Quatre jeux-concours

Quatre jeux-concours

 

UN

 

Si le magazine Têtu organisait un jeu-concours proustien, il pourrait demander de trouver les cinq intrus dans une liste d’hommes « désirés ou possédés » par Charlus :

 

Un giletier, un valet de pied, un marchand de marrons, un livreur de canapés, le cycliste d’un pharmacien, un petit jeune homme pauvre, un conducteur de tramway, «quelque curieuse petite personne dont la silhouette m’aura amusé», un garçon des wagons-lits, un conducteur et un contrôleur d’omnibus, «un étrange petit bonhomme, un intelligent petit bourgeois» (le narrateur), un garçon d’étage, l’enfant de chœur de l’église de Balbec, Aimé le maître d’hôtel, un curieux petit «chasseur», les deux fils de Mme de Surgis-le-Duc, un violoniste, le chasseur d’un cercle de jeu, un jeune compositeur de tournure agréable, un jeune télégraphiste, des étudiants de la Sorbonne, un soldat Sénégalais, un faux tueur de bœufs, des « apaches », un enfant de moins de dix ans, un ancien combattant manchot, un garçon jardinier.

 

DEUX

 

Si la Mairie de Paris organisait un jeu-concours « Les cris de Paris » consacré à ceux que le Héros et Albertine entendent de leur appartement, elle pourrait demander de répondre aux dix questions suivantes :

 

I – Certains métiers se reconnaissent grâce à un instrument de musique utilisé par celui qui l’exerce. Rendez à chacun son instrument.

 

A – le chevrier

B – le raccommodeur de porcelaine

C – le repasseur

D – les petits Italiens proposant des jeux de numéros

E – le rempailleur de chaise

 

1 – une cloche

2 – une crécelle

3 – une trompette

4 – une flûte

5 – une corne

 

II – Deux magasins sont cité comme ayant un rideau de fer. Quel est l’intrus : le boulanger, le crémier, le quincailler ?

 

III – Certains produits ont un prix indiqué. Rendez à chacun le sien.

C – le bigorneau

D – les escargots

A – les oignons

B – les carottes

 

1 – deux sous

2 – six sous la douzaine

3 – huit sous pièce

4 – deux ronds la botte

 

IV – Citez cinq produits de la mer annoncés par leurs vendeurs.

 

V – Ces objets sont traités par le repasseur : couteaux, ciseaux, scie, rasoirs. L’un d’eux est traité séparément. Lequel ?

 

VI – Un des métiers consiste à nettoyer chiens et chats. De ces opérations, quelles sont les deux qu’il assure : raser, tondre, épouiller, couper, tailler ?

 

VII – Que vend le marchand de chiffons en plus de sa marchandise : des queues de rats, des ferrailles, des images d’Épinal, du fil et des aiguilles ?

 

VIII – Quel animal tire la petite voiture du marchand d’habits : une chèvre, un cheval, une ânesse, un baudet ?

 

IX – De quelle ville l’asperge de la marchande de quatre-saisons est-elle originaire ? Et l’orange ?

 

X – Quel est le légume qui n’est pas cité à propos des marchandes de quatre-saisons ? Artichauts, haricots blancs, poireaux, choux, haricots verts.

 

 

TROIS

 

Si le magazine Lui organisait un jeu-concours sur les femmes «désirées ou possédées» par le Héros, il pourrait demander de trouver les cinq intruses de la liste suivante :

 

Gilberte Swann, une paysanne de Méséglise ou de Roussainville, une pêcheuse de Balbec, une petite blanchisseuse, une vendeuse de lait aux joues roses au pied d’une colline vue du train, une jeune blonde à l’air triste vue à Rivebelle, une contrôleuse d’omnibus, la servante d’un restaurant de Doncières, Mlle de Stermaria, une pensionnaire suivie de son institutrice, Oriane de Guermantes, une laitière avec ses manches blanches, une jeune fille splendide montée dans le train à Saint-Pierre-des-Ifs et qui fume une cigarette, les deux filles de Mme de Surgis, une laitière venue d’une ferme apporter un supplément de crème au Grand-Hôtel, Mlle d’Orgeville, allant dans les maisons de passe (jamais vue, évoquée par Saint-Loup), une « poutana », une belle pêcheuse de Carqueville, une femme de chambre, Albertine Simonet, des jeunes filles vues sur la plage de Balbec qu’il a envie d’emmener dans l’avenue des Tamaris, dans les dunes ou, mieux, sur la falaise, telle fillette de Méséglise ou de Paris, la femme de chambre de Mme Putbus qui fréquente une maison de passe et aime les femmes (jamais vue, évoquée par Saint-Loup), Léonor de Cambremer, une jeune femme qu’il aimait et n’arrivait pas à voir, une jeune fille de grande naissance, trois midinettes à bicyclette au bois de Boulogne, une petite fille pauvre, une marchande de verrerie vénitienne âgée de dix-sept ans…

 

 

QUATRE

 

Si la SNCF organisait un jeu-concours autour d’un certain chemin de fer, elle pourrait demander de :

1) Citer les différents surnoms du « petit train d’intérêt local » de Balbec.

2) Citer les stations de la ligne.

 

 

A VOUS DE JOUER.

 

 

 

 

 

ATTENTION , LES REPONSES SONT CI-DESSOUS.

 

NE VOUS PRECIPITEZ PAS.

 

 

Les intrus dans la liste des hommes possédés ou désirés par le baron de Charlus :

 

Un livreur de canapés, un petit jeune homme pauvre, un crémier, l’enfant de chœur de l’église de Balbec [il drague l’enfant de chœur à l’enterrement de son épouse], un ancien combattant manchot [dans l’hôtel de Jupien, c’est un vieillard qui réclame un mutilé].

 

 

Réponses « Les cris de Paris » :

 

I – Instruments : A-4 ; B-5 ; C-1 ; D-2 ; E-3.

 

II – Magasin à rideau de fer non cité : quincailler.

 

III – Prix : A-3 ; B-4 ; C-1 ; D-2.

 

IV – Produits de la mer : huîtres, crevette, raie, merlan, maquereau, moule.

 

V – Repasseur de scie.

 

VI – Nettoyeur : tondre, couper.

 

VII – Marchand de chiffons : des ferrailles.

 

VIII – Marchand d’habits : une ânesse.

 

IX – Asperge d’Argenteuil, orange de Valence.

 

X – Légume : haricots blancs.

 

 

 

Les intruses dans la liste des femmes possédées ou désirées par le Héros :

 

Les deux filles de Mme de Surgis [elle n’a que deux fils], une petite blanchisseuse [c’est Aimé qui couche avec elle], Léonor de Cambremer [c’est un homme], une « poutana », une contrôleuse d’omnibus [n’existe pas].

 

 

 

Réponses SNCF :

 

1) Les différents surnoms du « petit train de Balbec».

Le Tortillard, pour Saint-Loup;

Le tram, le tacot, pour Albertine et les jeunes filles en fleurs;

Le Transatlantique (« à cause d’une effroyable sirène qu’il possédait pour que se garassent les passants »);

Le Decauville « parce qu’il avait une voie de 60);

Le Funi (« parce qu’il grimpait sur la falaise » de Criquetot);

Le B. A. G. (« parce qu’il allait de Balbec à Grallevast en puissant par Angerville »);

Le T. S. N. parce qu’il faisait partie de la ligne des tramways du Sud de la Normandie;

Moyen de commotion, pour le directeur du Grand-Hôtel.

Dans le manuscrit autographe, Proust note aussi « la Tortue ».

 

2) Les stations du petit train.

Incarville, Bricquebec, Saint-Mars-le-Vieux, Maineville-la-Teinturière, Balbec-plage, Toutainville, Égreville (ou Égleville ?), Harambouville, Hermenonville, Renneville, Montmartin-sur-Mer, Parville-la-Bingard, Saint-Pierre-des-Ifs, Angerville, Saint-Frichoux, Doncières-la-Goupil, Doncières-Ouest, Saint-Martin-du Chêne, Graincourt-Saint-Vast, Grallevast, Do[u]ville-Féterne (terminus).


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. well done

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