Marcel, la momie et le Japon

Marcel, la momie et le Japon

 

Il ne faut pas rater les livraisons de la revue Shiso [Pensée], espace de réflexion critique pour les philosophes et les spécialistes de littérature au Japon, que la maison d’édition Iwanami, installée à Tokyo, fait paraître depuis 1912. Le numéro 1077 est consacré à Marcel Proust.

Shiso

Shiso

 

 

Kazuyoshi Yoshikawa y publie un article de quinze pages sur « Les Découvertes archéologiques dans À la recherche du temps perdu : les sculptures grecques et la momie de l’Égypte ». Il analyse comment Proust a connu les images des civilisations antiques comme celles de Pompéi, de l’Égypte, de l’Assyrie et de la Grèce, à travers les découvertes archéologiques contemporaines. En se référant à la phrase qui clôt À l’ombre des jeunes filles en fleurs, le perspicace traducteur suggère que le jour d’été à Balbec, ainsi déplacé dans le souvenir, est devenu un « double » du véritable jour d’été. De même, comme l’auteur nous explique en se référant au volume Le Caire (1909) dans la collection « Les Villes d’art célèbre », la momie avait été considérée dans l’Égypte antique comme un « double » du décédé. Dans une démarche qui m’est chère, décortiquer l’œuvre, aucun détail n’échappe à l’analyse de Yoshikawa qui met en lumière la relation des éléments minuscules avec la construction totale de la Recherche.

 

J’arrête de faire le malin ! Ces informations, je les tire du site fabula.org consacré à « la recherche en littérature », consulté grâce à une alerte de Google.

 

En réalité, cette chronique n’a qu’un seul but : vous inviter à relire cette si bouleversante phrase de fin du deuxième tome :

« Et tandis que Françoise ôtait les épingles des impostes, détachait les étoffes, tirait les rideaux, le jour d’été qu’elle découvrait semblait aussi mort, aussi immémorial qu’une somptueuse et millénaire momie que votre vieille servante n’eût fait que précautionneusement désemmailloter de tous ses linges, avant de la faire apparaître, embaumée dans sa robe d’or. »

 

Que c’est beau !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Marcel, la momie et le Japon”

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  1. Yes, Patrice, this passage is one of my personal favorites, as it reminds me of the talent Françoise possesses using fabric and pins….and how the narrator, « Marcel, » will create his novel like Françoise builds/constructs her dresses.

    « De sorte que je ne leur demanderais pas de me louer ou de me dénigrer, mais seulement de me dire si c’est bien cela, si les mots qu’ils lisent en eux-mêmes sont bien ceux que j’ai écrits (les divergences possibles à cet égard ne devant pas, du reste, provenir toujours de ce que je me serais trompé, mais quelquefois de ce que les yeux du lecteur ne seraient pas de ceux à qui mon livre conviendrait pour bien lire en soi-même). Et changeant à chaque instant de comparaison, selon que je me représentais mieux, et plus matériellement, la besogne à laquelle je me livrerais, je pensais que sur ma grande table de bois blanc je travaillerais à mon oeuvre, regardé par Françoise. Comme tous les êtres sans prétention qui vivent à côté de nous ont une certaine intuition de nos tâches et comme j’avais assez oublié Albertine pour avoir pardonné à Françoise ce qu’elle avait pu faire contre elle, je travaillerais auprès d’elle, et presque comme elle (du moins comme elle faisait autrefois : si vieille maintenant, elle n’y voyait plus goutte), car, épinglant de-ci de-là un feuillet supplémentaire, je bâtirais mon livre, je n’ose pas dire ambitieusement comme une cathédrale, mais tout simplement comme une robe.

    « Quand je n’aurais pas auprès de moi tous mes papiers, toutes mes paperoles, comme disait Françoise, et que me manquerait juste celui dont j’aurais eu besoin, Françoise comprendrait bien mon énervement, elle qui disait toujours qu’elle ne pouvait pas coudre si elle n’avait pas le numéro du fil et les boutons qu’il fallait, et puis, parce que, à force de vivre ma vie, elle s’était fait du travail littéraire une sorte de compréhension instinctive, plus juste que celle de bien des gens intelligents, à plus forte raison que celle des gens bêtes.
    […]
    « À force de coller les uns aux autres ces papiers, que Françoise appelait mes paperoles, ils se déchiraient çà et là. Au besoin Françoise pourrait m’aider à les consolider, de la même façon qu’elle mettait des pièces aux parties usées de ses robes ou qu’à la fenêtre de la cuisine, en attendant le vitrier comme moi l’imprimeur, elle collait un morceau de journal à la place d’un carreau cassé. » MP

    Thank you for letting me remember.

  2. patricelouis says: -#1

    Dear Marcelita,
    Thank you for these words and for letting me remember an other passage I’m fond of. In Le Temps retrouvé, it’s about the way of building/constructing a book :

    « Pour en donner une idée, c’est aux arts les plus élevés et les plus différents qu’il faudrait emprunter des comparaisons ; car cet écrivain […] devrait
    préparer son livre minutieusement, avec de perpétuels regroupements de forces, comme une offensive,
    le supporter comme une fatigue,
    l’accepter comme une règle,
    le construire comme une église,
    le suivre comme un régime,
    le vaincre comme un obstacle,
    le conquérir comme une amitié,
    le suralimenter comme un enfant,
    le créer comme un monde »…

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