Fiche — Cyclistes, des jeunes (Paris)

Cyclistes, des jeunes [V]

Femmes désirées

 

Personnages fictifs.

 

 

Au bois de Boulogne, le Héros et Albertine les voient assises à côté de leurs vélos. Lui comme elle les regardent. La jeune fille se tourne ensuite vers son ami, qui ne s’inquiète pas. Lui se dit qu’elle l’empêche d’aller à leur rencontre.

Quelques jours plus tard, il se torture doublement : en pensant à son désir de plaire et au regard identique au sien qu’Albertine pourrait jeter sur ces cyclistes.

 

 

*les Déesses ne se laissent pas approcher. Çà et là, entre les arbres, à l’entrée de quelque café, une servante veillait comme une nymphe à l’orée d’un bois sacré, tandis qu’au fond trois jeunes filles étaient assises à côté de l’arc immense de leurs bicyclettes posées à côté d’elles, comme trois immortelles accoudées au nuage ou au coursier fabuleux sur lesquels elles accomplissaient leurs voyages mythologiques. Je remarquais que chaque fois qu’Albertine les regardait un instant toutes ces filles avec une attention profonde, elle se retournait aussitôt vers moi. Mais je n’étais trop tourmenté ni par l’intensité de cette contemplation, ni par sa brièveté que l’intensité compensait; en effet, pour cette dernière, il arrivait souvent qu’Albertine, soit fatigue, soit manière de regarder particulière à un être attentif, considérait ainsi, dans une sorte de méditation, fût-ce mon père, fût-ce Françoise; et quant à sa vitesse à se retourner vers moi, elle pouvait être motivée par le fait qu’Albertine, connaissant mes soupçons, pouvait vouloir, même s’ils n’étaient pas justifiés, éviter de leur donner prise. Cette attention, d’ailleurs, qui m’eût semblé criminelle de la part d’Albertine (et tout autant si elle avait eu pour objet des jeunes gens), je l’attachais, sans me croire un instant coupable et en trouvant presque qu’Albertine l’était en m’empêchant par sa présence, de m’arrêter et de descendre vers elles, sur toutes les midinettes. On trouve innocent de désirer et atroce que l’autre désire. (V, 114-115)

*Et peut-être, pourtant, entièrement fidèle je n’eusse pas souffert d’infidélités que j’eusse été incapable de concevoir, mais ce qui me torturait à imaginer chez Albertine, c’était mon propre désir perpétuel de plaire à de nouvelles femmes, d’ébaucher de nouveaux romans; c’était de lui supposer ce regard que je n’avais pu, l’autre jour, même à côté d’elle, m’empêcher de jeter sur les jeunes cyclistes assises aux tables du bois de Boulogne. (V, 266)

 

 

 


CATEGORIES : Femmes désirées, Personnage fictif/ AUTHOR : patricelouis

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