Mirougrain et Montjouvain

Mirougrain et Montjouvain

 

À Combray, Mirougrain est une ferme qui appartint à tante Léonie et Montjouvain la maison de Vinteuil.

À Illiers, Mirougrain est la maison de Juliette Joinville et Montjouvin (sans a) un moulin.

 

Dans Du coté de chez Swann, il est dit qu’il faudrait un incendie pour forcer la tante du Héros « à aller passer l’été dans sa jolie ferme de Mirougrain, où il y avait une chute d’eau. » Dans La Fugitive, elle l’a vendu à son fermier, « un gros », se faisant désormais appeler Ménager de Mirougrain. C’est tout pour ce lieu.

 

Proust est plus disert sur Montjouvain. Dans Du côté de chez Swann, il nous raconte que la maison du musicien est « du côté de Méséglise », « en contre-bas d’un monticule buissonneux », « au bord d’une grande mare » et que le jardiner serre ses instruments dans « une petite cahute  recouverte en tuiles ».

L’actuel propriétaire des lieux, Didier Brunet, m’a montré hier matin le kiosque bordant l’étang devant le manoir. Il n’y a pas de doute, selon lui, que c’est lui qui est décrit dans le premier volume de la Recherche :

 

*Après une heure de pluie et de vent contre lesquels j’avais lutté avec allégresse, comme j’arrivais au bord de la mare de Montjouvain devant une petite cahute recouverte en tuiles où le jardinier de M. Vinteuil serrait ses instruments de jardinage, le soleil venait de reparaître, et ses dorures lavées par l’averse reluisaient à neuf dans le ciel, sur les arbres, sur le mur de la cahute, sur son toit de tuile encore mouillé, à la crête duquel se promenait une poule.

 

Hôte accueillant (quand je ne m’étais pas fait annoncer) et passionnant, le maître des lieux, descendant d’une lignée installée à Mirougrain depuis 1920, m’a autorisé à fixer la description proustienne telle qu’il la croit fidèle :

La "cahute" vue de la berge (Photo PL, Droits réservés D. Brunet)

La « cahute » vue de la berge (Photo PL, Droits réservés D. Brunet)

 

La même (un kiosque) vue du manoir (Photo PL, Droits réservés D. Brunet)

La même (un kiosque) vue du manoir (Photo PL, Droits réservés D. Brunet)

 

 

Dans l’œuvre, Mirougrain est surtout le cadre où se situe la chambre de Mlle Vinteuil qui abrite la scène de sadisme et de lesbianisme, sur lequel le Héros, traumatisé, revient à plusieurs reprises dans l’œuvre.

Le vrai Mirougrain, du côté de Guermantes, est donc le Montjouvain de la fiction, du côté de chez Swann.

 

Il sert aussi de modèle… à lui-même, sous le nom de « maison de plaisance » appartenant à une jeune femme qui n’est pas de la région et a choisi de venir « s’enterrer » là. Le personnage réel qui inspire cette mystérieuse dame au « visage pensif » est une poétesse appelée Juliette Joinville qui ajoutait d’Artois pour ses écrits (voir la chronique La mystérieuse Juliette est enterrée à Illiers-Combray).

 

Entrecroisements permanents dans le labyrinthe génialement construit par notre cher Marcel…

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et