Fiche — Parent religieux épiant le Héros au chevet de sa grand’mère, un

Parent religieux épiant le Héros au chevet de sa grand’mère, un [III]

Ecclésiastique français

 

Personnage fictif.

 

Beau-frère de la grand’mère du Héros.

 

 

C’est le beau-frère de la grand’mère du Héros. Il obtient de son supérieur en Autriche l’autorisation de venir à son chevet de mourante. Très triste, il lit des prières et des médiations sans cesser de la regarder, ce qui fait mal au Héros qui se met à le regarder. Paraissant surpris de sa pitié, il se cache le visage derrière ses mains, comme absorbé dans ses prières. Croyant qu’il n’est pas vu, il laisse un écart entre ses doigts pour observer le jeune homme et s’assurer de la sincérité de sa douleur, comme à l’abri d’un confessionnal. Leurs regards se croisent et il resserre ses doigts. Quand les deux hommes se revoient, plus tard, ils n’évoquent pas cette minute et le Héros conclut que le prêtre et le juge d’instruction ont des points communs.

 

 

*Un beau-frère de ma grand’mère, qui était religieux, et que je ne connaissais pas, télégraphia en Autriche où était le chef de son ordre, et ayant par faveur exceptionnelle obtenu l’autorisation, vint ce jour-là. Accablé de tristesse, il lisait à côté du lit des textes de prières et de méditations sans cependant détacher ses yeux en vrille de la malade. À un moment où ma grand’mère était sans connaissance, la vue de la tristesse de ce prêtre me fit mal, et je le regardai. Il parut surpris de ma pitié et il se produisit alors quelque chose de singulier. Il joignit ses mains sur sa figure comme un homme absorbé dans une méditation douloureuse, mais, comprenant que j’allais détourner de lui les yeux, je vis qu’il avait laissé un petit écart entre ses doigts. Et, au moment où mes regards le quittaient, j’aperçus son œil aigu qui avait profité de cet abri de ses mains pour observer si ma douleur était sincère. Il était embusqué là comme dans l’ombre d’un confessionnal. Il s’aperçut que je le voyais et aussitôt clôtura hermétiquement le grillage qu’il avait laissé entr’ouvert. Je l’ai revu plus tard, et jamais entre nous il ne fut question de cette minute. Il fut tacitement convenu que je n’avais pas remarqué qu’il m’épiait. Chez le prêtre comme chez l’aliéniste, il y a toujours quelque chose du juge d’instruction. D’ailleurs, quel est l’ami, si cher soit-il, dans le passé, commun avec le nôtre, de qui il n’y ait pas de ces minutes dont nous ne trouvions plus commode de nous persuader qu’il a dû les oublier ? (III, 237)

 

 

 


CATEGORIES : Ecclésiastique, Personnage fictif/ AUTHOR : patricelouis

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