Pour des papilles proustiennes

Pour des papilles proustiennes

Résider à Illiers-Combray, c’est bien. Y recevoir des proustiens, c’est mieux. Leur servir un plat tiré d’À la Recherche du Temps perdu, c’est gratin !

Facile à faire, mais modérément bon marché (en clair : un peu cher), voici « la salade d’ananas et de truffes ».

C’est un plat que la mère du Héros sert au marquis de Norpois dans À l’Ombre des jeunes filles en fleurs.

Proust ne donne aucune indication pour sa préparation. J’ai trouvé sur bakchich.info ce que Courtine propose dans un dîner Proust chez Maxim’s : « émincer les truffes crues et bien lavées

 couper en dés la chair d’un ananas des Açores

 mélanger dans la proportion de 2/3 de truffes pour 1/3 d’ananas

 lier d’une mayonnaise très diluée et servir sur des feuilles de laitue. »

Pour ma part, je dilue au lait et, par économie, je renonce à la laitue !

Salade d'ananas et de truffes

Salade d’ananas et de truffes (photo PL)

De vous à moi, à l’image du diplomate, je ne suis pas totalement convaincu. Proust écrit : « l’Ambassadeur après avoir exercé un instant sur le mets la pénétration de son regard d’observateur la mangea en restant entouré de discrétion diplomatique et ne nous livra pas sa pensée. Ma mère insista pour qu’il en reprit, ce que fit M. de Norpois, mais en disant seulement au lieu du compliment qu’on espérait : « J’obéis, Madame, puisque je vois que c’est là de votre part un véritable oukase. »

Je ne saurai dire mieux.

Avant de tomber dans la marmite proustienne, aurais-je jamais imaginé être conduit à proposer des recettes de cuisine sur internet ?

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. La salade d’ananas et de Truffes de Patrice Louis

    Il y avait bien des semaines que, de Combray, le souvenir d’un certain voyage proustien avec mon épouse sur le chemin de Balbec, et d’une nuit passée à l’Hôtel de l’Image, dans cette chambre qui donne sur la petite place de l’église et son clocher, s’éloignait de ma mémoire, quand un jour d’hiver, comme je consultais mes courriels, je lus un message de Patrice Louis, m’invitant à consulter son nouveau blog intitulé « Le Fou de Proust ». Je résistai d’abord par idiotisme culturel un peu anti informatique, puis me ravisai. A la lecture de sa chronique « Pour des papilles proustiennes » je tombais sur une photo de sa fameuse « Salade d’ananas et de truffes ». Alors je tressaillis, envahi par un plaisir délicieux. Je cessais de céder à la paresse du quotidien rituel pour me rapprocher du souvenir d’une puissante joie, associée à l’image de ces copeaux de truffes, sur un lit d’ananas. Je sentais qu’elle était lié à cette image mais la dépassait infiniment, liée à d’autres sens, comme on dit avoir une idée, au bout de la langue. Le souvenir gustatif de mon palais, venu à l’appui de ma mémoire loin de diminuer cette première impression, avait augmenté les vertus créatrices de cette image au point de citer de mémoire ces phrases du narrateur de la Recherche dans la partie « Combray » Du côté de chez Swann: «  »Chercher ? Pas seulement: créer. » Car il n’est pas vraiment besoin en vérité de demander d’effort à mon esprit pour vous relater ce souvenir; mais plutôt de rendre hommage à un hôte, sans qui la visite actuelle de Combray n’aurait pas eu la magie littéraire des vrais passionnés, et pour qui la rencontre l’emporte sur toute autre considération de convenances, de situations, etc. Le bel événement fut ici de croiser sur la place de l’Église de Combray, un week-end d’octobre 2013, un homme se rendant au marchand de presse pour y faire l’acquisition du même magazine du Monde « Spécial Proust » que mon épouse avait décidé d’acheter symboliquement, Ici bien sûr, plus qu’ailleurs. Ce qui palpite donc au fond de moi avec cette image, ce sont les souvenirs et les saveurs qui y sont associés. Et ne voulant pas céder sur cette tâche difficile que de rendre compte de manière exigeante et ludique de cette rencontre, je poursuis cette réécriture, luttant sur deux fronts à la fois, celui de ma paresse un peu égoïste, comme celui d’être tétanisé par l’ombre d’une oeuvre et d’un auteur devenus monuments artistiques au point d’inhiber celui ou celle qui voudrait en écrire quelque chose même de modeste. Ce souvenir c’était donc celui d’un délicieux déjeuner à Combray chez Patrice Louis et son épouse Violette, avec deux de leurs amis croisés en route, où nous avons bu et devisé sur Proust et Combray, sur les cheminements de chacun, et poursuivi la conversation en déjeunant depuis cette fameuse salade relevée de mayonnaise et sans laitue inspirée de la recette de la mère du narrateur et imposée à M. de Norpois dans les premières pages d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs, jusqu’à la visite du pré Catelan et l’allée d’aubépines, pour finir par la maison-musée de la Tante Léonie. La simple vue de la salade d’ananas aux truffes sur le blog de Patrice nous a fait revivre tous ces bons moments, leur « saveur » et leur « âme », associés à notre première conversation au café avant de prendre la direction de Trouville, son invitation pour le dimanche suivant à Combray et la promesse d’une carte postale envoyée depuis Cabourg, le week-end passé aux Roches Noires sur les traces du petit Marcel et de Marguerite Duras, le coucher de soleil sur l’Atlantique, les promenades sur les vastes plages normandes, la pâtisserie Charlotte Corday et la brasserie du Central, le marché aux poissons, et la silhouette de la cathédrale de Chartes au retour… Tout cela a pris forme sous ma plume, ou plutôt mon clavier, et ressorti de cette photo, et d’une rencontre, grâce à l’amour partagé d’un écrivain et de son oeuvre, au gré des co-ïncidences, qui comme la chance, se saisit et se provoque. Je laisserai la parole à Proust pour finir, en cette veille de « 1er janvier », parce que malgré nos âges nous ne sommes pas encore devenus de ces « hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu’on ne leur donne plus d’étrennes, mais parce qu’ils ne croient plus au nouvel An. (À l’ombre des jeunes filles…) » Nos meilleurs voeux de santé d’abord à toi, et à tous tes proches bien sûr, comme dans tous vos projets pour 2014 dont celui de nous revoir, car « Le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant » (Du côté de chez Swann).

    Amitiés vives, Isabelle se joint à moi

    Laurent Doucet

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