Proust à la rescousse de Breton

Proust à la rescousse de Breton

 

Ce n’est avec un écart d’un siècle qu’un juste retour des choses.

Je reçois un mel à propos d’une menace qui pèse sur la maison d’André Breton à Saint-Cirq-Lapopie, dans le Lot. Sa mise en vente risque de la voir cesser d’être un lieu de création artistique et poétique.

Il est signé Laurent Doucet, dont j’ai fait la connaissance à Illiers-Combray lors du dernier colloque proustien. Je découvre qu’il est président de l’Association pour une Maison de la Poésie et des Citoyens du Monde André Breton et Garry Davis à Saint-Cirq-Lapopie (laroseimpossible@laposte.net).

Il appelle à un rassemblement autour de ce projet et me faut l’honneur de mettre « le fou de Proust » à contribution, arguant du fait que Breton a été « un fou plus proustien que ne le disent certains commentateurs (j’ai « des preuves » littéraires que je délivrerai en exclusivité pour ton blog un de ces quatre) ».

Et l’ami Doucet de poursuivre : «Je lance un Appel pour sauver ce lieu de manière vivace, tu trouveras le texte et les lien internet de notre site ci-joint et ci-après (http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article2251 ; http://goo.gl/P9X2nO). J’espère compter sur ton soutien et tes réseaux de fous littéraires connus ou non pour faire triompher cette cause poétique de la première importance ! »

Ce ne serait que justice.

Je tire ce qui suit de ce qu’écrit George D. Painter dans sa pionnière biographie de Proust : en 1920, l’insomnie et la fatigue empêchent l’écrivain de mener à bien la correction des fautes d’impression des épreuves de Du Côté de Guermantes. Il appelle la N.R.F. à l’aide qui engage Breton, alors chef de file des dadaïstes, pas encore pape des surréalistes. Le jeune homme aurait été négligent dans sa tâche mais ravi au plus haut point par la poésie du roman.

Quoiqu’il en soit, ne nous est-il pas un devoir de tendre la main à des protecteurs de la poésie ?

Un élément supplémentaire rapproche nos passions : à Saint-Cirq-Lapopie, Breton a accueilli des amis et des artistes, dont Man Ray, auteur de la photo de Marcel Proust sur son lit de mort.

Je suis d’autant plus enclin à relayer le message que, dans ma vie d’avant Illiers-Combray, lors de mes années antillaises, j’ai écrit un livre, fantaisie uchronique, sur la rencontre fondatrice entre Aimé Césaire et André Breton (Le Ruban de la fille du pape, Ibis Rouge, 2008).

Servir de trait d’union aux bretoniens, césairiens et proustiens n’est pas surréaliste mais excitant.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Magnifique (au sens étymologique) réponse à mon Appel que cette chronique dans ton blogUE (excuse mon anglicisme précédent « à la Odette »)cher Patrice ! Merci d’avance si nous réussissons à garder la Maison de Breton dans notre patrimoine vivace et son rayonnement international. « La question de la langue est politique ; et son traitement est poétique » a déclaré un jour le psychanalyste Jean-François Cottes. Si nous obtenons la création d’une Maison de la Poésie dans l’ancien manoir d’André Breton à Saint-Cirq Lapopie, je te fais la promesse que l’une des premières conférences se fera sur le thème des relations entre le poète et Marcel Proust, et au-delà avec la poésie de son époque dont la nébuleuse surréaliste… Et pour ceux qui ne présupposeraient pas le bien fondé de l’invention du « hasard objectif » par les surréalistes, je livre cette trouvaille rendue possible par ma correspondance avec Patrice Louis. L’acte fondateur du mouvement surréaliste (non le mot lui-même, inventé par Guillaume Apollinaire) est unanimement considéré comme la rédaction à deux entre Breton et Philippe Soupault du recueil Les Champs Magnétiques, entièrement fabriqué à partir du procédé révolutionnaire de l’écriture automatique. Dès sa parution qui bouleversait tous les codes de l’esthétique dominante, Marcel Proust fut l’un des premiers grands artistes de ce temps à réagir positivement dans une lettre en réponse à l’envoi du livre par Soupault: « …j’aurais tant aimé, vous et Monsieur Breton, vous louer pour vos Champs magnétiques. J’ai eu le grand plaisir de le voir une fois. Dites-lui je vous prie qu’il a fallu un état peu différent de la mort pour que je ne lui écrive pas, ainsi qu’à vous, quand j’ai reçu ce livre. À défaut d’oculiste, je mets de temps en temps les lunettes envoyées par hasard par un opticien, pour vous lire.

    Veuillez agréer Monsieur l’expression de mes sentiments les plus sympathiques

    Marcel Proust »
    Comment ai-je eu cette référence ? Grâce à la communication par Patrice de l’adresse électronique de François Bon, et en allant sur le site de ce dernier http://www.tierslivre.net !

    Vive les amitiés proustillantes et les rencontres surréalistes

    Laurent Doucet

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