Manhattan-sur-Vivonne

Manhattan-sur-Vivonne

 

Dans la famille proustienne, il y a de la place pour tout le monde. J’ai pensé à l’Évangile selon saint Jean à l’occasion d’une récente rencontre quand Jésus dit à ses disciples : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures » (14, 2). Remplacez « mon Père » par « Proust » et vous voilà prêt à balayer les idées reçues sur le portrait-type du passionné.

 

Permettez-moi de vous présenter Elias. Il a 21 ans, ses parents sont Porto-Ricains, lui est né à Manhattan et il délaisse New York en ce moment pour une université du Massachusetts  où il suit des études de littérature qui l’ont plongé dans À la Recherche du Temps perdu. Ces jours-ci, il était en France. Pour sa première sortie hors des États-Unis d’Amérique, il fallait une impérieuse raison. La voici : partir à la rencontre de Marcel Proust — ni plus ni moins. Dans son voyage, une étape à Illiers-Combray s’est imposée à notre jeune Yankee en baskets et le contact qu’il a noué avec moi ne relève pas du hasard.

 

Il a pour ami un Turc prénommé Melhi, proustien lui aussi, dont je vous ai parlé dans la chronique Istanbul-sur-Loir. Elias m’a donc envoyé un mel m’annonçant sa venue, précédée d’un conseil de son camarade : « He and I studied Proust together, and he said that meeting you in Combray was the best part of his trip, and so he recommended that I get in touch with you as well. »

 

Ainsi fut fait. Je l’ai accueilli à la gare…

01 Gare

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

… invité à déjeuner aux Aubépines…

02 Les Aubépines

 

… fait monter dans la chambre de tante Léonie…

03 Chez tante Léonie

 

 

 

 

 

 

 

 

… conduit au pied de Gilbert le Mauvais à l’église…

04 A l'église

… emmené au Pré Catelan…

05 Au Pré Catelan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

… dans le petit raidillon…

06 Dans le raidillon

… et jusqu’à Tansonville où je lui ai montré l’endroit d’où l’on voit le mieux la maison de Swann.

07 A Tansonville

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’envisage très sérieusement de réclamer mon diplôme de guide au Pays de Combray.

 

En attendant, je suis allé vérifier dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs qu’il est question de la ville natale de mon jeune ami. C’est bien le cas :

*Et dès la veille Françoise avait envoyé cuire dans le four du boulanger, protégé de mie de pain comme du marbre rose ce qu’elle appelait du jambon de Nev’-York. Croyant la langue moins riche qu’elle n’est et ses propres oreilles peu sûres, sans doute la première fois qu’elle avait entendu parler de jambon d’York avait-elle cru — trouvant d’une prodigalité invraisemblable dans le vocabulaire qu’il pût exister à la fois York et New-York — qu’elle avait mal entendu et qu’on aurait voulu dire le nom qu’elle connaissait déjà. Aussi, depuis, le mot d’York se faisait précéder dans ses oreilles ou devant ses yeux si elle lisait une annonce de : New qu’elle prononçait Nev’. Et c’est de la meilleure foi du monde qu’elle disait à sa fille de cuisine : « Allez me chercher du jambon chez Olida. Madame m’a bien recommandé que ce soit du Nev’-York. »

 

Cher Elias, permettez-moi de vous offrir cette vue de votre « borough » new yorkais au temps de Proust…

Manhattan skyline, 1915

Manhattan skyline, 1915

 

 

Tendons-nous la main, de la Vivonne à l’Hudson, de Combray à Broadway !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Cher Patrice, je suis chaque jour émerveillée par vos recherches et votre extraordinaire constance. Chaque jour, grâce à vous, je découvre encore tant de choses sur ce cher Marcel, qu’il semble que le sujet soit inépuisable. C’est un rendez-vous précieux. Et que d’humour, de malice, de vitalité! Mille fois bravo et mille fois merci!
    Chantal

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