Erratum I

Erratum I

 

L’erreur étant humaine, on devrait parler d’errat’homme !

 

Qu’on la nomme aberration, ânerie, bavure, betise, bévue, boulette, bourde, confusion, coquille, distration, étourderie, faiblesse, faute, faux pas, incohérence, inattention, inexactitude, lapsus, maladresse ou mégarde, c’est toujours quelque chose que l’on se devrait d’éviter.

 

Marcel Proust n’est pas à l’abri et livre dans son livre sont lot de sottises. Il n’y a pas de quoi en remplir une brouette, mais il est plaisant de les récolter.

 

Ainsi, dans Sodome et Gomorrhe, quelques personnages se rendent de Balbec à la Raspelière en voiture — ou plutôt dans deux voitures :

*La princesse (donnant des explications au cocher, comme eût fait une espèce de dame d’honneur de Mme Verdurin, laquelle, à cause des Cambremer, n’avait pu venir à la gare, ce qu’elle faisait du reste rarement) me prit, ainsi que Brichot, avec elle dans une des voitures. Dans l’autre montèrent le docteur, Saniette et Ski.

 

Voilà-ti pas, quelques lignes plus bas, que le médecin intervient dans la discussion entre la princesse et Brichot sur Mme Verdurin et la mort de Dechambre :

*— Ah ! mille tonnerres de Zeus, s’écria Brichot, ah ! ça a dû être un coup terrible, un ami de vingt-cinq ans ! En voilà un qui était des nôtres ! — Évidemment, évidemment, que voulez-vous, dit Cottard. Ce sont des circonstances toujours pénibles ; mais Mme Verdurin est une femme forte, c’est une cérébrale encore plus qu’une émotive. — Je ne suis pas tout à fait de l’avis du docteur, dit la princesse, à qui décidément son parler rapide, son accent murmuré, donnait l’air à la fois boudeur et mutin.

 

« Mais, cher Blogobole, pourriez-vous me dire, peut-être sont-ils déjà arrivés. » Non, non puisque c’est ensuite que le Héros apporte cette précision :

* De la hauteur où nous étions déjà, la mer n’apparaissait plus.

 

Enfin, les voilà à destination :

*La voiture s’arrêta un instant. Elle repartit, mais le bruit que faisaient les roues dans le village avait cessé. Nous étions entrés dans l’allée d’honneur de la Raspelière où M. Verdurin nous attendait au perron.

 

L’hôte échange avec le Héros et Brichot, puis s’exclame : « Tenez, voilà Cottard »… ce qui semblerait indiquer qu’il est arrivé après, replacé dans l’autre voiture.

 

Et alors ! Un peu plus tôt, Brichot a dit du livre de l’ancien curé de Combray sur l’origine des noms de lieux :

*l’ouvrage, qui est à la Raspelière et que je me suis amusé à feuilleter, ne me dit rien qui vaille ; il fourmille d’erreurs.

 

Sans aller jusqu’à ce verbe qui suggère l’abondance, on pourrait en dire autant d’À la Recherche du Temps perdu. A-t-il moins de charme ? Son génie en est-il altéré ? Bien sur que non. Mais, cher Marcel, si errare huma’homme est, persev’errare, diabolic’homme !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et