Fiche — Monsieur qui veut devenir obèse pour échapper à la guerre, un gros (Balbec, Paris)

Monsieur qui veut devenir obèse pour échapper à la guerre, un gros [VI]

Aristocrate français

 

Personnage fictif.

 

Client de la maison de plaisir de Maineville et de l’hôtel de Jupien.

Cousin de M. d’Ardonvillers.

Homosexuel.

 

 

Il fréquente la maison de femmes —qui se révèle de plus en plus la maison d’hommes — où il boit sans arrêt du champagne avec des jeunes gens. Son objectif : devenir obèse pour ne pas être pris pour aller se battre sous l’uniforme.

Il entend dire dire par la sous-maîtresse de l’établissement que le marquis de Cambremer et Saint-Loup aiment les hommes, mais, reçu par son parent avec eux, il assure qu’ils s’y affirment hétérosexuels. La tenancière se montre sceptique.

Il réapparaît dans l’hôtel de Jupien, à Paris. On apprend en plus qu’il est devenu un ivrogne à force de boire ce qui explique les taches rouges de son visage. Sa crainte d’être mobilisé n’est pas fondée puisqu’il est quinquagénaire. Sous ses airs d’imbécile, il à de l’éducation, de la culture et du savoir.

 

 

*Dans la maison de femmes — où on procurait de plus en plus des hommes — où M. de Charlus avait surpris Morel et où la «sous-maîtresse», grande lectrice du Gaulois, commentait les nouvelles mondaines, cette patronne, parlant à un gros monsieur qui venait chez elle boire sans arrêter du champagne avec des jeunes gens, parce que, déjà très gros, il voulait devenir assez obèse pour être certain de ne pas être «pris» si jamais il y avait une guerre, déclara : «Il paraît que le petit Saint-Loup est comme «ça» et le petit Cambremer aussi. Pauvres épouses! — en tous cas, si vous connaissez ces fiancés, il faut nous les envoyer, ils trouveront ici tout ce qu’ils voudront, et il y a beaucoup d’argent à gagner avec eux.» Sur quoi le gros monsieur, bien qu’il fût lui-même comme «ça», se récria, répliqua, étant un peu snob, qu’il rencontrait souvent Cambremer et Saint-Loup chez ses cousins d’Ardonvillers, et qu’ils étaient grands amateurs de femmes et tout le contraire de «ça». «Ah!» conclut la sous-maîtresse d’un ton sceptique, mais ne possédant aucune preuve, et persuadée qu’en notre siècle la perversité des mœurs le disputait à l’absurdité calomniatrice des cancans. (VI, 176)

*Dans une même salle de la maison de Jupien beaucoup d’hommes, qui n’avaient pas voulu fuir, s’étaient réunis. Ils ne se connaissaient pas entre eux, mais étaient pourtant à-peu-près du même monde, riche et aristocratique. L’aspect de chacun avait quelque chose de répugnant qui devait être la non résistance à des plaisirs dégradants. L’un, énorme, avait la figure couverte de taches rouges, comme un ivrogne. J’avais appris qu’au début il ne l’était pas et prenait seulement son plaisir à faire boire des jeunes gens. Mais effrayé par l’idée d’être mobilisé (bien qu’il semblât avoir dépassé la cinquantaine), comme il était très gros, il s’était mis à boire sans arrêter pour tâcher de dépasser le poids de cent kilos, au-dessus duquel on était réformé. Et maintenant, ce calcul s’étant changé en passion, où qu’on le quittât, tant qu’on le surveillait, on le retrouvait chez un marchand de vin. Mais dès qu’il parla je vis que, médiocre d’ailleurs d’intelligence, c’était un homme de beaucoup de savoir, d’éducation et de culture. (VII, 101)

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Aristocrate, Client, Homosexuel(le)/ AUTHOR : patricelouis

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