Fiche — Dieulafoy, Pr Paul-Georges (Paris)

Dieulafoy, Paul-Georges [III]

Médecin français

 

Personnage réel.

(1839-1911) Âge Proust + 32 ans.

 

Il a son cabinet à Paris.

 

Fils de Joseph Marie Armand Jules Dieulafoy, commerçant, et de Thérèse Eugénie Dammien.

Frère aîné de Marcel Dieulafoy, archéologue.

Neveu de Paul Dieulafoy, professeur de clinique chirurgicale.

Époux de Claire Bessaignet.

Célèbre, élégant et sportif, il fréquente les salons. Sa clientèle appartient à la noblesse, au haut commerce et à la haute bourgeoisie. Le cabinet de l’hôtel particulier qu’il s’est fait construire est richement décoré avec de nombreux marbres et bronzes dans le hall d’entrée et des œuvres de Millet, Dalacroix ou Corot dans les salons.

 

Professeur de médecine.

Titulaire de la chaire de pathologie interne à la Faculté ; professeur de clinique à l’Hôtel-Dieu en 1896.

Président de l’Académie nationale de médecine.

Il est connu pour ses travaux en pathologie digestive et en particulier sur la sémiologie de l’appendicite.

 

Adresse :

Avenue Montaigne, Paris, VIIIe.

 

 

Le duc de Guermantes reproche au père du Héros de ne pas l’avoir fait venir pour soigner la grand’mère, d’autant que, selon lui, il n’a rien à lui refuser alors qu’il ne s’est pas rendu au chevet de la duchesse de Chartres. Les Guermantes le considère comme un fournisseur sans rival, tel un glacier ou un pâtissier célèbres. En fait, le père du Héros a appelé Dieulafoy, ce que l’adolescent ignorait.

À son arrivée, il est accueilli dans un salon par le père du Héros, comme le serait un notaire. Dans un rôle de père noble, il ressemble à un personnage de Molière. Beau et charmant, il porte une redingote noire à revers de soie et montre un tact absolu, s’imposant comme un grand seigneur. Il regarde la mourante, discret pour ne pas gêner le médecin traitant, dit quelques mots à l’oreille du père, s’incline devant la grand’mère et sort en recevant un cachet avec une telle discrétion que la famille doute le lui avoir remis. Depuis, note le Héros, il est mort, mais il n’a pas de successeur dans sa distinction.

 

 

Inspiration :

Paul Tillaux (1834-1904).

 

 

*[Le duc de Guermantes au Héros sur la santé de sa grand’mère :] — Avez-vous fait venir Dieulafoy ? Ah! c’est une grave erreur. Et si vous me l’aviez demandé, il serait venu pour moi, il ne me refuse rien, bien qu’il ait refusé à la duchesse de Chartres. Vous voyez, je me mets carrément au-dessus d’une princesse du sang. D’ailleurs, devant la mort nous sommes tous égaux, ajouta-t-il, non pour me persuader que ma grand’mère devenait son égale, mais ayant peut-être senti qu’une conversation prolongée relativement à son pouvoir sur Dieulafoy et à sa prééminence sur la duchesse de Chartres ne serait pas de très bon goût.

Son conseil du reste ne m’étonnait pas. Je savais que, chez les Guermantes, on citait toujours le nom de Dieulafoy (avec un peu plus de respect seulement) comme celui d’un «fournisseur» sans rival. Et la vieille duchesse de Mortemart, née Guermantes (il est impossible de comprendre pourquoi dès qu’il s’agit d’une duchesse on dit presque toujours : «la vieille duchesse de» ou tout au contraire, d’un air fin et Watteau, si elle est jeune, la «petite duchesse de»), préconisait presque mécaniquement, en clignant de l’œil, dans les cas graves «Dieulafoy, Dieulafoy», comme si on avait besoin d’un glacier «Poiré Blanche» ou pour des petits fours «Rebattet, Rebattet». Mais j’ignorais que mon père venait précisément de faire demander Dieulafoy. (III, 235-236)

Pr Delafoy

Pr Delafoy

*À ce moment, mon père se précipita, je crus qu’il y avait du mieux ou du pire. C’était seulement le docteur Dieulafoy qui venait d’arriver. Mon père alla le recevoir dans le salon voisin, comme l’acteur qui doit venir jouer. On l’avait fait demander non pour soigner, mais pour constater, en espèce de notaire. Le docteur Dieulafoy a pu en effet être un grand médecin, un professeur merveilleux; à ces rôles divers où il excella, il en joignait un autre dans lequel il fut pendant quarante ans sans rival, un rôle aussi original que le raisonneur, le scaramouche ou le père noble, et qui était de venir constater l’agonie ou la mort. Son nom déjà présageait la dignité avec laquelle il tiendrait l’emploi, et quand la servante disait : «M. Dieulafoy», on se croyait chez Molière. À la dignité de l’attitude concourait sans se laisser voir la souplesse d’une taille charmante. Un visage en soi-même trop beau était amorti par la convenance à des circonstances douloureuses. Dans sa noble redingote noire, le professeur entrait, triste sans affectation, ne donnait pas une seule condoléance qu’on eût pu croire feinte et ne commettait pas non plus la plus légère infraction au tact. Aux pieds d’un lit de mort, c’était lui et non le duc de Guermantes qui était le grand seigneur. Après avoir regardé ma grand’mère sans la fatiguer, et avec un excès de réserve qui était une politesse au médecin traitant, il dit à voix basse quelques mots à mon père, s’inclina respectueusement devant ma mère, à qui je sentis que mon père se retenait pour ne pas dire : «Le professeur Dieulafoy». Mais déjà celui-ci avait détourné la tête, ne voulant pas importuner, et sortit de la plus belle façon du monde, en prenant simplement le cachet qu’on lui remit. Il n’avait pas eu l’air de le voir, et nous-mêmes nous demandâmes un moment si nous le lui avions remis tant il avait mis de la souplesse d’un prestidigitateur à le faire disparaître, sans pour cela perdre rien de sa gravité plutôt accrue de grand consultant à la longue redingote à revers de soie, à la belle tête pleine d’une noble commisération. Sa lenteur et sa vivacité montraient que, si cent visites l’attendaient encore, il ne voulait pas avoir l’air pressé. Car il était le tact, l’intelligence et la bonté mêmes. Cet homme éminent n’est plus. D’autres médecins, d’autres professeurs ont pu l’égaler, le dépasser peut-être. Mais l’«emploi» où son savoir, ses dons physiques, sa haute éducation le faisaient triompher, n’existe plus, faute de successeurs qui aient su le tenir. Maman n’avait même pas aperçu M. Dieulafoy, tout ce qui n’était pas ma grand’mère n’existait pas. (III, 239-240)

Pr Dieulafoy

Pr Dieulafoy

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Médecin, Personnage réel, Roturier/ière/ AUTHOR : patricelouis

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