Mots d’Oriane (27)

Un mot d’Oriane. Patronymique.

[À la réception de la Princesse :] — Et qu’est-ce encore que celle-là ? s’écria Mme de Guermantes en voyant une petite dame l’air un peu étrange, dans une robe noire tellement simple qu’on aurait dit une malheureuse, lui faire, ainsi que son mari, un grand salut. Elle ne la reconnut pas et, ayant de ces insolences, se redressa comme offensée, et regarda sans répondre, d’un air étonné : « Qu’est-ce que c’est que cette personne, Basin ? » demanda-t-elle d’un air étonné, pendant que M. de Guermantes, pour réparer l’impolitesse d’Oriane, saluait la dame et serrait la main du mari. « Mais, c’est Mme de Chaussepierre, vous avez été très impolie. — Je ne sais pas ce que c’est Chaussepierre. — Le neveu de la vieille mère Chanlivault. — Je ne connais rien de tout ça. Qui est la femme, pourquoi me salue-t-elle ? — Mais, vous ne connaissez que ça, c’est la fille de Mme de Charleval, Henriette Montmorency. — Ah ! mais j’ai très bien connu sa mère, elle était charmante, très spirituelle. Pourquoi a-t-elle épousé tous ces gens que je ne connais pas ? Vous dites qu’elle s’appelle Mme de Chaussepierre ? » dit-elle en épelant ce dernier mot d’un air interrogateur et comme si elle avait peur de se tromper. Le duc lui jeta un regard dur. « Cela n’est pas si ridicule que vous avez l’air de croire de s’appeler Chaussepierre ! Le vieux Chaussepierre était le frère de la Charleval déjà nommée, de Mme de Sennecour et de la vicomtesse du Merlerault. Ce sont des gens bien. — Ah ! assez, s’écria la duchesse qui, comme une dompteuse, ne voulait jamais avoir l’air de se laisser intimider par les regards dévorants du fauve. Basin, vous faites ma joie. Je ne sais pas où vous avez été dénicher ces noms, mais je vous fais tous mes compliments. Si j’ignorais Chaussepierre, j’ai lu Balzac, vous n’êtes pas le seul, et j’ai même lu Labiche. J’apprécie Chanlivault, je ne hais pas Charleval, mais j’avoue que du Merlerault est le chef-d’œuvre. Du reste, avouons que Chaussepierre n’est pas mal non plus. Vous avez collectionné tout ça, ce n’est pas possible. Vous qui voulez faire un livre, me dit-elle, vous devriez retenir Charleval et du Merlerault. Vous ne trouverez pas mieux. — Il se fera faire tout simplement procès, et il ira en prison ; vous lui donnez de très mauvais conseils, Oriane. — J’espère pour lui qu’il a à sa disposition des personnes plus jeunes s’il a envie de demander de mauvais conseils, et surtout de les suivre. Mais s’il ne veut rien faire de plus mal qu’un livre ! IV

À demain…


CATEGORIES : Divertissement/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et