Fiche – Duc de Guastalla I

Guastalla, Albert, duc de [III]

Aristocrate français

 

Personnage fictif.

 

Fils de la princesse de Parme.

Cousin du baron de Charlus.

 

Guastalla est dans la plaine du Pô, en Italie. Son territoire est créé duché au XVIIe siècle par Ferdinand II du Saint-Empire. En 1748, avec le traité d’Aix-la-Chapelle, le duché est réuni au duché de Parme gouverné par un Bourbon. La ville redevient un duché autonome, en 1806, attribué à  Camille Borghese,mari de Pauline Bonaparte. En 1815, le duché retourne au duché de Parme gouverné par Marie-Louise d’Autriche, la seconde épouse de Napoléon 1e,r, qui le conserve jusqu’en 1847. Dés 1844, Charles II cède la ville et les territoires annexes au duc de Modène alors même que Marie-Louise est encore duchesse. En 1861, Guastalla intègre le royaume d’Italie.

 

 

Au dîner chez les Guermantes, la princesse de Parme dit au Héros combien son fils Albert allait regretter de n’être pas là pour le voir. Ignorant de qui il s’agit, le Héros comprend finalement que l’altesse ne le connaît ni lui ni sa famille et que sa posture est destinée à montrer combien elle n’a pas de mépris pour les roturiers.

Audacieuse, la duchesse de Guermantes propose à la princesse de Parme d’aller voir avec elle la collection des Iéna que l’intéressée tient pour des usurpateurs, leur fils portant, comme le sien, le titre de duc de Guastalla,

Charlus est tout aussi sévère, voulant ne connaître que le seul duc, son cousin qui vient régulièrement le saluer respectueusement. Quant à son homonyme, il prétend que sa mère, une Iéna, porte ce patronyme car elle couche sous le pont du même nom.

 

 

*dès que je fus auprès d’elle elle ne me tendit pas sa main, mais prit familièrement la mienne et me parla sur le même ton que si j’eusse été aussi au courant qu’elle des bons souvenirs à quoi elle se reportait mentalement. Elle me dit combien Albert, que je compris être son fils, allait regretter de n’avoir pu venir. Je cherchai parmi mes anciens camarades lequel s’appelait Albert, je ne trouvai que Bloch, mais ce ne pouvait être Mme Bloch mère que j’avais devant moi puisque celle-ci était morte depuis de longues années. Je m’efforçais vainement à deviner ce passé commun à elle et à moi auquel elle se reportait en pensée. Mais je ne l’apercevais pas mieux, à travers le jais translucide des larges et douces prunelles qui ne laissaient passer que le sourire, qu’on ne distingue un paysage situé derrière une vitre noire même enflammée de soleil. Elle me demanda si mon père ne se fatiguait pas trop, si je ne voudrais pas un jour aller au théâtre avec Albert, si j’étais moins souffrant, et comme mes réponses, titubant dans l’obscurité mentale où je me trouvais, ne devinrent distinctes que pour dire que je n’étais pas bien ce soir, elle avança elle-même une chaise pour moi en faisant mille frais auxquels ne m’avaient jamais habitué les autres amis de mes parents. Enfin le mot de l’énigme me fut donné par le duc : «Elle vous trouve charmant», murmura-t-il à mon oreille, laquelle fut frappée comme si ces mots ne lui étaient pas inconnus. C’étaient ceux que Mme de Villeparisis nous avait dits, à ma grand’mère et à moi, quand nous avions fait la connaissance de la princesse de Luxembourg. Alors je compris tout, la dame présente n’avait rien de commun avec Mme de Luxembourg, mais au langage de celui qui me la servait je discernai l’espèce de la bête. C’était une Altesse. Elle ne connaissait nullement ma famille ni moi-même, mais issue de la race la plus noble et possédant la plus grande fortune du monde, car, fille du prince de Parme, elle avait épousé un cousin également princier, elle désirait, dans sa gratitude au Créateur, témoigner au prochain, de si pauvre ou de si humble extraction fût-il, qu’elle ne le méprisait pas. À (III, 297-298)

*[La duchesse de Guermantes à la princesse de Parme :] Mais c’est vrai, Votre Altesse ne connaît pas leur collection [aux Iéna]. Oh! elle devrait absolument y venir une fois avec moi. C’est une des choses les plus magnifiques de Paris, c’est un musée qui serait vivant.

Et comme cette proposition était une des audaces les plus Guermantes de la duchesse, parce que les Iéna étaient pour la princesse de Parme de purs usurpateurs, leur fils portant, comme le sien, le titre de duc de Guastalla, Mme de Guermantes en la lançant ainsi ne se retint pas (tant l’amour qu’elle portait à sa propre originalité l’emportait encore sur sa déférence pour la princesse de Parme) de jeter sur les autres convives des regards amusés et souriants. (III, 363)

*Je changeai de conversation et lui demandai si la princesse d’Iéna était une personne intelligente. M. de Charlus m’arrêta, et prenant le ton le plus méprisant que je lui connusse :

— Ah! Monsieur, vous faites allusion ici à un ordre de nomenclature où je n’ai rien à voir. Il y a peut-être une aristocratie chez les Tahitiens, mais j’avoue que je ne la connais pas. Le nom que vous venez de prononcer, c’est étrange, a cependant résonné, il y a quelques jours, à mes oreilles. On me demandait si je condescendrais à ce que me fût présenté le jeune duc de Guastalla. La demande m’étonna, car le duc de Guastalla n’a nul besoin de se faire présenter à moi, pour la raison qu’il est mon cousin et me connaît de tout temps; c’est le fils de la princesse de Parme, et en jeune parent bien élevé, il ne manque jamais de venir me rendre ses devoirs le jour de l’an. Mais, informations prises, il ne s’agissait pas de mon parent, mais d’un fils de la personne qui vous intéresse. Comme il n’existe pas de princesse de ce nom, j’ai supposé qu’il s’agissait d’une pauvresse couchant sous le pont d’Iéna et qui avait pris pittoresquement le titre de princesse d’Iéna (III, 395)

 

 


CATEGORIES : Aristocrate, Personnage fictif/ AUTHOR : patricelouis

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