Proust en short ?

Proust en short ?

 

Allons bon, le fou de Proust a encore frappé…

Quelle idée de vouloir faire du souffreteux Marcel un sportif !

 

Le rideau retombé sur le tennis à Roland-Garros fini, relevé sur le football au Brésil, avant de l’être sur le vélo au Tour de France, il est bon de s’intéresser à ses rapports avec les activités physiques. Et il ne les dédaigne pas.

 

Evidemment, les notations ne manquent pas où les sportifs sont opposés aux intellectuels et l’on devine le camp du Héros.

 

Quand il voit à Balbec des jeunes filles poussant des bicyclettes, il ne les imagine pas autrement que comme « des maîtresses de coureurs cyclistes, de champions de boxe ».

Sur le jeune comte Arnulphe de Surgis-le-Duc, qui professe son goût pour de nombreux sports (golf, tennis, ballon, course à pied, polo, ski), Charlus est consterné, arborant  « le sourire transcendant de l’intellectuel qui ne prend même pas la peine de dissimuler qu’il se moque ».

Sur une petite laitière, le Héros n’est pas plus tendre : « Je sentis qu’elle devait déjà aimer les sports et que dans quelques années elle dirait : vivre sa vie. Je lui dis que décidément je n’avais pas besoin d’elle et je lui donnai cinq francs. »

 

Seul l’esprit peut corriger l’image du sportif  à l’intelligence nécessairement limitée. Trois exemples :

Sur Saint-Loup : « Ce jeune homme qui avait l’air d’un aristocrate et d’un sportsman dédaigneux n’avait d’estime et de curiosité que pour les choses de l’esprit, surtout pour ces manifestations modernistes de la littérature et de l’art qui semblaient si ridicules à sa tante; il était imbu, d’autre part, de ce qu’elle appelait les déclamations socialistes, rempli du plus profond mépris pour sa caste et passait des heures à étudier Nietzsche et Proudhon. »

Sur une jeune fille en fleurs : « Andrée était remplie de quelque chose que je connaissais trop. J’avais cru le premier jour voir sur la plage une maîtresse de coureur, enivrée de l’amour des sports, et Andrée me disait que si elle s’était mise à en faire, c’était sur l’ordre de son médecin pour soigner sa neurasthénie et ses troubles de nutrition, mais que ses meilleures heures étaient celles où elle traduisait un roman de George Eliot. »

Sur Octave « Dans les choux », l’heure vient à la rédemption : « Ce n’est que depuis peu qu’il se savait, qu’il s’avouait, qu’il voulait être proclamé un intellectuel. Pour la première fois les valeurs autres que sportives ou noceuses existaient pour lui. »

 

Albertine constate, désolée, que son ami ne pratique ni le golf, ni la danse, ni l’équitation : « Je vois que vous n’êtes pas comme moi, j’adore tous les sports ! », mais il a songé à faire des efforts : « il arriva, que peu à peu se détacha d’elle mon désir de pénétrer dans sa vie, de la suivre dans les pays où elle avait passé son enfance, d’être initié par elle à une vie de sport ». Et on n’oublie pas qu’enfant, il a joué aux barres avec Gilberte aux Champs-Elysées et qu’à Balbec, il a fait du vélo, mais se montrant moins rapide que son aimée.

 

Avec l’actualité de la Coup du monde de football, j’ai renoncé à rechercher des occurrences de mots tels que dribble, penalty ou Maracana. Quant aux ballons, cités une douzaine de fois, ce sont plus souvent des ballons de jupes, d’oxygène, d’essai et, guerre oblige, captifs. Deux fois seulement, ce sont des ballons de sport : on a vu Arnulphe en jouer et le Héros se souvient d’une « petite bande [qui] jouait au ballon ».

 

Alors, est-ce sans appel ? Il semble bien que le conscrit Proust soit monté sur un cheval, mais la réponse, hélas, est sans ambigüité sous forme de photo. Elle est célèbre celle qui montre Marcel à vingt ans au tennis du boulevard Bineau à Neuilly.

148 Court de tennis bld Bineau, Neuilly, 1891

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il tient bien une raquette, mais comme une guitare. D’ailleurs, il n’est pas plus convaincant en gratteur de cordes qu’en tennisman. Je dois confesser n’avoir pas trouvé de photos de Proust en short ou en culottes courtes. Il montre bien une fois cuisses et genoux, mais c’est parce qu’avec son frère Robert, il est en jupe !

148 Marcel et Robert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Damned !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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