Avec Proust, la presse n’a pas bonne presse

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Avec Proust, la presse n’a pas bonne presse 

 

À croire qu’ils se sont donnés le mot !

Proust et deux autres écrivains de sa génération ont des regards convergents sur la presse. Et ils ne sont pas bienveillants.

Charles Péguy : Homère est nouveau ce matin et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui.

André Gide : J’appelle journalisme ce qui sera moins intéressant demain qu’aujourd’hui.

Marcel Proust enfin : Ce que je reproche aux journaux, c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes, tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie des livres où il y a des choses essentielles.

 

Globalement, quand il évoque la presse, le cher Marcel n’est guère amène.

 

*[Swann :] les assommants journaux que nous nous croyons obligés de lire matin et soir. » « Je ne suis pas de votre avis, il y a des jours où la lecture des journaux me semble fort agréable… », interrompit ma tante Flora, pour montrer qu’elle avait lu la phrase sur le Corot de Swann dans le Figaro. « Quand ils parlent de choses ou de gens qui nous intéressent ! » enchérit ma tante Céline. « Je ne dis pas non, répondit Swann étonné. Ce que je reproche aux journaux c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles. Du moment que nous déchirons fiévreusement chaque matin la bande du journal, alors on devrait changer les choses et mettre dans le journal, moi je ne sais pas, les… Pensées de Pascal ! (il détacha ce mot d’un ton d’emphase ironique pour ne pas avoir l’air pédant). Et c’est dans le volume doré sur tranches que nous n’ouvrons qu’une fois tous les dix ans, ajouta-t-il en témoignant pour les choses mondaines ce dédain qu’affectent certains hommes du monde, que nous lirions que la reine de Grèce est allée à Cannes ou que la princesse de Léon a donné un bal costumé. Comme cela la juste proportion serait rétablie. » (I)

*Marchands de journaux, « des journalistes », comme les nommait Françoise. (II)

*Souvent les journalistes ignorent de quelle école littéraire proviennent les « élégances » dont ils usent. (III)

*[M. de Charlus :] « Je ne fais pas attention aux journaux, je les lis comme je me lave les mains, sans trouver que cela vaille la peine de m’intéresser. » (III)

*[Brichot à propos de Charles-Maurice, abbé de Périgord :] « Il avait commencé par promettre d’être un très bon journaliste. Mais il tourna mal, je veux dire qu’il devint ministre ! La vie a de ces disgrâces. » (IV)

*[M de Norpois :] « Une presse de sportulaires ». [Sportule, pot-de-vin dans l’antiquité romaine ; sportulaire, client au sens latin du mot, obligé, qui bénéficie d’une sportule. Se dit des journalistes vendus (ou achetés !)] (VI)

*Mais on lit les journaux comme on aime, un bandeau sur les yeux. On ne cherche pas à comprendre les faits. On écoute les douces paroles du rédacteur en chef, comme on écoute les paroles de sa maîtresse. (VII)

*La vérité c’est que les gens voient tout par leur journal et comment pourraient-ils faire autrement puisqu’ils ne connaissent pas personnellement les gens ni les événements dont il s’agit. (VII)

 

Les médias n’en ont pas moins leur place dans À la Recherche du Temps perdu : une quinzaine de journaux français, trois étrangers et une agence sont cités.

 

L’Agence Havas : créée en 1832 par Charles-Louis Havas. En 1896, elle s’installe place de la Bourse, à Paris, dans l’immeuble occupé aujourd’hui par l’Agence France Presse.

La salle de rédaction en 1935

La salle de rédaction en 1935

 

L’Action Française : créée en 1908 et dirigée par Charles Maurras. C’est un quotidien nationaliste, royaliste, antiparlementariste et antisémite.

Action Française

 

L’Aurore : créée en 1897. C’est un quotidien républicain et Georges Clemenceau est son éditorialiste.  Il se rend célèbre en publiant le 13 janvier 1898 une Lettre ouverte au président de la  République signée Émile Zola et titrée : « J’accuse…! ».

Aurore 

Le Constitutionnel : créé en 1815. C’est un quotidien qui rallie les libéraux, les bonapartistes et les anticléricaux. Il publie les Causeries du lundi de Sainte-Beuve et cesse de paraître en 1914.

Constitutionnel

 

Le Corriere della Sera [Courrier du Soir] : créé en 1876 à Milan. Quotidien, il s’appelle ainsi parce qu’au départ, il mis en vente à partir de 21 heures.

Corriere della Sera

L’Écho de Paris : créé en 1884. C’est un quotidien à la ligne conservatrice et patriotique.

 Écho deParis

 

Le Figaro : créé en 1826. Quotidien, il est nommé d’après le personnage de Beaumarchais, dont il met en exergue la réplique : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. » Il est conservateur. Gaston Calmette  est nommé directeur du journal en 1902 et vise une clientèle fortunée, les aristocrates, la bourgeoisie la plus riche, le grand commerce, la haute industrie, l’armée, la société étrangère la plus élégante.

Figaro

 

Le Gaulois : créé en 1868. C’est un quotidien d’abord monarchiste. Racheté en 1879 par Arthur Meyer, il est conservateur et légitimiste. Anti-dreyfusard, il devient le journal de la bonne société et du grand monde, supplantant même par moment Le Figaro avec lequel il fusionne en 1929.

Gaulois 

 

La Gazzetta del Popolo : créé en 1848 à Turin. Un de ses dirigeants est Baladassare Cerri.

Gazzetta del Popolo

 

L’Intran : Créé en 1880 par Eugène Meyer. L’Intransigeant est d’abord un quotidien journal d’opposition de gauche. Il se rallie au  boulangisme, puis évolue vers le nationalisme. En 1898, il participe au concert de la presse antisémite hostile à Dreyfus. Sous l’impulsion de Léon Bailby, qui en prend la direction à partir  de 1906, il devient le plus grand quotidien du soir d’opinion de droite.

Intransigeant

 

Le Journal des Débats (dont son édition sur papier en couleur Les Débats roses) : créé en 1789.

Pendant la Restauration et le début de la Monarchie de Juillet, il est le quotidien le plus diffusé après Le Constitutionnel : en 1830, il tire à 13 000 exemplaires. Il laisse ensuite la première place à La Presse de Girardin puis au Petit Journal.

Journal des Débats

Le Journal Officiel : créé en 1868. C’est le quotidien édité par l’État, dans lequel sont consignés tous les événements législatifs, réglementaires, déclarations officielles et publications légales.

 Journal Officiel

 

Lectures pour tous : créé en 1898. C’est un magazine, d’abord supplément à l’Almanach Hachette puis un bimensuel.

Lectures pour Tous

 

Le Petit Journal : créé en 1863. C’est un quotidien républicain et conservateur. Vendu à la criée, il ne coûte que 5 centimes au lieu de 15 centimes pour les journaux ordinaires. Il a un format commode (43 × 30 cm), est accessible à tous (pas d’abonnement), et propose, à côté de l’information nationale et internationale, un contenu distrayant comprenant faits divers, feuilletons, horoscopes et chroniques.

Petit Journal

Le Radical : créé en 1881. C’est un quotidien républicain.

Radical

 

La Revue des Deux Mondes : créée en 1829. Elle veut donner une tribune aux idées en France en relation avec les autres pays d’Europe et avec le continent américain en particulier. Est-ce que La Revue est la même sous un titre raccourci ?

 Revue des Deux Mondes 

Le Siècle : créé en 1836. De tendance monarchiste constitutionnelle lors de son lancement, le quotidien accroît La rapidement son audience jusqu’à dépasser La Presse de Girardin. En 1848, il devient républicain. Il connaît sa période la plus prospère sous le Second Empire puis perd une grande partie de son influence sous la IIIe République.

 Le Sicle 24 Mai 1898

 

Le Temps : créé en 1861. Sous la direction d’Adrien Hébrard, à partir de 1873, le quotidien s’impose comme le journal de référence destiné aux élites.

Temps

 

The Times : créé en 1785 à Londres. Il est considéré comme un quotidien de haut niveau. Il est la propriété de lord Northcliffe de 1908 à 1922.

Times

À suivre.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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