Proust privatisé

Proust privatisé

 

Il fallait y penser… Désormais, nul ne peut utiliser l’expression « la madeleine de Proust » quand il s’agit du fameux gâteau, sauf à encourir les foudres de la personne qui a déposé le nom à l’INPI.

De qui s’agit-il ? Consultons le site de l’Institut National de la Propriété Industrielle (http://www.inpi.fr/fr/accueil.html). On retrouve d’abord un nom connu, l’inénarrable Igor Bogdanoff, qui, en 2008, a accaparé « LA MADELEINE DE PROUST ».

 

Celui qui nous intéresse est autre. C’est quelqu’un qui a multiplié les dépôts : « La Madeleine de Proust », « Le célèbre gâteau Petite Madeleine de Marcel Proust », « Le Madeleinier de Proust », « Chez Marcel Proust ».

Est-ce à dire que l’on devra payer des droits à chaque fois que l’on se propose d’aller à Cabourg ou à Illiers-Combray, chez Marcel Proust, ou que l’on se remémore sa madeleine de Proust ? Que nenni, le « I » final d’INPI ne signifie pas « intellectuelle ». Cette propriété-là est inaliénable.

 

Pour rester dans le domaine littéraire, supposons qu’un horloger veuille faire main basse sur « le quart d’heure de Rabelais », un opticien sur « les yeux de Chimène » un maçon sur « le pilier de Claudel », un charcutier sur « un pourceau d’Épicure », un tripier sur « la langue d’Ésope »,  un agent immobilier sur « le complexe d’Œdipe », un éleveur sur « les moutons de Panurge », un tisseur sur « la toile de Pénélope », un brocanteur sur « un inventaire à la Prévert », un galeriste sur « le syndrome de Stendhal »…

 

Faut-il trembler pour « courtelinesque », « kafkaien », « ubuesque », « cartésien », « cornélien », « machiavélique », « gargantuesque », « pantagruélique » ?

 

Pour en finir avec ce cher Marcel, je me demande bien qui pourrait s’emparer du « questionnaire de Proust ».

 

J’ai l’air de me moquer mais le fond de ma pensée est d’une autre nature. Dans un monde où, dit-on, tout s’achète, je suis admiratif que quelqu’un ait pensé à faire de Proust une marque déposée. Les autres n’avaient qu’à y penser aussi et avant. Ces industriels de la pâtisserie qui fabriquent en gros et commercialisent en grand des madeleines, Bonne Maman, Saint-Michel, Ker Cadélac, autant de noms trouvés dans les rayons de trois grandes surfaces du pays proustien(cf. la chronique « Des madeleines, en veux-tu en voilà »), où avaient-ils la tête ?

Notre déposant à l’INPI, lui, a vu tout l’intérêt de s’approprier une formule (pas que culinaire) connue dans le monde entier.

Mais, nous ne sommes pas au bout de nos surprises car l’affaire dépasse largement une jolie gourmandise baptisée madeleine. C’est ce que nous verrons demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Proust privatisé”

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  1. Oui, c’est une question fort intéressante qui est soulevée là. Cela illustre la marchandisation croissante de notre monde, à mon sens. Merci de vos précisions et de votre pertinent avis…

  2. Je propose un jumelage avec Lagiole et la création du prix des cocus de la marque déposée.

  3. L’humoriste Gaspard Proust se produira à partir du 22 Mai au théâtre de la Madeleine. En a-t-il le droit?

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