Mettez la Maison de tante Léonie au masculin

Mettez la Maison de tante Léonie au masculin

 

Et vous écrivez : le logis du pape André !

Je vous ai parlé, dans une chronique du 25 février, du SOS lancé par le président de l’association pour une Maison de la Poésie et des Citoyens du Monde André Breton et Garry Davis à Saint-Cirq Lapopie.

Laurent Doucet —c’est lui — est un proustien rencontré lors du dernier colloque à Illiers-Combray. Passionné par André Breton, il s’est assigné la mission sacrée de sauver la maison qu’il avait acquise dans le Lot pour en faire un lieu de rencontres culturel.

Mais lisez plutôt :

 

 

QUI VEUT SAUVER LA « ROSE IMPOSSIBLE » D’ANDRÉ BRETON ?

Il n’est pas au moins une exposition internationale par an, ou un centre d’art moderne  parmi les plus importants de par le monde aujourd’hui, qui ne reconnaissent dans ses catalogues ou ses commentaires, la place centrale d’André Breton dans l’histoire de la création artistique et de la pensée critique actuelle. Parmi les principaux porte-paroles institutionnels, galéristes, critiques, universitaires ou simples amateurs, le poète fondateur du mouvement surréaliste est une référence contemporaine majeure. Cette fascination toujours actuelle est cependant limitée par un manque cruel: il n’existe pas de lieu de rencontre non virtuel conséquent où puisse se satisfaire cette curiosité à son égard. Il est pourtant un endroit en France où pourrait se rencontrer à la fois une forme d’hommage à son oeuvre, et la transmission vivace de son inventivité, à la manière « d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection » (Lautréamont)…

En 1951, André Breton avait acquis dans la campagne lotoise, une maison à Saint-Cirq Lapopie. Il y accueillit  à différentes occasions des amis et des artistes comme Benjamin Peret, Henri Cartier-Bresson, Man Ray, Toyen, Max Ernst, Dorothea Tanning, Yves Elléouët, Juliette Greco, Léo Ferré etc. « Amoureux de l’Amour », comme le décrivait son ami Marcel Duchamp, voici comment Breton témoigne de son coup de foudre pour les lieux: « C’est au terme de la promenade en voiture qui consacrait, en juin 1950, l’ouverture de la première route mondiale -seule route de l’espoir- que Saint-Cirq embrasée aux feux de Bengale m’est apparue – comme une rose impossible dans la nuit. (…) Par-delà d’autres sites – d’Amérique, d’Europe – Saint-Cirq a disposé sur moi du seul enchantement: celui qui fixe à tout jamais. J’ai cessé de me désirer ailleurs. » Cette « route mondiale » dont Saint-Cirq serait la capitale, avait été tracée à l’initiative de Garry Davis, cet américain inventeur du mot « mondialisation », et récemment décédé, créateur du Mouvement des Citoyens du Monde avec notamment Albert Einstein, Eleanor Roosevelt et André Breton. Il en existe encore quelques traces dans le Lot, même si désormais cette mémoire est paradoxalement plus vivante aux USA qu’ici.

Après la mort du poète en 1966, le « Manoir des Pêcheurs » (de son nom ancien), restera la propriété de sa dernière épouse Elisa qu’il avait rencontrée pour la première fois lors de son exil en Amérique pendant la Seconde Guerre mondiale. Censuré par le régime de Vichy, et menacé de persécutions dans une Europe sous l’emprise du nazisme et des fascismes, il avait pu s’échapper in extremis avec d’autres artistes et militants réfugiés à Marseille, grâce au Centre Américain de Secours animé par Varian Fry et soutenu par Peggy Guggenheim (qui sauvèrent aussi ainsi plusieurs milliers de Juifs d’Europe). Suite à la disparition d’Élisa Breton le 5 avril 2000, la maison est transmise par héritage à la fille unique du poète née d’un précédent mariage, Aube Breton Elléouët. Cette dernière la vendra à un couple d’artistes en 2003. La propriétaire actuelle, bien qu’attachée à l’esprit des lieux, a dû à son tour se résoudre à la mettre en vente*. Plusieurs acheteurs immobiliers sont sur les rangs. La dernière  demeure ayant appartenu à André Breton vivant va t-elle disparaître, dix ans après la dispersion de son appartement-atelier du 42 rue Fontaine ?

Non si un nombre suffisant d’amoureux de son oeuvre et de sa vie, comme de son rayonnement local, national et international se soulèvent et se rassemblent pour trouver les moyens de redonner vie à La Rose Impossible de Saint-Cirq Lapopie. Les jeux poétiques ne sont pas encore faits. Les paris sont ouverts! Inventons UN possible …

 

Laurent Doucet,

Président de l’association pour une Maison de la Poésie et des Citoyens du Monde André Breton et Garry Davis à Saint-Cirq Lapopie  (contact et signatures: laroseimpossible@laposte.net)

* dossier de vente consultable sur le site de l’agence Patrice Besse

 

Comment rester insensible quand on voit ce que la Maison de tante Léonie représente pour les proustiens ? Comment ne pas vouloir voir refleurir cette « rose impossible » ? Relayer l’Appel de Saibt-Cirq Lapopie est le moins que je peux faire.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Merci beaucoup cher Patrice pour cette très vivace et « proustillante » alliance ! Les « aubépines » d’Illiers-Combray à la rescousse de la « rose impossible » de Saint-Cirq Lapopie ; nous vivons une époque formidable… Grâce aux rencontres merveilleuses rendues possibles par la littérature, les arts, et ton énergie joyeuse et délicate.

    Amitiés

    Laurent

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