Un détail, le soupirail

Un détail, le soupirail

 

On soupire peu dans À la Recherche du Temps perdu.

Le mot et ses déclinaisons (de soupirer à soupirant) ne sont utilisés que trente fois au fil des pages des sept volumes. J’aurais parié pour davantage, entre les difficultés respiratoires et les complications cardiaques — je veux dire du cœur, non le muscle cardiaque mais le siège des sentiments.

J’en suis arrivé à cette découverte (comment la qualifier : inutile, anecdotique, importante, fondamentale ?) en relisant ma chronique Envolée, la rue de l’Oiseau.

Un détail m’avait échappé concernant l’hôtel de Combray qui s’y trouvait, sans doute un relais de poste et qui a bel et bien existé à Illiers : « à la vieille hôtellerie de l’Oiseau flesché, des soupiraux de laquelle montait une odeur de cuisine que s’élève encore par moments en moi aussi intermittente et aussi chaude ».

Que dit le Larousse : « Soupirail, soupiraux, nom masculin (de soupirer, d’après le latin spiraculum, de spirare, souffler) : ouverture pratiquée à la partie inférieure d’un bâtiment pour donner un peu d’air et de lumière à un local en sous-sol. »

La présence des soupiraux m’avait échappé. Ils étaient bien précisés dans les extraits que je citais, mais c’est une illustration de ce qu’on ne retient pas tout ce qu’on apprend avec la même intensité. Ces soupiraux-là ne s’étaient pas imprimés dans ma tête. Les voici, vus de près :

Les soupiraux de l'hôtellerie (Photo PL)

Les soupiraux de l’hôtellerie (Photo PL)

 

L’autre occurrence du mot se trouve aussi dans Du coté de chez Swann, à propos de la Charité de Giotto, à qui ressemble, selon Swann, la fille de cuisine souffre-douleur de Françoise : « elle tend à Dieu son cœur enflammé, disons mieux, elle le lui « passe », comme une cuisinière passe un tire-bouchon par le soupirail de son sous-sol à quelqu’un qui le lui demande à la fenêtre du rez-de-chaussée. »

La Charité de Giotto (détail)

La Charité de Giotto (détail)

 

Osée, la comparaison !

Un dernier mot pour être honnête : il n’est pas impossible qu’interrogé à brûle-pourpoint sur le pluriel de « soupirail », j’eusse répondu : « soupirails » !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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