En avant, la zizique ! (1)

En avant, la zizique ! (1)

 

Irrévérencieux à l’égard de Proust, ce titre emprunté à Boris Vian ? Que non pas !

Notre cher Marcel n’est pas (que) ce musicien compassé qui n’apprécierait que la grande musique, celle que l’on appelle classique.

 

De même qu’après avoir lu la totalité d’À la recherche du Temps perdu d’une seule traite sans perdre haleine — c’était il y a quatre ans, en Afrique —, j’ai considéré, avant toute autre appréciation que je venais de découvrir un écrivain plein d’humour, de même, j’ai plaisir à placer cette chronique sous l’emblème de « Viens, Poupoule ! »

Le rapport avec Proust ? Mais il est direct et explicite. Ouvrez Sodome et Gomorrhe et vous trouverez ce passage :

Mon indignation fut plus grande quand, en arrivant à la maison où logeait Morel, je reconnus la voix du violoniste, lequel, par le besoin qu’il avait d’épandre de la gaîté, chantait de tout cœur : « Le samedi soir, après le turbin ! »

Cette phrase n’est rien d’autre que la première de Viens, Poupoule !, chanson créée par Félix Mayol en 1902 à la Scala — non celle de Milan, mais le music-hall du boulevard de Strasbourg à Paris…

0 Viens, Poupoule !

 

Nous sommes loin de Lulli !

 

Proust connaît la musique, toute la musique. Dans son œuvre, à compter les créateurs réels, ce n’est certes pas le domaine qui domine : deux cent quarante-cinq hommes et femmes de lettres évoqués et cent-dix-sept plasticiens. Les compositeurs sont au nombre de quarante-quatre. Il faut ajouter neuf instrumentistes,  quatorze chanteurs et chanteuses (moitié artistes lyriques, moitié de music-hall). Tous ne sont pas nommés, mais reconnaissables par un ou des œuvres qui, elles, sont citées.

 

Détaillons :

*compositeurs – Daniel-François-Esprit Auber, Jean-Sébastien Bach, Ludwig van Beethoven, Hector Berlioz, Georges Bizet, François Adrien Boieldieu, Alexandre Borodine, Emmanuel Chabrier, Frédéric Chopin, Claude Debussy, Gabriel Fauré, César Franck, Christoph Wilibad Gluck, Benjamin Godard, Georg-Friedrich Haendel, Reynaldo Hahn, Jacques-Fromental Halévy, Ferdinand Hérold, Vincent d’Indy, Gaston Lemaire, Franz Liszt, Jean-Baptiste Lulli, Pietro Mascagni, Victor Massé, Jules Massenet, Félix Mendelssohn, Olivier Métra, Giacomo Meyerbeer, Modeste Moussorgski, Wolfgang Amadeus Mozart, Jacques Offenbach, Palestrina, Niccolo Vito Piccini, Giacomo Puccini, Loïsa Puget, Jean-Philippe Rameau, Maurice Ravel, Domenico Scarlatti, Franz Schubert, Robert Schumann, Richard Strauss, Igor Stravinski, Joseph-Dieudonné Tagliafico, Richard Wagner ;

*Instrumentistes – Lucien Capet (violon), Georges Enesco (violon), Ignace Paderevski (piano), Francis Planté (piano), Edouard Risler (piano), Anton Rubinstein (piano), Camille-Marie Stamati [en réalité, Stamaty] (piano), Jacques Thibaut (violon), Charles-Marie Widor (orgue) ;

*Artistes lyriques – Caroline Carvalho (soprano), Speranza Engali (contralto), Célestine Galli-Marié (mezzo-soprano), Jeanne Granier (soprano), Amalie Materna (soprano), Victor Maurel (baryton), Jean-Alexis Périer (baryton) ;

*Artistes de music-hall – Louise Balthy, Aristide Bruant, Harry Fragson, Yvette Guilbert, Félix Mayol, Mistinguett, Paulus.

 

Quelles affiches pour des concerts ! C’est à suivre…

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “En avant, la zizique ! (1)”

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  1. Quel bonheur, qu’un proustiste comme vous, Patrice !

    Tenez, je vous fais part d’une petite curiosité personnelle, vous êtes LA personne requise pour y répondre.

    … Vous savez que, dans la Recherche, il y a des passages où Proust use et abuse du pastiche, mais il y en où Proust « se contrefait » lui-même : ainsi, quand il pastiche le journal des Goncourt, non seulement c’est une sorte d’hommage pour ces derniers, mais encore c’est un peu de lui-même, de sa mondanité, qu’il se moque.

    Il y a un autre passage comme celui-ci dans la Recherche : quand Albertine, au lit avec le Narrateur, entendant les « cris » de Paris, réclame de manger tout ce que les cris proposent, et compare des glaces à des monuments qu’on ruinerait à coups de petite cuillère. Là encore, le Narrateur à la fois revendique l’expression littéraire de la jeune fille, comme en étant l’initiateur, mais s’en moque cependant.

    Y’a-t-il d’autres endroits dans la Recherche où les célèbres pastiches proustiens cachent ainsi des autoportraits ? Quand le Narrateur « fait » du Brichot ou du Norpois, il ne renvendique aucune parenté avec l’un ou l’autre. Cette « parenté », ce Proust caché dans les paroles de l’autre, je ne l’ai repéré que pour les Goncourt et Albertine. Mais vous, qui connaissez jusqu’aux plus infimes marches des multiples escaliers de la Recherche, en auriez-vous repéré d’autres ?

    … Et puis, en cas de coktail, d’apéritif, de pots de l’amitié proustiens à Illiers/Combray, il semblerait utile que les invitations missent en garde les convives contre les abus de « pastis et mélanges », pas vrai (sourire) ?

  2. patricelouis says: -#1

    Je n’y avais jamais réfléchi. Je vais m’y mettre (SGDP, Sans Garantie Du Proustiste)…

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