Fiche — Marcel

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Marcel [I, IV, V, VII]

Roturier français

 

Personnage réel ? Personnage fictif ?

Celui qui écrit et celui qui s’exprime jouent à cache-cache avec son nom. Ne sont-ce qu’une seule personne ? On est porté à le croire.

 

Fils unique.

[En réalité, Marcel a un frère plus jeune de vingt-deux mois, Robert, futur médecin.]

 

 

À Paris, chez l’oncle Adolphe, la dame en rose, Odette, demande si la mère du Héros porte le même nom que lui. L’oncle ne livre pas la réponse.

Gilberte assure qu’elle va l’appeler par son « nom de baptême », mais ne le fait pas. Lui parle de « petit nom », sans le citer. Il se souvient aussi qu’elle l’a appelé par son nom devant ses parents à lui.

À Balbec, la marquise de Villeparisis demande son nom au Héros, dont elle ne se souvient pas, afin de le donner à la princesse de Luxembourg qu’elle veut lui présenter. Ce nom fait une vive impression sur la marquise.

Chez les Swann, Odette le nomme aux invités, dont Bergotte.

Chez Mme de Villeparisis, l’hôtesse le nomme devant une vieille aristocrate déchue, Alix, la marquise du quai Malaquais, apparemment indifférente, mais à son départ, elle l’invite à venir dans sa loge le vendredi suivant.

Chez la duchesse de Guermantes, s’y prenant mal, le duc le nomme à une Altesse, dont il ne lui dit pas le nom.

la même soirée, il est nommé par le même au prince d’Agrigente.

Chez la princesse de Guermantes, Mme d’Arpajon l’appelle par son nom, lui se souvient avoir dîné avec elle et de ses mots, mais plus de son nom.

À la même soirée, c’est à un huissier qui le lui demande qu’il livre son nom et il évoque ses « syllabes inquiétantes », sans plus de précision.

Un jeune chasseur du Grand-Hôtel de Balbec fait précéder son nom de Monsieur, ainsi qu’il l’a entendu faire ses camarades.

Dans le train qui conduit les invités à la Raspelière, Cottard dit son nom à la princesse Sherbatoff, mais, visiblement, c’est la première fois qu’elle l’entend.

Chez les Verdurin, le nouveau domestique écorche son nom en l’annonçant. Du coup, le couple est tout surpris de le voir entrer, se préparant à accueillir quelqu’un d’autre.

Plus tard, c’est au tour d’Albertine de lui  dire : « Mon Marcel », « Mon chéri Marcel », tandis que l’intéressé constate que l’auteur et le Héros portent ce même « nom de baptême ».

Elle lui écrit encore : « Mon chéri et cher Marcel », puis : « Quel Marcel ! Quel Marcel ! »

Entre-temps, elle lui donne son prénom que lui ne cite pas cette fois.

Enfin, vieilli, à la matinée de la princesse de Guermantes II, il apprend que des domestiques l’ont appelé « Le Père… » suivi de son nom, qui, là encore, reste tu.

 

 

*[Odette à l’oncle Adolphe :] Ce petit jeune homme a ses beaux yeux et aussi ça, dit-elle, en traçant avec son doigt une ligne sur le bas de son front. Est-ce que madame votre nièce porte le même nom que vous, ami ? demanda-t-elle à mon oncle.

— Il ressemble surtout à son père, grogna mon oncle qui ne se souciait pas plus de faire des présentations à distance en disant le nom de maman que d’en faire de près. (I, 53)

*Et il y eut un jour aussi où elle me dit : « Vous savez, vous pouvez m’appeler Gilberte, en tous cas moi, je vous appellerai par votre nom de baptême. C’est trop gênant. » Pourtant elle continua encore un moment à se contenter de me dire « vous » et comme je le lui faisais remarquer, elle sourit, et composant, construisant une phrase comme celles qui dans les grammaires étrangères n’ont d’autre but que de nous faire employer un mot nouveau, elle la termina par mon petit nom. Et me souvenant plus tard de ce que j’avais senti alors, j’y ai démêlé l’impression d’avoir été tenu un instant dans sa bouche, moi-même, nu, sans plus aucune des modalités sociales qui appartenaient aussi, soit à ses autres camarades, soit, quand elle disait mon nom de famille, à mes parents, et dont ses lèvres — en l’effort qu’elle faisait, un peu comme son père, pour articuler les mots qu’elle voulait mettre en valeur — eurent l’air de me dépouiller, de me dévêtir, comme de sa peau un fruit dont on ne peut avaler que la pulpe, tandis que son regard, se mettant au même degré nouveau d’intimité que prenait sa parole, m’atteignait aussi plus directement, non sans témoigner la conscience, le plaisir et jusque la gratitude qu’il en avait, en se faisant accompagner d’un sourire. (I, 286-287)

*Mme Swann qui venait de me «nommer» comme elle disait à plusieurs d’entre elles [des personnes invitées à déjeuner], tout à coup, à la suite de mon nom, de la même façon qu’elle venait de le dire (et comme si nous étions seulement deux invités du déjeuner qui devaient être chacun également contents de connaître l’autre), prononça le nom du doux Chantre aux cheveux blancs. (II, 84)

*Mme de Villeparisis présenta ma grand’mère, voulut me présenter, mais dut me demander mon nom, car elle ne se le rappelait pas. Elle ne l’avait peut-être jamais su, ou en tous cas avait oublié depuis bien des années à qui ma grand’mère avait marié sa fille. Ce nom parut faire une vive impression sur Mme de Villeparisis. (II, 192)

*Mme de Villeparisis, jugeant que ma présentation n’avait pas les mêmes inconvénients que celle de Bloch, me nomma à la Marie-Antoinette du quai. Celle-ci cherchant, en faisant le moins de mouvements possible, à garder dans sa vieillesse cette ligne de déesse de Coysevox qui avait, il y a bien des années, charmé la jeunesse élégante, et que de faux hommes de lettres célébraient maintenant dans des bouts rimés — ayant pris d’ailleurs l’habitude de la raideur hautaine et compensatrice, commune à toutes les personnes qu’une disgrâce particulière oblige à faire perpétuellement des avances — abaissa légèrement la tête avec une majesté glaciale et la tournant d’un autre côté ne s’occupa pas plus de moi que si je n’eusse pas existé. Son attitude à double fin semblait dire à Mme de Villeparisis : «Vous voyez que je n’en suis pas à une relation près et que les petits jeunes — à aucun point de vue, mauvaise langue, — ne m’intéressent pas.» Mais quand, un quart d’heure après, elle se retira, profitant du tohu-bohu elle me glissa à l’oreille de venir le vendredi suivant dans sa loge, avec une des trois dont le nom éclatant — elle était d’ailleurs née Choiseul — me fit un prodigieux effet. (III, 136)

*[Au dîner chez les Guermantes] M. de Guermantes s’y prit si mal, au moins à mon avis, qu’il me sembla qu’il n’avait nommé que moi et que j’ignorais toujours qui était la pseudo-inconnue [une Altesse], laquelle n’eut pas le bon esprit de se nommer tant les raisons de notre intimité, obscures pour moi, lui paraissaient claires. (III, 297)

*je demandai au duc de me présenter au prince d’Agrigente. «Comment, vous ne connaissez pas cet excellent Gri-gri», s’écria M. de Guermantes, et il dit mon nom à M. d’Agrigente. (III, 302)

*L’huissier me demanda mon nom, je le lui dis aussi machinalement que le condamné à mort se laisse attacher au billot. Il leva aussitôt majestueusement la tête et, avant que j’eusse pu le prier de m’annoncer à mi-voix pour ménager mon amour-propre si je n’étais pas invité, et celui de la princesse de Guermantes si je l’étais, il hurla les syllabes inquiétantes avec une force capable d’ébranler la voûte de l’hôtel. (IV, 26)

*Celle [la lâcheté] d’une dame qui vint me dire bonjour en m’appelant par mon nom fut plus grande encore. Je cherchais à retrouver le sien tout en lui parlant; je me rappelais très bien avoir dîné avec elle, je me rappelais des mots qu’elle avait dits. Mais mon attention, tendue vers la région intérieure où il y avait ces souvenirs d’elle, ne pouvait y découvrir ce nom. Il était là pourtant. [C’est Mme d’Arpajon] (IV, 35)

*Il [un jeune chasseur] ne me connaissait pas encore, mais ayant entendu ses camarades plus anciens faire suivre, quand ils me parlaient, le mot de Monsieur de mon nom, il les imita dès la première fois avec l’air de satisfaction, soit de manifester son instruction relativement à une personnalité qu’il jugeait connue, soit de se conformer à un usage qu’il ignorait il y a cinq minutes, mais auquel il lui semblait qu’il était indispensable de ne pas manquer. (IV, 121-122)

*[Dans le train qui conduit à la Raspelière :] Cottard, réfléchissant à ce que le fait d’être invité avec les Cambremer était pour moi une recommandation suffisante, prit, au bout d’un moment, la décision de me présenter à la princesse [Sherbatoff], laquelle s’inclina avec une grande politesse, mais eut l’air d’entendre mon nom pour la première fois. (IV, 205)

*À l’étonnement que M. et Mme Verdurin, s’interrompant de disposer les fleurs pour recevoir les visiteurs annoncés, montrèrent, en voyant que ces visiteurs n’étaient autres qu’Albertine et moi, je vis bien que le nouveau domestique, plein de zèle, mais à qui mon nom n’était pas encore familier, l’avait mal répété et que Mme Verdurin, entendant le nom d’hôtes inconnus, avait tout de même dit de faire entrer, ayant besoin de voir n’importe qui. (IV, 280)

*Dès qu’elle retrouvait la parole elle disait : « Mon » ou « Mon chéri » suivis l’un ou l’autre de mon nom de baptême, ce qui, en donnant au narrateur le même nom qu’à l’auteur de ce livre, eût fait : « Mon Marcel », « Mon chéri Marcel ». (V, 47)

*Je l’embrassais, je lui disais que j’allais faire quelques pas dehors, elle entr’ouvrait les yeux, me disait, d’un air étonné — et, en effet, c’était déjà la nuit : — « Mais où vas-tu comme cela, mon chéri ? » (et en me donnant mon prénom), et aussitôt se rendormait. (V, 76)

*Il y avait de ces gentilles expressions qui lui étaient familières : « Mon chéri et cher Marcel, j’arrive moins vite que ce cycliste dont je voudrais bien prendre la bécane pour être plus tôt près de vous. Comment pouvez-vous croire que je puisse être fâchée et que quelque chose puisse m’amuser autant que d’être avec vous ! ce sera gentil de sortir tous les deux, ce serait encore plus gentil de ne jamais sortir que tous les deux. Quelles idées vous faites-vous donc ? Quel Marcel ! Quel Marcel ! Toute à vous, ton Albertine. » (V, 105)

*Et on assura que le personnel m’avait bien reconnu. Ils avaient chuchoté mon nom, et même « dans leur langage », raconta une dame, elle les avait entendu dire : « Voilà le Père… » (cette expression était suivie de mon nom. Et comme je n’avais pas d’enfant, elle ne pouvait se rapporter qu’à l’âge). (VII, 169)

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Personnage fictif, Roturier/ière/ AUTHOR : patricelouis

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