Istanbul-sur-Vivonne

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Proust voterait pour l’adhésion de la Turquie à l’Europe. Ne fait-il pas dire à Saint-Loup, dans Le Temps retrouvé : « Il aurait fallu, au lieu de ménager l’ennemi, laisser faire Mangin, abattre l’Autriche et l’Allemagne et européaniser la Turquie » ? Limpide !

— Passionnant, cher blogueur, mais pourquoi nous parlez-vous de la Sublime Porte ?

— Une rencontre hier à Illiers-Combray l’impose.

—…

 

Eh oui ! Décidément, les mercredis sont propices au cosmopolitisme. Après mes Chinois de Shanghai (Chronique du 12 février), ce sont des Stambouliotes dont j’ai croisé le chemin. Cette fois, ce sont eux qui m’ont interpelé, m’abordant place de l’Eglise pour connaître le chemin de la « Proust’s House ». Je les y ai conduit pour trouver… porte close, car pendant les semaines d’hiver la Maison de tante Léonie n’ouvre que l’après-midi.

Pour tenter d’atténuer leur déception, je leur ai proposé de servir de cicérone, de l’église au Pré Catelan, ce qu’ils ont apparemment accueilli avec gratitude. Nous avons donc passé deux heures ensemble jusqu’à un verre partagé aux Aubépines avant qu’ils ne reprennent le train.

Fabuleux proustiens étrangers !

Eux sont d’Istanbul. Laissez-moi vous présenter le docteur Sinto Levi, son épouse Eda et leur fils Melih.

Une famille stambouliote chez Proust (Photo PL)

Une famille stambouliote chez Proust (Photo PL)

 

Des trois, c’est Melih l’expert en proustologie. Il enseigne la littérature anglaise à Boston, Massachusetts, passionné par Thomas Hardy, Alfred Tennyson et James Joyce. Proust, c’est en plus !

Un Turc de Boston dans le raidillon (Photo PLK)

Un Turc de Boston dans le raidillon (Photo PL)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’attirance est en tous cas suffisamment fort pour qu’il entraîne ses parents à Illiers-Combray alors qu’ils ne passent que cinq jours en France. Plus que fasciné, je suis ému devant l’effet que Proust provoque hors des frontières françaises. Nul besoin, alors, de dire que j’estime de mon devoir de rendre leur bref séjour agréable — et la joie de l’accomplir est réelle.

 

Qu’y a-t-il venu encore du Bosphore dans À la Recherche du Temps perdu ? Une ambassadrice que le Héros qualifie d’« imbécile » (III, IV, VII) ; « Des fils de chapelets turcs » chez Odette (I), Saniette pris « comme tête de Turc » (I, VII), un rappel fait par un camarade officier de Saint-Loup de la présence en 1870 des « turcos à Froeschviller et à Wissembourg » (III) ;  une allusion à la supposée détestation des Turcs pour les Juifs (III) ; une feinte naïveté de Charlus qui veut faire croire que les fils de Mme de Surgis « doivent être deux Orientaux, ils ont certains traits caractéristiques, ce sont peut-être des Turcs » (IV) ; enfin une ressemblance d’une vieille dame avec « un petit Turc tout tassé » (VII). On apprend aussi que le marquis de Norpois a été en poste à Constantinople où il a laissé un « excellent souvenir » (III).

 

Mes Turcs à moi, eux, retournent aujourd’hui chez eux. Ils allongent la liste de mes nouveaux amis.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Une (légitime) fierté : Après la mésaventures de mes amis Chinois qui n’ont pu acheter des madeleines parce que venus un mercredi, jour de fermeture de la boulangerie, j’ai passé un accord avec le commerçant : la veille des jours où le rideau de son magasin est baissé, il dépose des sachets à l’Office de Tourisme pour que les visiteurs ne repartent pas les mains vides. Hier, mercredi, mes amis Turcs ont ainsi pu acheter des madeleines. Le président de l’Office de Tourisme du Pays de Combray que je suis aussi, a comme un sentiment de mission accomplie…

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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