Fiche — Rémi, le cocher de Swann (Paris)

Cocher de Swann, Rémi, le [I]

Membre du personnel de maison

 

Personnage fictif.

 

Il est au service de son maître à Paris.

 

 

Il confie un soir à Françoise que Swann, qu’il amène chez les parents du Héros à Paris, vient de dîner chez une princesse.

Il conduit régulièrement son maître à un coin de rue pour qu’il retrouve une ouvrière jeune mais empâtée avec laquelle Swann reste dans sa voiture jusqu’au moment d’aller chez Odette.

Selon Swann, c’est le sosie de Leonardo Loredano (Lorédan en français), doge de Venise de 1501 à sa mort en 1521 et sculpté en buste par Rizzo. La ressemblance est criante à cause des pommettes saillantes et des sourcils obliques.

Un soir tard, son maître lui demande de l’aider à retrouver Odette qui a dit aller dans un restaurant des Boulevards et qui ne s’y trouve pas. Chacun de son côté, ils la cherchent en vain. A Swann qui veut continuer pour qu’elle ne soit pas froissée, il répond qu’elle ne peut pas l’être puisqu’elle ne l’a pas attendu.

Le soir, après avoir reçu Swann, Odette embrasse son ami devant lui sans se préoccuper de son opinion. D’autres soirs, il conduit son maître au trot chez elle sans qu’il soit besoin de le lui indiquer.

Il s’inquiète pour son maître quand, après un dîner au Bois, Mme Verdurin emmène Odette avec elle, laissant Swann seul. Swann le renvoie et rentre à pied.

Odette ne l’aime pas. Elle lui reproche de monter la tête de son amant contre elle, de ne pas être assez bien pour lui, de manquer à son égard à elle d’exactitude et de déférence. Du coup, il se garde bien de le prendre quand il la voit pour ne pas créer d’histoires.

Il va chercher la petite ouvrière maîtresse de Swann pendant que son maître se frise la moustache.

C’est un des suspects aux yeux de Swann pour la lettre anonyme l’informant des amants et des maîtresses d’Odette. Motifs : il peut lui en vouloir à elle, et être envieux et méprisant, comme le sont les domestiques, à son égard à lui.

 

 

*Un jour qu’il [Swann] était venu nous voir à Paris après dîner en s’excusant d’être en habit, Françoise ayant, après son départ, dit tenir du cocher qu’il avait dîné «chez une princesse», — «Oui, chez une princesse du demi-monde!» avait répondu ma tante en haussant les épaules sans lever les yeux de sur son tricot, avec une ironie sereine. (I, 11)

*préférant infiniment à celle d’Odette, la beauté d’une petite ouvrière fraîche et bouffie comme une rose et dont il était épris, il [Swann] aimait mieux passer le commencement de la soirée avec elle, étant sûr de voir Odette ensuite. C’est pour les mêmes raisons qu’il n’acceptait jamais qu’Odette vînt le chercher pour aller chez les Verdurin. La petite ouvrière l’attendait près de chez lui à un coin de rue que son cocher Rémi connaissait, elle montait à côté de Swann et restait dans ses bras jusqu’au moment où la voiture l’arrêtait devant chez les Verdurin.  (I, 155)

*Swann avait toujours eu ce goût particulier d’aimer à retrouver dans la peinture des maîtres non pas seulement les caractères généraux de la réalité qui nous entoure, mais ce qui semble au contraire le moins susceptible de généralité, les traits individuels des visages que nous connaissons : ainsi, dans la matière d’un buste du doge Loredan par Antoine Rizzo, la saillie des pommettes, l’obliquité des sourcils, enfin la ressemblance criante de son cocher Rémi (I, 158)

*Pour gagner du temps, pendant qu’il visitait les uns, il envoya dans les autres son cocher Rémi (le doge Loredan de Rizzo) qu’il alla attendre ensuite — n’ayant rien trouvé lui-même — à l’endroit qu’il lui avait désigné. La voiture ne revenait pas et Swann se représentait le moment qui approchait, à la fois comme celui où Rémi lui dirait : «Cette dame est là», et comme celui où Rémi lui dirait, «cette dame n’était dans aucun des cafés.» Et ainsi il voyait la fin de la soirée devant lui, une et pourtant alternative, précédée soit par la rencontre d’Odette qui abolirait son angoisse, soit, par le renoncement forcé à la trouver ce soir, par l’acceptation de rentrer chez lui sans l’avoir vue.

Le cocher revint, mais, au moment où il s’arrêta devant Swann, celui-ci ne lui dit pas : «Avez-vous trouvé cette dame ?» mais : «Faites-moi donc penser demain à commander du bois, je crois que la provision doit commencer à s’épuiser.» Peut-être se disait-il que si Rémi avait trouvé Odette dans un café où elle l’attendait, la fin de la soirée néfaste était déjà anéantie par la réalisation commencée de la fin de soirée bienheureuse et qu’il n’avait pas besoin de se presser d’atteindre un bonheur capturé et en lieu sûr, qui ne s’échapperait plus. Mais aussi c’était par force d’inertie; il avait dans l’âme le manque de souplesse que certains êtres ont dans le corps, ceux-là qui au moment d’éviter un choc, d’éloigner une flamme de leur habit, d’accomplir un mouvement urgent, prennent leur temps, commencent par rester une seconde dans la situation où ils étaient auparavant comme pour y trouver leur point d’appui, leur élan. Et sans doute si le cocher l’avait interrompu en lui disant : «Cette dame est là», il eut répondu : «Ah! oui, c’est vrai, la course que je vous avais donnée, tiens je n’aurais pas cru», et aurait continué à lui parler provision de bois pour lui cacher l’émotion qu’il avait eue et se laisser à lui-même le temps de rompre avec l’inquiétude et de se donner au bonheur.

Mais le cocher revint lui dire qu’il ne l’avait trouvée nulle part, et ajouta son avis, en vieux serviteur :

— Je crois que Monsieur n’a plus qu’à rentrer.

Mais l’indifférence que Swann jouait facilement quand Rémi ne pouvait plus rien changer à la réponse qu’il apportait tomba, quand il le vit essayer de le faire renoncer à son espoir et à sa recherche :

— Mais pas du tout, s’écria-t-il, il faut que nous trouvions cette dame; c’est de la plus haute importance. Elle serait extrêmement ennuyée, pour une affaire, et froissée, si elle ne m’avait pas vu.

— Je ne vois pas comment cette dame pourrait être froissée, répondit Rémi, puisque c’est elle qui est partie sans attendre Monsieur, qu’elle a dit qu’elle allait chez Prévost et qu’elle n’y était pas. (I, 163-164)

*Maintenant, tous les soirs, quand il l’avait ramenée chez elle, il fallait qu’il entrât et souvent elle ressortait en robe de chambre et le conduisait jusqu’à sa voiture, l’embrassait aux yeux du cocher, disant : «Qu’est-ce que cela peut me faire, que me font les autres ?» Les soirs où il n’allait pas chez les Verdurin (ce qui arrivait parfois depuis qu’il pouvait la voir autrement), les soirs de plus en plus rares où il allait dans le monde, elle lui demandait de venir chez elle avant de rentrer, quelque heure qu’il fût. C’était le printemps, un printemps pur et glacé. En sortant de soirée, il montait dans sa victoria, étendait une couverture sur ses jambes, répondait aux amis qui s’en allaient en même temps que lui et lui demandaient de revenir avec eux qu’il ne pouvait pas, qu’il n’allait pas du même côté, et le cocher partait au grand trot sachant où on allait. (I, 167)

[Extrait non indiqué dans la liste des personnages de la Pléiade.]

*quand la voiture de Mme Verdurin fut partie [du Bois, raccompagnant Odette] et que celle de Swann s’avança, son cocher le regardant lui demanda s’il n’était pas malade ou s’il n’était pas arrivé de malheur.

Swann le renvoya, il voulait marcher et ce fut à pied, par le Bois, qu’il rentra. (I, 203)

*Un jour, elle lui déclara qu’elle n’aimait pas son cocher, qu’il lui montait peut-être la tête contre elle, qu’en tous cas il n’était pas avec lui de l’exactitude et de la déférence qu’elle voulait. Elle sentait qu’il désirait lui entendre dire : «Ne le prends plus pour venir chez moi», comme il aurait désiré un baiser. Comme elle était de bonne humeur, elle le lui dit; il fut attendri. Le soir, causant avec M. de Charlus avec qui il avait la douceur de pouvoir parler d’elle ouvertement (car les moindres propos qu’il tenait, même aux personnes qui ne la connaissaient pas, se rapportaient en quelque manière à elle), il lui dit :

— Je crois pourtant qu’elle m’aime; elle est si gentille pour moi, ce que je fais ne lui est certainement pas indifférent.

Et si, au moment d’aller chez elle, montant dans sa voiture avec un ami qu’il devait laisser en route, l’autre lui disait : «Tiens, ce n’est pas Lorédan qui est sur le siège ?», avec quelle joie mélancolique Swann lui répondait : Oh! sapristi non! je te dirai, je ne peux pas prendre Lorédan quand je vais rue La Pérouse. Odette n’aime pas que je prenne Lorédan, elle ne le trouve pas bien pour moi; enfin que veux-tu, les femmes, tu sais! je sais que ça lui déplairait beaucoup. Ah bien oui! je n’aurais eu qu’à prendre Rémi! j’en aurais eu une histoire! (1, 228-229)

*il [Swann] sentit l’odeur du fer du coiffeur par lequel il se faisait relever sa «brosse» pendant que Lorédan allait chercher la petite ouvrière, (I, 246)

*il [Swann] reçut une lettre anonyme, qui lui disait qu’Odette avait été la maîtresse d’innombrables hommes (dont on lui citait quelques-uns parmi lesquels Forcheville, M. de Bréauté et le peintre), de femmes, et qu’elle fréquentait les maisons de passe. […] Sest un des suspects aux yeux de Swanne ses patrons, avec les Verdurin dans la connaissance du pays autour de la Raspelière.wann soupçonna Rémi, qui il est vrai n’aurait pu qu’inspirer la lettre, mais cette piste lui parut un instant la bonne. D’abord Lorédan avait des raisons d’en vouloir à Odette. Et puis comment ne pas supposer que nos domestiques, vivant dans une situation inférieure à la nôtre, ajoutant à notre fortune et à nos défauts des richesses et des vices imaginaires pour lesquels ils nous envient et nous méprisent, se trouveront fatalement amenés à agir autrement que des gens de notre monde. (I, 253-255)

 

 

 


CATEGORIES : Personnage fictif, Roturier/ière/ AUTHOR : patricelouis

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