Mais qui sont les « pannés » ?

Mais qui sont les « pannés » ?

 

Ils se glissent par deux fois dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

 

Les « pannés ». L’adjectif est aussi simple que mystérieux, les dictionnaires s’accordant à le dire populaire et aujourd’hui vieilli. Il signifie sans argent, pauvre, ruiné, démuni, miséreux/rable, misérable. Le Littré propose : Il est bien panné. Il a un air panné ; le Dictionnaire de l’Académie française : À force de jouer, il est complètement panné. Je regrette de ne pouvoir vous obliger, étant moi-même momentanément panné. Et le Grand Robert cite notamment la Cousine Bette de Balzac : « une femme tannée, fanée, panée, dit-il en employant une atroce expression de l’argot des ateliers »…

 

Proust l’utilise entre guillemets :

*Comme je savais qu’avant le déjeuner Mme Swann sortait pendant une heure et allait faire quelques pas avenue du Bois, près de l’Étoile, et de l’endroit qu’on appelait alors, à cause des gens qui venaient regarder les riches qu’ils ne connaissaient que de nom, le « Club des Pannés » — j’obtins de mes parents que le dimanche, — car je n’étais pas libre en semaine à cette heure-là, — je pourrais ne déjeuner que bien après eux, à une heure un quart, et aller faire un tour auparavant. Je n’y manquai jamais pendant ce mois de mai, Gilberte étant allée à la campagne chez des amies. (II, 147)

*entre Mme Swann et la foule, celle-ci sentait ces barrières d’une certaine sorte de richesse, lesquelles lui semblent les plus infranchissables de toutes. Le faubourg Saint-Germain a bien aussi les siennes, mais moins parlantes aux yeux et à l’imagination des « pannés ». Ceux-ci auprès d’une grande dame, plus simple, plus facile à confondre avec une petite bourgeoise, moins éloignée du peuple, n’éprouveront pas ce sentiment de leur inégalité, presque de leur indignité, qu’ils ont devant une Mme Swann. (II, 149-150)

 

Une indication est précieuse : s’il semble que les « pannés » forment un groupe, c’est aussi un lieu. Il se situe entre l’Étoile et le Bois de Boulogne à Paris.  Il est stratégique pour des flâneurs et des flâneuses désargentés pour observer les riches représentés par Mme Swann, roturière comme eux, et non par des aristocrates. On vient à plusieurs et on regarde, sûrement avec envie mais aussi, dans une bien parisienne autodérision, d’un air moqueur. Il ne faut pas considérer le mot « club » comme un ensemble organisé. Ce sont des badauds réunis de façon informelle.

 

Il n’est guère d’éléments disponibles sur ces « pannés »-là, bien inscrits dans la fin du XIXe siècle. Deux œuvres leurs sont toutefois consacrées.

Le Club des Pannés est une revue en trois actes du vaudevilliste Ernest Blum, du librettiste Raoul Toché, sur une musique d’Albert Wolff, crée en 1887 au Théâtre du Palais-Royal.

Personnages...

Personnages…

 

 

 

 

 

 

 

 

...du "Club...

…du « Club…

... des Pannés"

… des Pannés »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avenue du Bois de Boulogne — club des Pannés est un tableau, le premier grand succès d’Albert Dagnaux, peint en 1893.

Club des Pannés, Dagnaux

 

 

Il semble être aussi un programme de lanterne magique, d’un certain Stop. Il s’agit de Louis Morel-Retz (1825-1899), peintre, graveur, élève de Gleyre, puis caricaturiste à la fin du Second Empire, publiant régulièrement dans Le Charivari et le Journal amusant.

Club des Pannés Stop

 

Pour me sortir de la panne d’autres informations, vous êtes les bienvenus.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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