1ère chronique sonore

1ère chronique sonore

 

Je n’y croyais, pas, j’ai essayé, ça marche !

Je suis heureux de vous offrir une chanson — pas à lire, mais bel et bien à écouter, et dans une version telle que Proust lui-même l’a écoutée.

 

‘O Sole Mio (Mon Soleil), est une chanson napolitaine de 1898. Les paroles sont du poète local Giovanni Capurro et la musique du chanteur Edduardo Di Capua, lui aussi de Naples. Le ténor Enrico Caruso l’a enregistrée, participant à son succès mondial.

 

Elle est citée sept fois dans La Fugitive, chantée par un musicien vénitien. Il est sur une barque — Proust ignore-t-il le mot « gondole » ? — arrêtée en face de l’hôtel du Héros à Venise.

 

La voici, pour vos oreilles que je chéris, telle qu’elle est disponible sur You Tube.

 

 

Les extraits :

*quand fut venue l’heure où, suivie de toutes mes affaires, elle partit pour la gare, je me fis apporter une consommation sur la terrasse, devant le canal, et m’y installai, regardant se coucher le soleil tandis que sur une barque arrêtée en face de l’hôtel un musicien chantait Sole mio. (VI, 167)

*je n’étais plus qu’un cœur qui battait et qu’une attention suivant anxieusement le développement de Sole mio. (VI, 167)

*Cette Venise sans sympathie pour moi, où j’allais rester seul, ne me semblait pas moins isolée, moins irréelle, et c’était ma détresse que le chant de Sole mio, s’élevant comme une déploration de la Venise que j’avais connue, semblait prendre à témoin. (VI, 168)

*Ma pensée, sans doute pour ne pas envisager une résolution à prendre, s’occupait tout entière à suivre le déroulement des phrases successives de Sole mio en chantant mentalement avec le chanteur, à prévoir pour chacune d’elles l’élan qui allait l’emporter, à m’y laisser aller avec elle, avec elle aussi à retomber ensuite. (VI, 168)

*cette occupation sans plaisir en elle-même d’écouter Sole mio se chargeait d’une tristesse profonde, presque désespérée. (VI, 168)

*«Je vais entendre encore une phrase de Sole mio» (VI, 168)

*ce chant de désespoir que devenait Sole mio et qui, ainsi clamé devant les palais inconsistants, achevait de les mettre en miettes et consommait la ruine de Venise (VI, 169)

 

Où ai-je mis mon gramophone ? Je cours dans le grenier

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

6 comments to “1ère chronique sonore”

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  1. Mille mercis d’ensoleiller ainsi notre dimanche!

  2. merci pour ce rappel très romantique d’une solitude « vénitienne » chantée par Caruso. Je suis un parfait béotien, j’ignorais que Proust l’appréciait et en avait parlé. La présentation est très agréable…

  3. Il me semble, cher Patrice, que Proust n’a pas été le seul à frémir à l’écoute de la solitude carusienne. Dans le si formidable film « Un air de famille » de Klapish, c’est également en écoutant la voix du ténor que le personnage joué par Bacri clôt la scène de la fin, en s’enfonçant dans la solitude. Ce n’est pas « o sole mio », c’est « une furtiva lagrima », mais l’émotion est du même ordre (je crois que Woody Allen a aussi utilisé la voix de Caruso, dans le même air) :

    http://youtu.be/t936rzOt3Zc

  4. Eh, c’est super
    Mais je n’arrive toujours pas a lire Marcel, meme en essayant chaque ete, comme tout un chacun

  5. AH Evidemment cet air que j’ai écouté tant et tant de fois dans ma voiture en allant travailler me plonge dans « mon » temps de manière proustienne et et me permet en « même temps » d’en découvrir un autre qui me semble plus désuet puisqu’il n’est pas le mien. Il n’en ote pas le plaisir. Merci ami !

  6. Thinking of Proust’s sense of humor in « poking fun, » I believe this rendition would bring a smile to his cheeks.

    They sing the song twice; GO to @2:45 and watch Domingo and Carreras tease Pavarotti’s singing style.

    « O Sole Mio » Pavarotti, Carreras, Domingo – Rome 1990
    http://www.youtube.com/watch?v=ZvLZSgP0QMY

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