Invités et convives

Invités et convives

 

Prenons Proust comme modèle.

Qu’il signe Tout-Paris, dans Le Gaulois, Dominique ou Horatio, dans Le Figaro, il est le roi des listes. Ses « salons » sont des articles journalistiques proches aux allures d’annuaire mondain.

Pour qui en douterait, qu’on en juge avec cet extrait d’Une fête littéraire à Versailles, compte-rendu d’une réception de Robert de Montesquiou, dans Le Gaulois du 31 mai 1894 :

La salle est remplie. Et quelle salle ! Quel « tout-Paris » !

Mme la comtesse Greffulhe, délicieusement habillée : la robe est de soie lilas rosé, semée d’orchidées, et recouverte de mousseline de soie de même nuance, le chapeau fleuri d’orchidées et tout entouré de gaze lilas ; Mlle Geneviève de Caraman Chimay, la comtesse de Fitz-James, popeline noire et blanche, ombrelle bleue, incrustée de turquoises, jabot Louis XV ; la comtesse de Pourtalès, taffetas gris perle, parsemé de fleurs foncées, les parements clairs, le chapeau surmonté d’une aigrette jaune ; le duc de Luynes, la comtesse Aimery de La Rochefoucauld, crêpe de Chine héliotrope avec ruche noire, chapeau héliotrope ; la marquise d’Hervey de Saint-Denis, crêpe blanc, chapeau de paille de riz blanc avec plumes blanches, pèlerine en alpaga blanc avec broderie grise ; la comtesse Pierre de Brissac en robe rayée de blanc et jaune, chapeau noir avec des roses ; la duchesse de Grammont, la comtesse Adhéaume de Chevigné, Mme Arthur Baignères et M. Baignères, Mme Henri Baignères, la princesse de Chimay, robe de drap brodé de violettes et de mimosas, chapeau noir avec des nœuds héliotrope ; Mlles de Hérédia, robe de mousseline rose ; la comtesse Louis de Montesquieu, en noir ; la vicomtesse de Kergariou, crêpe de Chine gris avec des nœuds hortensia bleu, chapeau noir avec nœuds d’hortensia ; la marquise de Lubersac, pèlerine d’hermine sur une robe noire et blanche ; comtesse Potocka, Mme de Brantes, la princesse de Wagram, la comtesse de Brigode, la marquise de Biencourt, la princesse de Brancovan, en robe rayée ; Mme Austin Lee, la princesse de Broglie, la comtesse Jean de Montebello, la comtesse de Périgord, gris argenté, chapeau iris ; Mme Arcos, la marquise de Massa, la duchesse d’Albuféra, le baron et la baronne Denys Cochin, M. Paul Deschanel, le comte et la comtesse de Lambertye, le comte et la comtesse de Ganay, le comte de Ravignan, la baronne de Poilly, le comte et la comtesse de Janzé, la princesse de Poix, le prince de Sagan, venu en voiture à vapeur avec le comte de Dion ; le comte et la comtesse d’Aramon, le comte de Saint-Phalle, le comte de Gabriac, le comte et la comtesse Bertrand de Montesquiou, le marquis du Lau, Mme Madeleine Lemaire, bengaline prune, blouse pompadour, chapeau mauve ; Mlle Madeleine Lemaire, mousseline blanche et satin jaune, chapeau noir semé de roses ; le prince de Lucinge, la vicomtesse de Trédern, le comte et la comtesse de Guerne, la comtesse de Chaponay, la princesse Bibesco, la comtesse de Kersaint, la comtesse de Chevigné, la comtesse de Berkheim, le comte et la comtesse de Chandieu, la marquise de Lur-Saluces, le marquis et la marquise d’Adelsward, le marquis et la marquise de Ganay, M. Joubert, la marquise de Balleroy, le baron de Saint-Amand, le comte de Castellane, M. Charles Ephrussi, M. et Mme Jules Claretie, M. et Mme Francis Magnard, M. et Mme Ganderax, M. et Mme Gervex, M. Rodenbach, M. et Mme Maurice Barrès, Mme Alphonse Daudet, M. et Mme Léon Daudet, M. et Mme Duez, M. et Mme Helleu, Mme Jeanniot, M. et Mme Roger-Jourdain, M. et Mme Jacques Saint-Cère, M. Emile Blavet, M. et Mme Adolphe Adorer, M. Jean Béraud, Mlle Louise Abbéma, M. et Mme Pozzi, M. Henry Simond, MM. Boldini, Tissot, Haraucourt, Henri de Régnier, Mme Judith Gautier, M. et Mme de La Gandara, M. et Mme Dubure, M. Aurélien Scholl, M. et Mme Detelbach, M. Dieulafoy, M. de Heredia, le comte de Saussines.

 

Bottin huppé et catalogue de mode… Alors, imitons l’auteur mondain en relevant les participants aux principales réceptions racontées dans la Recherche, d’autant que les hôtes, bien réels, l’ont beaucoup inspiré pour faire vivre ses personnages.

 

Dîner chez les Verdurin, à Paris (1880, I)

Les hôtes : M. Verdurin, le Patron, et Mme Verdurin, la Patronne

Les habitués : le docteur Cottard, jeune débutant ; Léontine Cottard, épouse du médecin, jeune ; le pianiste ; la tante du pianiste, ancienne concierge ; le peintre, appelé Monsieur Biche — on n’apprend que plus tard qu’il s’agit d’Elstir ; Brichot, professeur à la Sorbonne, maître ès calembours ; Saniette, archiviste timide ; Odette de Crécy, une personne presque du demi-monde, une cocotte ; Charles Swann, invité d’Odette, devenu habitué.

Le nouveau venu : le comte de Forcheville, invité d’Odette, « il se trouve » que c’est le beau-frère de Saniette il est placé à droite de Mme Verdurin ; il jette « un coup d’œil circulaire » (ce qui permet de penser que la table est ronde !).

« Un fidèle » arrive tard après le dîner, en « cure-dents ».

Au menu : sole normande, salade, entremets.

 

Soirée chez la marquise de Saint-Euverte, à Paris (juin 1880, I)

C’est la dernière de l’année où l’on entend des artistes. Un flutiste interprète Orphée ; un pianiste, Saint-François parlant aux oiseaux de Liszt, puis un prélude et une polonaise de Chopin ; interruption ; reprise avec un violoniste qui interprète la sonate de Vinteuil, rejoint pour le dernier morceau par un pianiste.

Swann prévoit d’y être jusqu’à minuit. Il arrive tard.

À l’extérieur, des grooms. Dans le vestibule et sur les marches de l’escalier, des valets de pied. A l’étage, des valets inscrivent le nom des invités sur de grands registres. Un nouveau vestibule, avec un jeune valet de pied, avant la salle du concert. Un huissier est chargé d’ouvrir la porte.

Les invités : beaucoup d’hommes avec un monocle, Charles Swann (monocle), le général de Froberville (monocle), le marquis de Bréauté (monocle), un romancer mondain, le marquis de Forestelle (monocle), M. de Saint-Candé (monocle), M. de Palancy (monocle), Mme de Cambremer, Mme de Franquetot, la marquise de Gallardon, la princesse de Laumes (Oriane de Guermantes) [le duc de Guermantes est absent, reçu chez les Iéna], une jeune mariée tout sourire (Mme de Cambremer, ex demoiselle Legrandin), Mme Rampillon, la comtesse de Monteriender.

En sortant de chez Mme de Saint-Euverte, la princesse de Guermantes se rend chez la princesse de Parme. Elle demande à Swann de se « laisser enlever », mais il refuse.

*la prééminence du salon Saint-Euverte n’existait que pour ceux dont la vie mondaine consiste seulement à lire le compte rendu des matinées et soirées, dans le Gaulois ou le Figaro, sans être jamais allés à aucune. À ces mondains qui ne voient le monde que par le journal, l’énumération des ambassadrices d’Angleterre, d’Autriche, etc., des duchesses d’Uzès, de La Trémoïlle, etc., etc., suffisait pour qu’ils s’imaginassent volontiers le salon Saint-Euverte comme le premier de Paris, alors qu’il était un des derniers. (IV)

 

Soirée d’abonnement de la princesse de Parme, à l’Opéra de Paris (1897, III)

Il y en a tous les huit jours. La princesse place ses amis dans des loges, des balcons et des baignoires. La salle devient un salon où chacun se déplace.

Ce soir, la Berma joue un acte de Phèdre, suivi d’une nouveauté.

Les invités : le prince de Saxe ; le duc d’Aumale ; Mme d’Ambresac ; la princesse de Guermantes, dans sa baignoire, un peu au fond sur un canapé latéral ; la duchesse de Luxembourg ; Mme de Morienval ; Mme de Saint-Euverte ; le marquis de Palancy (appelé Ganançay par le voisin du Héros) ; une petite femme mal vêtue, laide, les yeux en feu, accompagnée de deux jeunes gens (à quelques places du Héros) — une actrice malchanceuse qui hait la Berma ; la duchesse de Guermantes, qui entre dans la baignoire de la princesse de Guermantes, au début de la seconde pièce ; un jeune homme blond au premier rang de la baignoire princière ;le duc de Guermantes (monocle ; la baronne de Morienval ; Mme de Cambremer ; le marquis de Beausergent, assis derrière Mme de Cambremer.

 

Matinée chez la marquise de Villeparisis, à Paris (1898, III)

Poussé par Saint-Loup, le Héros s’y rend dans l’espoir de rencontrer la duchesse de Guermantes.

Malgré sa grande naissance, l’hôtesse n’a pas une situation mondaine équivalente. À quelques exceptions près (quelques duchesses, une ou deux têtes couronnées), son salon déclassé n’accueille que des bourgeois, des nobles soit de provinces, soit tarés.

Son amant, M. de Norpois, lui amène des hommes d’État, européens ou français, qui ont besoin de lui.

Il a été l’un des plus brillants du XIXe siècle quand il était fréquenté par le duc d’Aumale, le duc de Broglie, Adolphe Thiers, Charles de Montalembert, Mgr Dupanloup.

On y joue au poker. La marquise peint des fleurs.

La domesticité y est luxueuse, maître d’hôtel (pour le thé), valet de pied en livrée (pour éclairer un tableau, essuyer le tapis, ramasser du verre cassé), un jeune domestique (pour porter une carte sur un plateau).

Au menu : du thé, des petits fours, dont des babas, de la tarte.

Les invités : un archiviste, secrétaire intermittent de la marquise, qui l’aide à classer les lettres autographes historiques qu’elle a reçues, en préparation de ses Mémoires ; M. Pierre, historien de la Fronde ; Bloch, ancien camarade du Héros, devenu auteur dramatique ; une vieille dame, une certaine Alix, marquise du quai Malaquais, de grande naissance, mais déchue ; la duchesse de Guermantes ; Legrandin ; G.., excellent écrivain ; le comte d’Argencourt, chargé d’affaires de Belgique, petit-cousin par alliance de Mme de Villeparisis ; le baron de Guermantes ; son Altesse le duc de Châtellerault, petit-neveu de la marquise ; M. de Norpois ; le duc de Guermantes ; la vicomtesse de Marsantes, mère de Saint-Loup ; Robert de Saint-Loup ; le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen ; Odette Swann, dont l’arrivée a été annoncé à la duchesse de Guermantes pour qu’elle puisse partir avant — ce qu’elle fait au moment de l’entrée de celle qu’elle refuse de rencontrer ; Charles Morel, fils du valet de chambre du grand-oncle du Héros ; le baron de Charlus ; le Héros quitte la réception en compagnie de Palamède de Guermantes.

 

Dîner chez le duc et la duchesse de Guermantes, à Paris (hiver 1898, III)

« Un gueuleton à tout casser », selon Saint-Loup, qui n’est pas invité et que Charlus charge de dire au Héros qu’il ne souhaite pas qu’il y aille.

Des valets de pied dans le vestibule.

Le Héros est accueilli par le duc qui le « débarrasse de [ses] frusques ».

Le couple était sûr que le jeune homme ne viendrait pas.

Le Héros, qui désire les voir, et seul, est conduit par le duc au cabinet des tableaux d’Elstir. Il y reste près de quarante-cinq minutes, retardant le service.

Pendant ce temps, les invités arrivent (le Héros entend leurs coups de sonnette).

Posté à la sortie de la pièce, un domestique âgé ou poudré attend le Héros et le conduit au salon. En chemin, un valet de pied, que le Héros avait vu persécuté par le concierge, se réjouit de pouvoir passer la journée avec sa fiancée.

Dans la salle à manger, des valets de pied poussent les chaises derrière les invités.

Le salon est entièrement occupé par les invités. Le duc ne les connaît pas tous.

 

Les invités : des jeunes filles aux robes décolletées, qui disent bonjour au Héros ; une Altesse royale, qui prend familièrement la main du Héros sans se présenter [la princesse de Parme] ; des femmes, auxquelles le Héros est présenté ; Mme d’Arpajon ; le comte [qui, ailleurs porte le titre de marquis] Hannibal de Bréauté-Consalvi ; le duc de Châtellerault ; le prince de Foix ; le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen ; le duc d’Agrigente ; Mme de Grouchy, née Guermantes.

Au menu : une soupe fumante.

 

Soirée chez la princesse de Guermantes (1899, IV)

« La princesse de Guermantes, née duchesse en Bavière, sera chez elle le ***. »

Le Héros n’est pas sûr d’être invité.

Il arrive après 21 h.

Les invités arrivent et font la queue.

La princesse est assise près de l’entrée.

Le prince est dans les jardins.

Il y a un huissier, un « aboyeur ».

 

Les invités : le duc de Châtellerault que le Héros rencontre devant l’hôtel ; le baron de Charlus ; le duc de Sidonia ; le professeur E… ; le marquis de Vaugoubert et Mme ; M. du Hazay ; Mme de La Tour du Pin-Verclause ; Mme de La Tour du Pin-Gouvernet ; Philibert ; une ambassadrice ; Mme de Brantes ; Mme de Mecklembourg ; M. de Saint-Géran ; des femmes avec lesquelles le Héros est plus ou moins lié ; Mme de Souvré ; Mme d’Arpajon ; la duchesse de Surgis-le-Duc et ses fils, Arnulphe et Victurnien ; le vicomte Adalbert de Courvoisier ; M. de Bréauté-Consalvi ; Charles Swann ; le grand-duc Wladimir ; Mme de la Trémoïlle ; Herminie ; Antioche ; Louis-René ; le duc et la duchesse de Guermantes ; l’ambassadrice de Turquie ; M. de Joinville ; tout le personnel d’une ambassade ; des jeunes secrétaires de l’ambassade de X… en France ; Mme Timoléon d’Amoncourt ; Ursule ; Mme de Saint-Euverte ; une duchesse fort noire ; Mme de Chaussepierre ; le prince de Chimay et sa sœur ; le colonel de Froberville ; Mme de Lambresac ; M. d’Herweck, musicien bavarois ; Mme de Rampillon ; la marquise de Citri ; Saint-Loup ; Mme Molé ; M. de Beauserfeuil ; Mlle d’Ambresac ; la princesse Paulette d’Orvillers.

Une souper suit autour de Marie et Gilbert de Guermantes.

Les invités : la princesse de Hesse ; Mme de Ligne ; Mme de Tarente ; Mme de Chevreuse ; la duchesse d’Arenberg ; le duc et la duchesse de Guermantes (qui ne peuvent rester, à cause d’une redoute) ; le Héros (qui ne peut rester non plus, à cause d’Albertine).

Un orchestre tchèque joue toute la soirée.

Des feux de Bengale se succèdent.

 

Soirée chez les Verdurin, à la Raspelière (1900, IV)

Un mercredi soir.

Les invités : l Dr Cottard, Viradobetski, Brichot, Saniette, les Cambremer, la princesse Sherbatoff, Morel, Charlus, un philosophe norvégien.

 

 

Concert chez les Verdurin, à Paris (V)

Quatre musiciens jouent le septuor de Vinteuil : un pianiste, un violoncelliste, une harpiste et un violoniste — Morel).

 

Invités : le sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts ; quelques duchesses, rois ambassadeurs et leurs épouses, dont le comte Hoyos pour l’Autriche ; le baron de Charlus ; Saniette ; Mme de Mortemart ; Mme de Valcourt ; Mme de Montesquiou ; M. d’Argencourt ; Mme d’Arpajon ; la reine de Naples ; le frère du roi de Bavière ; les trois plus anciens pairs de France ; la duchesse de Duras ; le Dr Cottard ; Brichot ; le général Deltour ; la princesse de Taormina ; Viradobetski.

 

Réception chez la duchesse de Guermantes pour le roi Édouard VII et la reine d’Angleterre (printemps 1903, III)

[Édouard VII monte sur le trône en 1901. Il est en visite officielle en France au printemps 1903. A-t-il fait des visites privées ? Cette fête n’en est pas moins présentée comme ayant eu lieu avant le dîner  de l’hiver 1898  — il est alors prince de Galles.]

Invités : Édouard Detaille, Grandmougin, Gaston Lemaire, Mlle Reichenberg y récite des vers.

 

Matinée chez la princesse de Guermantes (ex-Mme Verdurin), à Paris (1919, VII)

Les invités : le prince de Guermantes ; M. de Fezensac ; M. d’Argencourt ; la duchesse de Guermantes ; le jeune Létourville ; Bloch, devenu Jacques du Rozier ; Gilberte de Saint-Loup ; M. de Cambremer ; Mme de Cambremer-Legrandin ; le prince et la princesse d’Agrigente ; le jeune comte de Cambremer ; Mme X… ; un ancien camarade du Héros ; la vicomtesse de Saint-Fiacre ; M. de Courgivaux ; Léonor de Cambremer ; Odette de Forcheville ; un ministre, qui l’a été avant l’époque boulangiste ; Morel ; une Américaine mariée au comte de Farcy ; le marquis de Vilemandois ; une vieille fille et sa mère ; la princesse de Nassau, ; Rachel ; Mme de Morienval ; un ami de Bloch ; la fille et le gendre de la Berma.

 

— Vous avez votre carton ? — Bien sûr.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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