Œuvres d’art VII — Le Temps retrouvé

Le Temps retrouvé

 

Sansovino (bis) : Margelle de puits [Basilique de saints Jean et Paul, Venise]

 7 14 (1) Sansovino Margelle de puits

*Journal inédit des Goncourt :] quai Conti où est leur hôtel que son possesseur prétend être l’ancien hôtel des Ambassadeurs de Venise et où il y aurait un fumoir dont Verdurin me parle comme d’une salle transportée telle qu’elle, à la façon des Mille et une Nuits, d’un célèbre palazzo dont j’oublie le nom, palazzo à la margelle du puits représentant un couronnement de la Vierge que Verdurin soutient être absolument du plus beau Sansovino et qui servirait pour leurs invités, à jeter la cendre de leurs cigares. (VII, 14)

 

Guardi, Francesco, peintre vénitien (1712-1793) : la Salute e la Dogana

 7 14 (2) Guardi la Salute e la Dogana

*[Journal inédit des Goncourt :] quand nous arrivons, dans le glauque et le diffus d’un clair de lune vraiment semblable à ceux dont le peinture classique abrite Venise, et sur lequel la coupole silhouettée de l’Institut fait penser à la Salute dans les tableaux de Guardi, j’ai un peu l’illusion d’être au bord du Grand Canal. (VII, 14)

 

Saint-Aubin, Gabriel de, graveur à l’eau-forte (1724-1780) : Vignettes

 7 14 (3) Saint-Aubin Vignettes

*[Journal inédit des Goncourt :] quand nous arrivons, dans le glauque et le diffus d’un clair de lune vraiment semblable à ceux dont le peinture classique abrite Venise, et sur lequel la coupole silhouettée de l’Institut fait penser à la Salute dans les tableaux de Guardi, j’ai un peu l’illusion d’être au bord du Grand Canal. (VII, 14)

 

Gouthière, Pierre, ciseleur et ornemaniste (1732-1813) : [Paire d’aiguières]

 7 16 Gouthière Paire d'aiguières

*[Journal inédit des Goncourt :] une porte de paysans où l’incrustation de deux poiriers enlacés simule une enseigne tout à fait ornementale, à la libre retombée d’une branche fleurie dans le bronze d’une applique de Gouthière (VII, 16)

 

Lawrence, sir Thomas, peintre anglais (1769-1830) : [Les Deux fils du 1er comte de Talbot]

 E0702 LAWRENCE 14882

*[Journal inédit des Goncourt :] la charmante femme à la parole vraiment amoureuse des colorations d’une contrée [Mme Verdurin], nous parle avec un enthousiasme débordant de cette Normandie qu’ils ont habitée, une Normandie qui serait un immense parc anglais, à la fragrance de ses hautes futaies à la Lawrence (VII, 16)

 

Fantin-Latour (bis) : [Roses]

 7 17 Fantin-Latour Roses

*[Journal inédit des Goncourt :] Et comme je parle à Mme Verdurin des paysages et des fleurs de là-bas délicatement pastellisés par Elstir : «Mais c’est moi qui lui ai fait connaître tout cela, jette-t-elle avec un redressement colère de la tête, tout, vous entendez bien, tout, les coins curieux, tous les motifs, je le lui ai jeté à la face quand il nous a quittés, n’est-ce pas, Auguste ? tous les motifs qu’il a peints. Les objets, il les a toujours connus, cela il faut être juste, il faut le reconnaître. Mais les fleurs, il n’en avait jamais vu, il ne savait pas distinguer un althæa d’une passe-rose. C’est moi qui lui ai appris à reconnaître, vous n’allez pas me croire, à reconnaître le jasmin.» Et il faut avouer qu’il y a quelque chose de curieux à penser que le peintre des fleurs que les amateurs d’art nous citent aujourd’hui comme le premier, comme supérieur même à Fantin-Latour, n’aurait peut-être jamais, sans la femme qui est là, su peindre un jasmin. (VII, 17)

 

Titien, Le (undecies) : [Isabella d’Este]

 7 23 (0) Titien (nonies) Isabella d'Este

*la pompeuse traîne de velours et de dentelles est un morceau de peinture comparable aux plus beaux du Titien (VII, 23)

 

Renoir (quinquies) : Mme Georges Charpentier et ses enfants

7 23 (1) Renoir Mme Georges Charpentier et ses enfants

*La poésie d’un élégant foyer et des belles toilettes de notre temps ne se trouvera-t-elle pas plutôt, pour la postérité, dans le salon de l’éditeur Charpentier par Renoir que dans le portrait de la princesse de Sagan ou de la comtesse de La Rochefoucauld par Cotte ou Chaplin ? (VII, 23)

 

Cotte [en réalité, Cot], Pierre Auguste, portraitiste français (1837-1883) : [Mireille] (à la place de la Princesse de Sagan)

 7 23 (2) Cotte Mireille (à la place de la princesse de Sagan)

*La poésie d’un élégant foyer et des belles toilettes de notre temps ne se trouvera-t-elle pas plutôt, pour la postérité, dans le salon de l’éditeur Charpentier par Renoir que dans le portrait de la princesse de Sagan ou de la comtesse de La Rochefoucauld par Cotte ou Chaplin ? (VII, 23)

 

Chaplin, Charles J., portraitiste français (1825-1891) : [Mme…] (à la place de Comtesse de La Rochefoucauld)

 7 23 (3) Chaplin Portrait de Mme (pas de La Rochefoucauld)

*La poésie d’un élégant foyer et des belles toilettes de notre temps ne se trouvera-t-elle pas plutôt, pour la postérité, dans le salon de l’éditeur Charpentier par Renoir que dans le portrait de la princesse de Sagan ou de la comtesse de La Rochefoucauld par Cotte ou Chaplin ? (VII, 23)

 

[Hiroshige] : [Paysage, maison et homme sous la neige]

Paysage, maison et homme sous la neige, Hiroshige, XIXe s.

*[A Paris] Les silhouettes des arbres se reflétaient nettes et pures sur cette neige d’or bleuté, avec la délicatesse qu’elles ont dans certaines peintures japonaises ou dans certains fonds de Raphaël (VII, 33)

 

 

Raphaël (ter) : [Allégorie, le Rêve du Chevalier]

 7 33 Raphaël Allégorie Le Rêve du chevalier

*[A Paris] Les silhouettes des arbres se reflétaient nettes et pures sur cette neige d’or bleuté, avec la délicatesse qu’elles ont dans certaines peintures japonaises ou dans certains fonds de Raphaël (VII, 33)

 

Pisanello : [Saint Georges et la princesse]

7 34  Pisanello Saint Georges et la princesse (détail)

*c’est, disaient-elles, parce qu’elles n’oubliaient pas qu’elles devaient réjouir les yeux de ces combattants qu’elles se paraient encore, non seulement de toilettes «floues», mais encore de bijoux évoquant les armées par leur thème décoratif, si même leur matière ne venait pas des armées, n’avait pas été travaillée aux armées; au lieu d’ornements égyptiens rappelant la campagne d’Égypte, c’étaient des bagues ou des bracelets faits avec des fragments d’obus ou des ceintures de 75, des allume-cigarettes composés de deux sous anglais, auxquels un militaire était arrivé à donner, dans sa cagna, une patine si belle que le profil de la reine Victoria y avait l’air tracé par Pisanello (VII, 34)

 

Rodin : [la Porte de l’Enfer]

 7 45 (1) Rodin La Porte de l'Enfer

*L’épopée est tellement belle que tu trouverais comme moi que les mots ne sont plus rien. Rodin ou Maillol pourraient faire un chef d’œuvre avec une matière affreuse qu’on ne reconnaîtrait pas. (VII, 45)

 

Maillol, Aristide, sculpteur français (1861-1944) : [La Nuit]

 7 45 (2) Maillol La Nuit

*L’épopée est tellement belle que tu trouverais comme moi que les mots ne sont plus rien. Rodin ou Maillol pourraient faire un chef d’œuvre avec une matière affreuse qu’on ne reconnaîtrait pas. (VII, 45)

 

Greco : Enterrement du comte d’Orgaz

7 49 Greco - Enterrement du comte d'Orgaz

*escadrille après escadrille chaque aviateur s’élançait ainsi de la ville transporté maintenant dans le ciel, pareil à une Walkyrie. Pourtant des coins de la terre, au ras des maisons s’éclairaient, et je dis à Saint-Loup que, s’il avait été à la maison la veille, il aurait pu, tout en contemplant l’apocalypse dans le ciel, voir sur la terre (comme dans l’Enterrement du comte d’Orgaz du Greco où ces différents plans sont parallèles) un vrai vaudeville joué par des personnages en chemise de nuit (VII, 49)

 

Carpaccio (quindecies) : [la Prédication de saint Étienne à Jérusalem]

 7 52 Carpaccio La Prédication de saint Etienne à Jérusalem

*comme de la ville où il vivait Carpaccio fit une Jérusalem ou une Constantinople en y assemblant une foule dont la merveilleuse bigarrure n’était pas plus colorée que celle-ci. (VII, 52)

 

Renoir : le Moulin de la Galette

7 57 (1) Renoir Le moulin de la Galette

*comme la Révolution en détruisant les élégances du XVIIIe aurait pu désoler un peintre de Fêtes galantes ou affliger Renoir la disparition de Montmartre et du Moulin de la Galette (VII, 57)

 

Whistler (octies) : [Arrangement en couleur chair et noir, portrait de Théodore Duret]

 7 57 (2) Whistler Arrangement en couleur chair et noir, Portrait de Théodore Duret

*mais surtout en M. Verdurin il voyait disparaître les yeux, le cerveau, qui avaient eu de sa peinture la vision la plus juste, où cette peinture à l’état de souvenir aimé, résidait en quelque sorte. Sans doute des jeunes gens avaient surgi qui aimaient aussi la peinture, mais une autre peinture, et qui n’avaient pas comme Swann, comme M. Verdurin, reçu des leçons de goût de Whistler, des leçons de vérité de Monet, leur permettant de juger Elstir avec justice. Aussi celui-ci se sentait-il plus seul à la mort de M. Verdurin avec lequel il était pourtant brouillé depuis tant d’années et ce fut pour lui comme une peu de la beauté de son œuvre qui s’éclipsait avec un peu de ce qui existait dans l’univers de conscience de cette beauté. (VII, 57)

 

Monet (quinquies) : [La Promenade]

 7 57 Monet (3) La Promenade

*mais surtout en M. Verdurin il voyait disparaître les yeux, le cerveau, qui avaient eu de sa peinture la vision la plus juste, où cette peinture à l’état de souvenir aimé, résidait en quelque sorte. Sans doute des jeunes gens avaient surgi qui aimaient aussi la peinture, mais une autre peinture, et qui n’avaient pas comme Swann, comme M. Verdurin, reçu des leçons de goût de Whistler, des leçons de vérité de Monet, leur permettant de juger Elstir avec justice. Aussi celui-ci se sentait-il plus seul à la mort de M. Verdurin avec lequel il était pourtant brouillé depuis tant d’années et ce fut pour lui comme une peu de la beauté de son œuvre qui s’éclipsait avec un peu de ce qui existait dans l’univers de conscience de cette beauté. *(VII, 57)

 

Monet (sexies) : [Nature morte aux œufs]

7 61 (1) Monet Nature morte aux œufs

*Or, M. de Charlus qui avait certaines profondeurs dans l’esprit, n’eût peut-être pas compris en Art que le «ce n’est pas la même chose» opposé par les détracteurs de Monet à ceux qui leur disent : «On a dit la même chose pour Delacroix», répondait à la même tournure d’esprit. (VII, 61)

 

Delacroix : [la Liberté guidant le peuple]

 7 61 (2) Delacroix, Eugène, La Liberté guidant le peuple, 1830

*Or, M. de Charlus qui avait certaines profondeurs dans l’esprit, n’eût peut-être pas compris en Art que le «ce n’est pas la même chose» opposé par les détracteurs de Monet à ceux qui leur disent : «On a dit la même chose pour Delacroix», répondait à la même tournure d’esprit. (VII, 61)

 

Phidias (quater) : Apollon

 7 62 Phidias Apollon

*cette germanophilie de M. de Charlus : il la devait, et par une réaction très bizarre, à son «charlisme». Il trouvait les Allemands fort laids, peut-être parce qu’ils étaient un peu trop près de son sang; il était fou des Marocains, mais surtout des Anglo-Saxons en qui il voyait comme des statues vivantes de Phidias. (VII, 62)

 

Watteau (sexes) : [Pierrot]

 7 64 (1) Watteau, Pierrot

*[Charlus au Héros :] Tout au plus est-il étrange qu’un partisan aveugle de l’Antiquité comme Brichot qui n’avait pas assez de sarcasmes pour Zola trouvant plus de poésie dans un ménage d’ouvriers, dans la mine, que dans les palais historiques, ou pour Goncourt mettant Diderot au-dessus d’Homère et Watteau au-dessus de Raphaël, ne cesse de nous répéter que les Thermopyles, qu’Austerlitz même, ce n’était rien à côté de Vauquois. (VII, 64)

 

Raphaël (quater) : [Madone à la prairie]

 7 64 (2) Raphaël, Madonne à la prairie

*[Charlus au Héros :] Tout au plus est-il étrange qu’un partisan aveugle de l’Antiquité comme Brichot qui n’avait pas assez de sarcasmes pour Zola trouvant plus de poésie dans un ménage d’ouvriers, dans la mine, que dans les palais historiques, ou pour Goncourt mettant Diderot au-dessus d’Homère et Watteau au-dessus de Raphaël, ne cesse de nous répéter que les Thermopyles, qu’Austerlitz même, ce n’était rien à côté de Vauquois. (VII, 64)

 

Decamps (bis) : [Jeune orientale assise sur un divan]

 7 84 (1) Decamps Jeune orientale assise sur un divan

*[Charlus au Héros :] «Est-ce que tout l’Orient de Decamps, de Fromentin, d’Ingres, de Delacroix n’est pas là-dedans ? me dit-il, encore immobilisé par le passage du Sénégalais. Vous savez moi, je ne m’intéresse jamais aux choses et aux êtres qu’en peintre, en philosophe. D’ailleurs, je suis trop vieux. Mais quel malheur, pour compléter le tableau que l’un de nous deux ne soit pas une odalisque!» (VII, 84)

 

Fromentin (bis) : [Arabes]

 7 84 (2) Fromentin Arabes

*[Charlus au Héros :] «Est-ce que tout l’Orient de Decamps, de Fromentin, d’Ingres, de Delacroix n’est pas là-dedans ? me dit-il, encore immobilisé par le passage du Sénégalais. Vous savez moi, je ne m’intéresse jamais aux choses et aux êtres qu’en peintre, en philosophe. D’ailleurs, je suis trop vieux. Mais quel malheur, pour compléter le tableau que l’un de nous deux ne soit pas une odalisque!» (VII, 84)

 

Ingres (ter) : [le Bain turc]

 7 84 (3) Ingres Le Bain turc

*[Charlus au Héros :] «Est-ce que tout l’Orient de Decamps, de Fromentin, d’Ingres, de Delacroix n’est pas là-dedans ? me dit-il, encore immobilisé par le passage du Sénégalais. Vous savez moi, je ne m’intéresse jamais aux choses et aux êtres qu’en peintre, en philosophe. D’ailleurs, je suis trop vieux. Mais quel malheur, pour compléter le tableau que l’un de nous deux ne soit pas une odalisque!» (VII, 84)

[« Les sorties de jour de Proust avaient lieu une ou deux fois l’an. Nous en fîmes une ensemble. C’était pour aller voir les Gustave Moreau chez Mme Ayen et ensuite, au Louvre, le Saint Sébastien de Mantegna et Le Bain turc d’Ingres. » Jean Cocteau]

 

Delacroix (bis) : la Mort de Sardanapale

7 84 (4) Delacroix La Mort de Sardanapale, 1827

*[Charlus au Héros :] «Est-ce que tout l’Orient de Decamps, de Fromentin, d’Ingres, de Delacroix n’est pas là-dedans ? me dit-il, encore immobilisé par le passage du Sénégalais. Vous savez moi, je ne m’intéresse jamais aux choses et aux êtres qu’en peintre, en philosophe. D’ailleurs, je suis trop vieux. Mais quel malheur, pour compléter le tableau que l’un de nous deux ne soit pas une odalisque!»

Ce ne fut pas l’Orient de Decamps ni même de Delacroix qui commença de hanter mon imagination quand le baron m’eut quitté, mais le vieil Orient de ces Mille et une Nuits (VII, 84)

 

Foucquet [en réalité, Fouquet], Jean, miniaturiste et portraitiste français (1420-1479) : illustration + manuscrit

 7 139 Fouquet 1 illustration

7 139 Fouquet 2 manuscrit

*La bibliothèque que je composerais ainsi serait même d’une valeur plus grande encore, car les livres que je lus jadis à Combray, à Venise, enrichis maintenant par ma mémoire de vastes enluminures représentant l’église Saint-Hilaire, la gondole amarrée au pied de Saint-Georges-le-Majeur sur le Grand Canal incrusté de scintillants saphirs, seraient devenus dignes de ces «livres à images», bibles historiées, que l’amateur n’ouvre jamais pour lire le texte mais pour s’enchanter une fois de plus des couleurs qu’y a ajoutées quelque émule de Foucquet et qui font tout le prix de l’ouvrage. (VII, 139)

 

Titien, Le (duodecies) : [Autoportrait]

 7 140 (1) Titien, Le, Autoportrait

*Dès le début de la guerre, M. Barrès avait dit que l’artiste (en l’espèce le Titien), doit avant tout servir la gloire de sa patrie. Mais il ne peut la servir qu’en étant artiste, c’est-à-dire qu’à condition au moment où il étudie les lois de l’Art, institue ses expériences et fait ses découvertes, aussi délicates que celles de la Science, de ne pas penser à autre chose – fût-ce à la patrie – qu’à la vérité qui est devant lui. (VII, 140)

 

Watteau (septies) : [L’Enseigne de Gersaint]

7 140 (2) Watteau, L'Enseigne de Gersaint

*N’imitons pas les révolutionnaires qui par «civisme» méprisaient, s’ils ne les détruisaient pas, les œuvres de Watteau et de La Tour, peintres qui honoraient davantage la France que tous ceux de la Révolution. (VII, 140)

 

Latour (bis) : [Autoportrait]

 7 140 (3) Latour, Quentin de La, Autoportrait

*N’imitons pas les révolutionnaires qui par «civisme» méprisaient, s’ils ne les détruisaient pas, les œuvres de Watteau et de La Tour, peintres qui honoraient davantage la France que tous ceux de la Révolution. (VII, 140)

 

David, Louis, peintre français (1748-1825) : [le Serment des Horaces]

7 143 (1) David Le Serment des Horaces

*la meilleure partie de la jeunesse, la plus intelligente, la plus intéressée, n’aimait-elle plus que les œuvres ayant une haute portée morale et sociologique, même religieuse. Elle s’imaginait que c’était là le critérium de la valeur d’une œuvre, renouvelant ainsi l’erreur des David, des Chenavard, des Brunetière, etc. (VII, 143)

 

Chenavard, Paul, peintre français (1808-1895) : [la Palingénésie ou La Philosophie de l’histoire]

 7 143 (2) Chenavard La Palingénésie ou La Philosophie de l'histoire

*la meilleure partie de la jeunesse, la plus intelligente, la plus intéressée, n’aimait-elle plus que les œuvres ayant une haute portée morale et sociologique, même religieuse. Elle s’imaginait que c’était là le critérium de la valeur d’une œuvre, renouvelant ainsi l’erreur des David, des Chenavard, des Brunetière, etc. (VII, 143)

 

Rembrandt (octies) : [Autoportrait]

 7 145 (1) Rembrandt (quinquies) Autoportrait

*Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et, autant qu’il y a des artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini et, bien des siècles après qu’est éteint le foyer dont il émanait, qu’il s’appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial. (VII, 145)

 

Ver Meer (terdecies) : Autoportrait présumé (détail de L’Entremetteuse)

 7 145 (2) Vermeer (duodecies)Vermeer Autoportrait prsumé (détail de L'Entremetteuse)

*Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et, autant qu’il y a des artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini et, bien des siècles après qu’est éteint le foyer dont il émanait, qu’il s’appelât ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial. (VII, 145)

 

Mantegna (nonies) : Christ mort (pour étude d’immobilité)

7 176 (9) Mantegna Christ mort

*Le jeune marquis de Beausergent, que j’avais vu dans la loge de Mme de Cambremer, alors sous-lieutenant, le jour où Mme de Guermantes était dans la baignoire de sa cousine, avait toujours ses traits aussi parfaitement réguliers, plus même, la rigidité physiologique de l’artério-sclérose exagérant encore la rectitude impassible de la physionomie du dandy et donnant à ces traits l’intense netteté presque grimaçante à force d’immobilité qu’ils auraient eu dans une étude de Mantegna ou de Michel-Ange. (VII, 176)

 

Michel-Ange (sexies) : Étude (autoportrait)

 7 176 (2) Michel-Ange étude

*Le jeune marquis de Beausergent, que j’avais vu dans la loge de Mme de Cambremer, alors sous-lieutenant, le jour où Mme de Guermantes était dans la baignoire de sa cousine, avait toujours ses traits aussi parfaitement réguliers, plus même, la rigidité physiologique de l’artério-sclérose exagérant encore la rectitude impassible de la physionomie du dandy et donnant à ces traits l’intense netteté presque grimaçante à force d’immobilité qu’ils auraient eu dans une étude de Mantegna ou de Michel-Ange. (VII, 176)

 

David (bis) : [le Sacre de Napoléon]

 7 237 (1) David Le Sacre de Napoléon

*Ce style Empire, Mme de Guermantes déclarait l’avoir toujours détesté; cela voulait dire qu’elle le détestait maintenant, ce qui était vrai car elle suivait la mode bien qu’avec quelque retard. Sans compliquer, en parlant de David qu’elle connaissait peu, toute jeune elle avait cru M. Ingres le plus ennuyeux des poncifs, puis brusquement le plus savoureux des maîtres de l’Art nouveau, jusqu’à détester Delacroix. (VII, 237)

 

Ingres (quater) : [Mlle Caroline Rivière]

 7 237 (2) Ingres Mlle Caroline Rviere

*Ce style Empire, Mme de Guermantes déclarait l’avoir toujours détesté; cela voulait dire qu’elle le détestait maintenant, ce qui était vrai car elle suivait la mode bien qu’avec quelque retard. Sans compliquer, en parlant de David qu’elle connaissait peu, toute jeune elle avait cru M. Ingres le plus ennuyeux des poncifs, puis brusquement le plus savoureux des maîtres de l’Art nouveau, jusqu’à détester Delacroix. (VII, 237)

 

Delacroix (ter) : [Autoportrait]

 7 237 (3) Delacroix Autoportrait

*Ce style Empire, Mme de Guermantes déclarait l’avoir toujours détesté; cela voulait dire qu’elle le détestait maintenant, ce qui était vrai car elle suivait la mode bien qu’avec quelque retard. Sans compliquer, en parlant de David qu’elle connaissait peu, toute jeune elle avait cru M. Ingres le plus ennuyeux des poncifs, puis brusquement le plus savoureux des maîtres de l’Art nouveau, jusqu’à détester Delacroix. (VII, 237)

 

[Manet] (octies) : le Déjeuner sur l’herbe

 7 247 [Manet] Le Déjeuner sur l'herbe

*Moi je dis que la loi cruelle de l’art est que les êtres meurent et que nous-mêmes mourions en épuisant toutes les souffrances pour que pousse l’herbe non de l’oubli mais de la vie éternelle, l’herbe drue des œuvres fécondes, sur laquelle les générations viendront faire gaiement sans souci de ceux qui dorment en dessous, leur «déjeuner sur l’herbe». (VII, 247)

 

Chardin (quater) : [Autoportrait]

 7 250 Chardin (Auto)portrait

*Non pas que je prétendisse refaire en quoi que ce fut les Mille et une Nuits, pas plus que les Mémoires de Saint-Simon, écrits eux aussi la nuit, pas plus qu’aucun des livres que j’avais tant aimés et desquels, dans ma naïveté d’enfant, superstitieusement attaché à eux comme à mes amours je ne pouvais sans horreur imaginer une œuvre qui serait différente. Mais, comme Elstir Chardin, on ne peut refaire ce qu’on aime qu’en le renonçant.  (VII, 250)

 

 

 

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