Fiche — Dame en gris prenant des douches avec Albertine, une (Balbec)

Dame en gris prenant des douches avec Albertine, une  [VI]

Femme française

 

Personnage fictif.

 

Homosexuelle.

Elle fréquente l’établissement de douches de Balbec.

 

 

Elle est de Balbec et recherche des jeunes filles. C’est ce qui ressort de la lettre d’Aimé rendant compte au Héros des résultats de son enquête. Elle entre avec Albertine dans la cabine, ce que ne font pas les autres filles qui l’accompagnent et n’entrent qu’après. Les deux femmes y restent longtemps et celle en gris donne au moins dix francs de pourboire à la doucheuse.

 

 

*[Lettre d’Aimé au Héros :] «D’après elle [la doucheuse] la chose que supposait Monsieur est absolument certaine. D’abord c’était elle qui soignait (Mlle A.) chaque fois que celle-ci venait aux bains. (Mlle A.) venait très souvent prendre sa douche avec une grande femme plus âgée qu’elle, toujours habillée en gris, et que la doucheuse sans savoir son nom connaissait pour l’avoir vue souvent rechercher des jeunes filles. Mais elle ne faisait plus attention aux autres depuis qu’elle connaissait (Mlle A.). Elle et (Mlle A.) s’enfermaient toujours dans la cabine, restaient très longtemps, et la dame en gris donnait au moins dix francs de pourboire à la personne avec qui j’ai causé. Comme m’a dit cette personne, vous pensez bien que si elles n’avaient fait qu’enfiler des perles, elles ne m’auraient pas donné dix francs de pourboire. (Mlle A.) venait aussi quelquefois avec une femme très noire de peau, qui avait un face-à-main. Mais (Mlle A.) venait le plus souvent avec des jeunes filles plus jeunes qu’elle, surtout une très rousse. Sauf la dame en gris, les personnes que (Mlle A.) avait l’habitude d’amener n’étaient pas de Balbec et devaient même souvent venir d’assez loin. Elles n’entraient jamais ensemble, mais (Mlle A.) entrait, en disant de laisser la porte de la cabine ouverte — qu’elle attendait une amie, et la personne avec qui j’ai parlé savait ce que cela voulait dire. Cette personne n’a pu me donner d’autres détails ne se rappelant pas très bien, «ce qui est facile à comprendre après si longtemps». Du reste, cette personne ne cherchait pas à savoir, parce qu’elle est très discrète et que c’était son intérêt car (Mlle A.) lui faisait gagner gros. Elle a été très sincèrement touchée d’apprendre qu’elle était morte. Il est vrai que si jeune c’est un grand malheur pour elle et pour les siens. J’attends les ordres de Monsieur pour savoir si je peux quitter Balbec où je ne crois pas que j’apprendrai rien davantage. Je remercie encore Monsieur du petit voyage que Monsieur m’a ainsi procuré et qui m’a été très agréable d’autant plus que le temps est on ne peut plus favorable. La saison s’annonce bien pour cette année. On espère que Monsieur viendra faire cet été une petite apparission.

Je ne vois plus rien d’intéressant à dire à Monsieur», etc.

 

Pour comprendre à quelle profondeur ces mots entraient en moi, il faut se rappeler que les questions que je me posais à l’égard d’Albertine n’étaient pas des questions accessoires, indifférentes, des questions de détail, les seules en réalité que nous nous posions à l’égard de tous les êtres qui ne sont pas nous, ce qui nous permet de cheminer, revêtus d’une pensée imperméable, au milieu de la souffrance, du mensonge, du vice ou de la mort. Non, pour Albertine, c’étaient des questions d’essence : En son fond qu’était-elle ? À quoi pensait-elle ? Qu’aimait-elle ? Me mentait-elle ? Ma vie avec elle avait-elle été aussi lamentable que celle de Swann avec Odette ? Aussi ce qu’atteignait la réponse d’Aimé, bien qu’elle ne fût pas une réponse générale, mais particulière — et justement à cause de cela — c’était bien Albertine, en moi, les profondeurs.

Enfin je voyais devant moi, dans cette arrivée d’Albertine à la douche par la petite rue avec la dame en gris, un fragment de ce passé qui ne me semblait pas moins mystérieux, moins effroyable que je ne le redoutais quand je l’imaginais enfermé dans le souvenir, dans le regard d’Albertine. (VII, 70-71)

 

 


CATEGORIES : Homosexuel(le), Personnage fictif, Roturier/ière/ AUTHOR : patricelouis

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