer ce changement à l’influence d’une Anglaise n’est pas aussi extraordinaire que cela eût pu paraître si on l’eut prophétisé même en 1919, où les Anglais n’appelaient les Allemands que les Huns et réclamaient une féroce condamnation contre les coupables. (VII)

 

Récapitulons : 63, 647, 1233, 1241, 1702, 1789, 1793, 1796, 1806, 1812, 1814, 1815, 1830, 1848, 1870, 1871, 1872, 1878, 1892, 1895, 1897, 1901, 1913, 1914, 1916, 1918, 1919.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 


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