Fiche — Julot, le grand (Paris)

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Julot, le grand [VII]

Militaire français

 

Personnage fictif.

 

Il travaille à Paris.

Il fait des prestations à l’hôtel pour homosexuels de Jupien.

Il vit avec Jeanne l’Algérienne, prostituée.

 

 

Il fait la guerre et a une marraine de guerre, dame-pipi près de l’Olympia. C’est une femme mariée et sérieuse, il n’y a pas de relations sexuelles entre eux. Il ne lui a pas donné de nouvelles depuis huit jours. Cette période sans lettres n’a jamais été aussi longue. Comme elle a bon cœur, elle lui envoie un mandat par semaine. Lui est l’ami d’un jeune homme de vingt-deux ans qui fréquente aussi l’hôtel de Jupien. Ce n’est pas un maquereau, selon lui, puisqu’il donne de l’argent à sa compagne. Certes, travaillant dans un bordel, elle lui a bien remis cinq francs de temps en temps, alors qu’elle gagnait dix fois ça. Aujourd’hui, elle travaille au front. Elle gagne tout ce qu’elle veut mais ne lui donne rien. Du coup, l’ami intime trouve même que le grand Julot n’est qu’un imbécile.

 

 

*«On n’a pas de nouvelles du grand Julot. Sa marraine n’a pas reçu de lettre de lui depuis huit jours et c’est la première fois qu’il reste si longtemps sans lui en donner. – Qui c’est, sa marraine ? – C’est la dame qui tient le chalet de nécessité un peu plus bas que l’Olympia. – Ils couchent ensemble ? – Qu’est-ce que tu dis là ? C’est une femme mariée, tout ce qu’il y a de sérieuse. Elle lui envoie de l’argent toutes les semaines parce qu’elle a bon cœur. Ah! c’est une chic femme. – Alors tu le connais le grand Julot ? – Si je le connais! reprit avec chaleur le jeune homme de vingt-deux ans. C’est un de mes meilleurs amis intimes. Il n’y en a pas beaucoup que j’estime comme lui, et bon camarade, toujours prêt à rendre service, ah! tu parles que ce serait un rude malheur s’il lui était arrivé quelque chose». Quelqu’un proposa une partie de dés et à la hâte fébrile avec laquelle le jeune homme de vingt-deux ans retournait les dés et criait les résultats, les yeux hors de la tête, il était aisé de voir qu’il avait un tempérament de joueur. Je ne saisis pas bien ce que quelqu’un lui dit ensuite, mais il s’écria d’un ton de profonde pitié : «Julot un maquereau! C’est-à-dire qu’il dit qu’il est un maquereau. Mais il n’est pas foutu de l’être. Moi je l’ai vu payer sa femme, oui, la payer. C’est-à-dire que je ne dis pas que Jeanne l’Algérienne ne lui donnait pas quelque chose, mais elle ne lui donnait pas plus de cinq francs, une femme qui était en maison, qui gagnait plus de cinquante francs par jour. Se faire donner que cinq francs il faut qu’un homme soit trop bête. Et maintenant qu’elle est sur le front, elle a une vie dure, je veux bien, mais elle gagne ce qu’elle veut; eh bien, elle ne lui envoie rien. Ah! un maquereau Julot ? Il y en a beaucoup qui pourraient se dire maquereaux à ce compte-là. Non seulement ce n’est pas un maquereau mais à mon avis c’est même un imbécile». (VII, 86-87)

 


CATEGORIES : Homosexuel(le), Militaire, Personnage fictif, Roturier/ière/ AUTHOR : patricelouis

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