Fiche — Habitante pensive d’une maison de plaisance isolée, l’ [Juliette Joinville d’Artois] (Combray)

Habitante pensive d’une maison de plaisance isolée, l’ [I] Jeune femme française   Personnage fictif.     Jeune, elle habite, du côté de chez Swann, une maison de plaisance dans un bois devant une rivière. Étrangère à la région, elle s’est volontairement coupée du monde, venue s’enterrer pour oublier son amant infidèle. Le Héros lui connaît un visage pensif, des voiles élégants et des mains dégantées.     *Parfois, au bord de l’eau entourée de bois, nous rencontrions une maison dite de plaisance, isolée, perdue, qui ne voyait rien, du monde, que la rivière qui baignait ses pieds. Une jeune femme dont le visage pensif et les voiles élégants n’étaient pas de ce pays et qui sans doute était venue, selon l’expression populaire «s’enterrer» là, goûter le plaisir amer de sentir que son nom, le nom surtout de celui dont elle n’avait pu garder le cœur, y était inconnu, s’encadrait dans la fenêtre qui ne lui laissait pas regarder plus loin que la barque amarrée près de la porte. Elle levait distraitement les yeux en entendant derrière les arbres de la rive la voix des passants dont avant qu’elle eût aperçu leur visage, elle pouvait être certaine que jamais ils n’avaient connu, ni ne connaîtraient l’infidèle, que rien dans leur passé ne gardait sa marque, que rien dans leur avenir n’aurait l’occasion de la recevoir. On sentait que, dans son renoncement, elle avait volontairement quitté des lieux où elle aurait pu du moins apercevoir celui qu’elle aimait, pour ceux-ci qui ne l’avaient jamais vu. Et je la regardais, revenant de quelque promenade sur un chemin où elle savait qu’il ne passerait pas, ôter de ses mains résignées de longs gants d’une grâce inutile. (I, 121)     [Absente de la liste des noms de personnes de la Pléiade. Pas de portrait connu.]     INSPIRATION Juliette Joinville d’Artois, poétesse (vers 1860-1903). L’habitante pensive d’une maison de plaisance isolée Mlle Vinteuil   Personnage réel. (Vers 1860-1903) Âge Proust + 11 ans.   Poétesse.     Ancienne élève de la Légion d’honneur.   Elle est propriétaire du « Rocher de Mirougrain », près d’Illiers. Elle a fait ajouter contre la façade de la maison un revêtement de mégalithes prélevés dans la région, la plupart ayant été pris sur un cromlech à 7 km au sud (entre Saint-Avit-les-Guespières et Saumeray).   En 1887, elle publie chez Dentu un livre, À travers le cœur, dans lequel elle parle d’elle-même : « On vient de très loin voir mon manoir, mon rocher, mon temple, et, une fois en présence du colosse, chacun s’efforce d’en deviner l’âge, on en discute les siècles, et si j’apparaissais alors pour certifier que ce monument est moderne, que l’architecte avait vingt ans, qu’il était femme, et que cette femme c’est moi, je ne trouverais certainement que des incrédules et des rieurs. Ainsi dans cette enfant de vingt ans, blonde et frêle, allant fouiller la campagne à la recherche de vestiges de dolmens épars ensevelis pour les rendre à la lumière et en réédifier un temple, je vois certes un grand amour du passé, mais cet amour ne nous prend généralement pas si jeunes, il nous vient plus tard. Je vois aussi et surtout une âme désireuse de tuer son corps, un corps faisant de son mieux pour endormir son âme. Je vois ensuite dans cette masse colossale, imposante, défensive même, de mon Temple, l’âpre désir de me créer un abri, un refuge contre de nouveaux malheurs. J’y vois une volonté de mourir au monde. » Cette Juliette vit avec un domestique muet, justifiant ce choix par son amour du silence et son désir d’apprendre aux autres le langage des sourds-muets, « si utile aux malades ». Cela fait beaucoup jaser à Illiers, et on dit qu’il se passe des choses bien étranges à Mirougrain.

Le Rocher de Mirougrain (photo PL)

Le Rocher de Mirougrain (photo PL)

Juliette Joinville d’Artois inspire Mlle Vinteuil et Mirougrain Montjouvain, la demeure de Vinteuil. Le nom de Montjouvain est emprunté au château et au moulin de Montjouvin, sur la Thironne, en amont de Plaisance. Le château, au XVIIIe siècle, a appartenu à un certain Jean-Jacques Jouvet de Mirougrain).   Dans la réalité, Mirougrain se trouve « du côté de Guermantes », mais le Héros le situe « du côté de Méséglise ».


CATEGORIES : Personnage fictif, Roturier/ière/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Fiche — Habitante pensive d’une maison de plaisance isolée, l’ [Juliette Joinville d’Artois] (Combray)”

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  1. Ah !!! Juliette…..pourrais-je un jour en savoir plus….Le domestique muet est un de mes aieuls….et toute ma jeunesse j’ai entendu parler de vous….

  2. patricelouis says: -#1

    Racontez-moi, de grâce, tout ce que vous savez sur les occupants de Mirougrain. Merci d’avance,
    Que signifie votre dernière phrase ?

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