Le parler Norpois (24)

XXIV : Retour du cliché.

[Charlus au Héros :] D’abord avez-vous remarqué ce pullulement d’expressions nouvelles qu’emploie Norpois qui, quand elles ont fini par s’user à force d’être employées tous les jours – car vraiment il est infatigable, et je crois que c’est la mort de ma tante Villeparisis qui lui a donné une seconde jeunesse – sont immédiatement remplacées par d’autres lieux communs. Autrefois je me rappelle que vous vous amusiez à noter ces modes de langage qui apparaissaient, se maintenaient, puis disparaissaient : « celui qui sème le vent récolte la tempête » ; « les chiens aboient, la caravane passe » ; « faites-moi de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances, disait le baron Louis » ; « il y a là des symptômes qu’il serait exagéré de prendre au tragique mais qu’il convient de prendre au sérieux » ; « travailler pour le roi de Prusse » (celle-là a d’ailleurs ressuscité, ce qui était infaillible). Hé bien, depuis, hélas, que j’en ai vu mourir ! Nous avons eu « le chiffon de papier », « les empires de proie », « la fameuse Kultur qui consiste à assassiner des femmes et des enfants sans défense », « la victoire appartient, comme disent les Japonais, à celui qui sait souffrir un quart d’heure de plus que l’autre» , « les Germano-Touraniens », « la barbarie scientifique », « si nous voulons gagner la guerre selon la forte expression de M. Lloyd George », enfin ça ne se compte plus, et « le mordant des troupes », et « le cran des troupes ».

 

 

 

 


CATEGORIES : Divertissement/ AUTHOR : patricelouis

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