Du côté des deux côtés

Du côté des deux côtés

 

Les titres de deux des sept parties d’À la Recherche du Temps perdu sont une référence directe aux deux mondes qui encerclent Combray : Du côté de chez Swann et Le Côté de Guermantes.

Ils sont symbolisés par les promenades que le Héros et sa famille font de temps en temps au départ de chez tante Léonie.

 

Itinéraires :

 

Pour aller du côté de chez Swann, et aussi de Méséglise-la-Vineuse, sortir par la grande porte, emprunter la rue du Saint-Esprit.

Profiter de ses lilas, ses aubépines, ses bluets, ses coquelicots, ses pommiers.

Admirer ce qui est, selon le père, la plus belle vue de la plaine.

 

Pour aller du côté de Guermantes… mais faisons une halte avant de nous y rendre : pourquoi Proust n’écrit-il pas « du côté de chez les Guermantes « ? Parce qu’ici Guermantes est un lieu, le château, et nom un patronyme. Cette fois, prenons la route.

Donc pour y aller, sortir par la petite porte du jardin, emprunter la rue des Perchamps, celle de l’Oiseau Flesché, le mail, franchir le Pont-Vieux, s’engager sur le sentier de halage. Seconde halte : dans la réalité d’Illiers, ce sentier conduit au Pré Catelan qui, dans l’œuvre, est du côté de chez Swann.

Profiter de sa rivière à têtards, ses nymphéas, ses boutons d’or.

Admirer ce qui est, selon le père, le type de paysage de rivière

 

Des deux, la moins longue est la première, mais c’est aussi celle qui risque d’être pluvieuse. En tous cas, choisir d’aller d’un côté, c’est tourne le dos à l’autre.

 

« cette habitude que nous avions de n’aller jamais vers les deux côtés un même jour, dans une seule promenade, mais une fois du côté de Méséglise, une fois du côté de Guermantes, les enfermait pour ainsi dire loin l’un de l’autre, inconnaissables l’un à l’autre, dans les vases clos et sans communication entre eux, d’après-midi différents. » (I)

 

Mais — et c’est d’évidence le plus grand coup de théâtre de la fin—, ces deux côtés peuvent se rejoindre. Dans Le Temps retrouvé, Gilberte propose au Héros d’« aller à Guermantes en prenant par Méséglise, c’est la plus jolie façon », lui révélant ainsi que « les deux côtés n’étaient pas aussi inconciliables qu[’il] avai[t] cru ».

 

Stupéfiant !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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