Fiche — Poussin, Mme (Combray, Balbec)

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Poussin, Mme [IV]

Roturière française

 

Personnage fictif.

 

Habitante de Combray.

Mère de deux filles.

Surnom : « Tu m’en diras des nouvelles ».

 

 

Elle vit retirée, au milieu d’un immense jardin.

Elle passe ses vacances à Balbec avec ses filles.

Sur la plage, elle rencontre la mère du Héros qu’elle salue de loin.

Elle a un tic de langage : dès qu’une de ses filles court un risque, elle l’avertit par la formule « Quand tu auras une bonne ophtalmie, tu m’en diras des nouvelles», pour l’une qui se frotte les yeux ; « Quand tu auras un bon panaris, tu m’en diras des nouvelles » pour l’autre qui se ronge les ongles.

Elle modifie aussi des mots pour les adoucir : « cueiller » au lieu de « cuiller », « Fénélon » à la place de « Fénelon ».

Son gendre, notaire à Combray a fait perdre beaucoup d’argent à l’oncle du Héros en partant avec la caisse, mais nul ne lui en tient rigueur, à elle.

 

 

*Elle [la mère du Héros] eut la mauvaise chance, dans un de ces pèlerinages où elle ne voulait pas être troublée, de rencontrer sur la plage une dame de Combray, suivie de ses filles. Je crois que son nom était Mme Poussin. Mais nous ne l’appelions jamais entre nous que «Tu m’en diras des nouvelles», car c’est par cette phrase perpétuellement répétée qu’elle avertissait ses filles des maux qu’elles se préparaient, par exemple en disant à l’une qui se frottait les yeux : «Quand tu auras une bonne ophtalmie, tu m’en diras des nouvelles.» Elle adressa de loin à maman de longs saluts éplorés, non en signe de condoléance, mais par genre d’éducation. Elle eût fait de même si nous n’eussions pas perdu ma grand’mère et n’eussions eu que des raisons d’être heureux. Vivant assez retirée à Combray, dans un immense jardin, elle ne trouvait jamais rien assez doux et faisait subir des adoucissements aux mots et aux noms mêmes de la langue française. Elle trouvait trop dur d’appeler «cuiller» la pièce d’argenterie qui versait ses sirops, et disait en conséquence «cueiller»; elle eût eu peur de brusquer le doux chantre de Télémaque en l’appelant rudement Fénelon — comme je faisais moi-même en connaissance de cause, ayant pour ami le plus cher l’être le plus intelligent, bon et brave, inoubliable à tous ceux qui l’ont connu, Bertrand de Fénelon — et elle ne disait jamais que «Fénélon» trouvant que l’accent aigu ajoutait quelque mollesse. Le gendre, moins doux, de cette Mme Poussin, et duquel j’ai oublié le nom, étant notaire à Combray, emporta la caisse et fit perdre à mon oncle, notamment, une assez forte somme. Mais la plupart des gens de Combray étaient si bien avec les autres membres de la famille qu’il n’en résulta aucun froid et qu’on se contenta de plaindre Mme Poussin. Elle ne recevait pas, mais chaque fois qu’on passait devant sa grille on s’arrêtait à admirer ses ombrages, sans pouvoir distinguer autre chose. Elle ne nous gêna guère à Balbec où je ne la rencontrai qu’une fois, à un moment où elle disait à sa fille en train de se ronger les ongles : «Quand tu auras un bon panaris, tu m’en diras des nouvelles.» (IV, 121)

 

 


CATEGORIES : Personnage fictif/ AUTHOR : patricelouis

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