Plaisanteries de garçons de bains

Plaisanteries de garçons de bains

 

Est-ce le printemps naissant qui invite à la badinerie ? Ces jours-ci, tant sur Twitter que sur Facebook, des esprits mutins ont associé Marcel Proust à des calembours — jeu de mots qui n’est jamais léger.

 

Dans la Recherche, qui dit calembour dit Cottard : entendant le mot « blanche », il enchaîne « Blanche de Castille » ; à Odette disant « Cette blague », il demande « Blague à tabac ? » ; parlant d’un régime « au lait », il ajoute : « Cela vous plaira, puisque l’Espagne est à la mode, ollé ! ollé ! » ; il ose : « Savez-vous quel est le comble de la distraction ? c’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise. » ; enfin, à « M. le vicomte de Chateaubriand… », il interrompt : « Chateaubriand aux pommes ? »

 

Ça plaît ou ça ne plaît pas. Le Héros qualifie ses calembours d’« ineptes » et Swann de « stupide[s] ». Forcheville en apprécie la « finesse », les autres médecins à l’hôpital, ses élèves se montrent « complaisants » et la princesse Sherbatoff arbore un « fin sourire ».

 

Forcheville lui-même s’y essaie en parlant de « Serpent à Sonates », « croyant faire un effet » et n’obtenant qu’incompréhension de Cottard. Albertine en « débite », « que les plus jeunes écoutaient avec admiration jusqu’à ce que le fou rire se saisît d’elles avec la violence irrésistible d’un éternuement ». Le maître d’hôtel en sert à Françoise pour la « vexer ».

 

Enfin, Oriane de Guermantes y cède. D’abord, qu’on ne s’avise pas de faire des calembours devant elle car elle donnera « des signes d’impatience ». Pour sa part, elle s’est fait une spécialité de dédaigner les siens.

Le premier raconté porte sur son neveu, Robert de saint-Loup qui arrive alors que la conversation porte sur lui : « Quand on parle du Saint-Loup ». La duchesse n’en semble pas plus fière pour ça, elle qui — nous certifie le Héros — déteste les calembours et, en hasardant celui-là, semble se moquer d’elle-même.

Le second concerne son beau-frère. Elle le qualifie de « plaisanterie stupide » — sans en penser un mot. L’histoire est celle de Charlus, désireux d’offrir un château de prix à sa sœur, Mme de Marsantes, pour la « taquiner ». Devant ce projet, la spirituelle Oriane lâche, assurant que « c’est venu vite comme l’éclair » : « Taquin… taquin… Alors c’est Taquin le Superbe ! » — référence à Tarquin le Superbe, septième et dernier roi de Rome au VIe siècle avant notre ère.

 

Arrivons-en à nos plaisantins des réseaux sociaux. C’est l’ami Jérôme Godefroy qui a dégainé en twittant : « Les rumeurs persistantes qui se répandent sur les réseaux sociaux selon lesquelles Marcel Proust voulait donner au premier volume d’A la recherche du temps perdu le titre “Les Bêtises de Combray“ sont apparemment fausses. »

 

J’ai cru alors me permettre le « thym perdu » et même « le thon perdu ».

Du coup, Daniel Patte, ancien camarade de la radio lui aussi, a introduit le « salon de madame Bière du Rhin ». Moi : « … ou de la duchesse de Bière-Menthe ». Lui : « Longtemps je me suis saoulé de bonne heure, du côté de chez Schnaps ». Moi : « ou à l’alcool de riz du côté de Sichuan ». Lui : « Je préfère une tisane de vingt feuilles ». J’en passe et des meilleures (des pires également !).

 

Et voilà qu’hier, sur Facebook, Nicolas Le Clère, Proustien de Verdun, a transmis cet appel :

 

Son commentaire à moi adressé : « J’espère que c’est vous qui Le retrouverez 😉 ».

 

En attendant, j’ai envoyé un courriel à ce « marcel.proust » lui demandant la marche à suivre si je trouve cet insecte — a-t-il un nom, faut-il le nourrir, est-il apprivoisé ?

J’attends la réponse avec impatience.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : « Plaisanterie de garçons de bains » était la formule de mon père pour les jeux de mots faciles.

 

 

 

Les extraits

Cottard

*Peut-être n’ai-je pas de grands besoins intellectuels à assouvir dans la conversation, mais je me plais parfaitement bien avec Cottard, quoiqu’il fasse des calembours ineptes. I

*Dès le commencement du repas, comme M. de Forcheville, placé à la droite de Mme Verdurin qui avait fait pour le « nouveau » de grands frais de toilette, lui disait : « C’est original, cette robe blanche », le docteur qui n’avait cessé de l’observer, tant il était curieux de savoir comment était fait ce qu’il appelait un « de », et qui cherchait une occasion d’attirer son attention et d’entrer plus en contact avec lui, saisit au vol le mot « blanche » et, sans lever le nez de son assiette, dit : « blanche ? Blanche de Castille ? », puis sans bouger la tête lança furtivement de droite et de gauche des regards incertains et souriants. Tandis que Swann, par l’effort douloureux et vain qu’il fit pour sourire, témoigna qu’il jugeait ce calembour stupide, Forcheville avait montré à la fois qu’il en goûtait la finesse et qu’il savait vivre, en contenant dans de justes limites une gaieté dont la franchise avait charmé Mme Verdurin. I

*[Sur Cottard :] on peut être illettré, faire des calembours stupides, et posséder un don particulier, qu’aucune culture générale ne remplace, comme le don du grand stratège ou du grand clinicien. II

*C’est surtout à l’impassibilité qu’il s’efforçait et même dans son service d’hôpital, quand il débitait quelques-uns de ces calembours qui faisaient rire tout le monde, du chef de clinique au plus récent externe, il le faisait toujours sans qu’un muscle bougeât dans sa figure d’ailleurs méconnaissable depuis qu’il avait rasé barbe et moustaches. II

*[Cottard au Héros :] Plus tard, quand nous aurons jugulé les crises et l’agrypnie, je veux bien que vous preniez quelques potages, puis des purées, mais toujours au lait, au lait. Cela vous plaira, puisque l’Espagne est à la mode, ollé ! ollé ! (Ses élèves connaissaient bien ce calembour qu’il faisait à l’hôpital chaque fois qu’il mettait un cardiaque ou un hépatique au régime lacté.) II

*Mais si la vie, en faisant revêtir à Cottard (sinon chez les Verdurin, où il était, par la suggestion que les minutes anciennes exercent sur nous quand nous nous retrouvons dans un milieu accoutumé, resté quelque peu le même, du moins dans sa clientèle, dans son service d’hôpital, à l’Académie de Médecine) des dehors de froideur, de dédain, de gravité qui s’accentuaient pendant qu’il débitait devant ses élèves complaisants ses calembours, avait creusé une véritable coupure entre le Cottard actuel et l’ancien, les mêmes défauts s’étaient au contraire exagérés chez Saniette, au fur et à mesure qu’il cherchait à s’en corriger. IV

*Saniette cherchait à placer quelque trait d’esprit qui pût le relever de son effondrement de tout à l’heure. Le trait d’esprit était ce qu’on appelait un « à peu près», mais qui avait changé de forme, car il y a une évolution pour les calembours comme pour les genres littéraires, les épidémies qui disparaissent remplacées par d’autres, etc. Jadis la forme de l’« à peu près » était le « comble ». Mais elle était surannée, personne ne l’employait plus, il n’y avait plus que Cottard pour dire encore parfois, au milieu d’une partie de « piquet » : « Savez-vous quel est le comble de la distraction ? c’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise. » Les combles avaient été remplacés par les surnoms. IV

*[Brichot :] je ne suis pas de ces clercs… — Le quart d’heure de Rabelais, interrompit le docteur Cottard avec un air non plus de doute, mais de spirituelle assurance. — … qui font vœu de littérature en suivant la règle de l’Abbaye-aux-Bois dans l’obédience de M. le vicomte de Chateaubriand, grand maître du chiqué, selon la règle stricte des humanistes. M. le vicomte de Chateaubriand… — Chateaubriand aux pommes ? interrompit le docteur Cottard. — C’est lui le patron de la confrérie, continua Brichot sans relever la plaisanterie du docteur, lequel, en revanche, alarmé par la phrase de l’universitaire, regarda M. de Charlus avec inquiétude. Brichot avait semblé manquer de tact à Cottard, duquel le calembour avait amené un fin sourire sur les lèvres de la princesse Sherbatoff. — Avec le professeur, l’ironie mordante du parfait sceptique ne perd jamais ses droits, dit-elle par amabilité et pour montrer que le « mot » du médecin n’avait pas passé inaperçu pour elle. IV

 

Forcheville

*— Je vais jouer la phrase de la Sonate pour M. Swann, dit le pianiste.

— Ah! bigre! ce n’est pas au moins le « Serpent à Sonates » ? demanda M. de Forcheville pour faire de l’effet.

Mais le docteur Cottard, qui n’avait jamais entendu ce calembour, ne le comprit pas et crut à une erreur de M. de Forcheville. Il s’approcha vivement pour la rectifier :

— Mais non, ce n’est pas serpent à sonates qu’on dit, c’est serpent à sonnettes, dit-il d’un ton zélé, impatient et triomphal.

Forcheville lui expliqua le calembour. Le docteur rougit.

— Avouez qu’il est drôle, docteur ?

— Oh! je le connais depuis si longtemps, répondit Cottard. I

 

Albertine

*Plus tard ces jeunes filles perdraient cet accent de conviction enthousiaste qui donnait du charme aux choses les plus simples, soit qu’Albertine sur un ton d’autorité débitât des calembours que les plus jeunes écoutaient avec admiration jusqu’à ce que le fou rire se saisît d’elles avec la violence irrésistible d’un éternuement, soit qu’Andrée mît à parler de leurs travaux scolaires, plus enfantins encore que leurs jeux une gravité essentiellement puérile ; et leurs paroles détonnaient, pareilles à ces strophes des temps antiques où la poésie encore peu différenciée de la musique se déclamait sur des notes différentes. II

 

Le maître d’hôtel

* Le maître d’hôtel, persuadé d’ailleurs que la guerre ne durerait que dix jours et se terminerait par la victoire éclatante de la France, n’aurait pas osé, par peur d’être démenti par les événements, et n’aurait même pas eu assez d’imagination pour prédire une guerre longue et indécise. Mais cette victoire complète et immédiate, il tâchait au moins d’en extraire d’avance tout ce qui pouvait faire souffrir Françoise. « Ça pourrait bien faire du vilain, parce qu’il paraît qu’il y en a beaucoup qui ne veulent pas marcher, des gars de seize ans qui pleurent. » Il tâchait aussi pour la « vexer » de lui dire des choses désagréables, c’est ce qu’il appelait « lui jeter un pépin, lui lancer une apostrophe, lui envoyer un calembour ». VII

 

Oriane

*En réalité Mme de Marsantes pensait que son fils n’aurait pas de permission ; mais comme, en tous cas, elle savait que s’il en avait eu une il ne serait pas venu chez Mme de Villeparisis, elle espérait, en ayant l’air de croire qu’elle l’eût trouvé ici, lui faire pardonner, par sa tante susceptible, toutes les visites qu’il ne lui avait pas faites.

— Robert ici ! Mais je n’ai pas même eu un mot de lui ; je crois que je ne l’ai pas vu depuis Balbec.

— Il est si occupé, il a tant à faire, dit Mme de Marsantes.

Un imperceptible sourire fit onduler les cils de Mme de Guermantes qui regarda le cercle qu’avec la pointe de son ombrelle elle traçait sur le tapis. Chaque fois que le duc avait délaissé trop ouvertement sa femme, Mme de Marsantes avait pris avec éclat contre son propre frère le parti de sa belle-sœur. Celle-ci gardait de cette protection un souvenir reconnaissant et rancunier, et elle n’était qu’à demi fâchée des fredaines de Robert. À ce moment, la porte s’étant ouverte de nouveau, celui-ci entra.

— Tiens, quand on parle du Saint-Loup … dit Mme de Guermantes.

Mme de Marsantes, qui tournait le dos à la porte, n’avait pas vu entrer son fils. Quand elle l’aperçut, en cette mère la joie battit véritablement comme un coup d’aile, le corps de Mme de Marsantes se souleva à demi, son visage palpita et elle attachait sur Robert des yeux émerveillés :

— Comment, tu es venu ! quel bonheur ! quelle surprise !

Ah! quand on parle du Saint-Loup … je comprends, dit le diplomate belge riant aux éclats.

— C’est délicieux, répliqua sèchement Mme de Guermantes qui détestait les calembours et n’avait hasardé celui-là qu’en ayant l’air de se moquer d’elle-même. Bonjour, Robert, dit-elle ; III

*La princesse d’Épinay, qui aimait sa cousine et savait qu’elle avait un faible pour les compliments, s’extasiait sur son chapeau, son ombrelle, son esprit. « Parlez-lui de sa toilette tant que vous voudrez », disait le duc du ton bourru qu’il avait adopté et qu’il tempérait d’un malicieux sourire pour qu’on ne prit pas son mécontentement au sérieux, « mais, au nom du ciel, pas de son esprit, je me passerais fort d’avoir une femme aussi spirituelle. Vous faites probablement allusion au mauvais calembour qu’elle a fait sur mon frère Palamède, ajoutait-il sachant fort bien que la princesse et le reste de la famille ignoraient encore ce calembour et enchanté de faire valoir sa femme. D’abord je trouve indigne d’une personne qui a dit quelquefois, je le reconnais, d’assez jolies choses, de faire de mauvais calembours, mais surtout sur mon frère qui est très susceptible, et si cela doit avoir pour résultat de me fâcher avec lui, c’est vraiment bien la peine. »

— Mais nous ne savons pas ! Un calembour d’Oriane ? Cela doit être délicieux. Oh! dites-le.

— Mais non, mais non, reprenait le duc encore boudeur quoique plus souriant, je suis ravi que vous ne l’ayez pas appris. Sérieusement j’aime beaucoup mon frère.

— Écoutez, Basin, disait la duchesse dont le moment de donner la réplique à son mari était venu, je ne sais pourquoi vous dites que cela peut fâcher Palamède, vous savez très bien le contraire. Il est beaucoup trop intelligent pour se froisser de cette plaisanterie stupide qui n’a quoi que ce soit de désobligeant. Vous allez faire croire que j’ai dit une méchanceté, j’ai tout simplement répondu quelque chose de pas drôle, mais c’est vous qui y donnez de l’importance par votre indignation. Je ne vous comprends pas.

— Vous nous intriguez horriblement, de quoi s’agit-il ?

— Oh! évidemment de rien de grave ! s’écriait M. de Guermantes. Vous avez peut-être entendu dire que mon frère voulait donner Brézé, le château de sa femme, à sa sœur Marsantes.

— Oui, mais on nous a dit qu’elle ne le désirait pas, qu’elle n’aimait pas le pays où il est, que le climat ne lui convenait pas.

— Eh bien, justement quelqu’un disait tout cela à ma femme et que si mon frère donnait ce château à notre sœur, ce n’était pas pour lui faire plaisir, mais pour la taquiner. C’est qu’il est si taquin, Charlus, disait cette personne. Or, vous savez que Brézé, c’est royal, cela peut valoir plusieurs millions, c’est une ancienne terre du roi, il y a là une des plus belles forêts de France. Il y a beaucoup de gens qui voudraient qu’on leur fît des taquineries de ce genre. Aussi en entendant ce mot de taquin appliqué à Charlus parce qu’il donnait un si beau château, Oriane n’a pu s’empêcher de s’écrier, involontairement, je dois le confesser, elle n’y a pas mis de méchanceté, car c’est venu vite comme l’éclair, « Taquin… taquin… Alors c’est Taquin le Superbe ! » Vous comprenez, ajoutait en reprenant son ton bourru et non sans avoir jeté un regard circulaire pour juger de l’effet produit par l’esprit de sa femme, le duc qui était d’ailleurs assez sceptique quant à la connaissance que Mme d’Épinay avait de l’histoire ancienne, vous comprenez, c’est à cause de Tarquin le Superbe, le roi de Rome ; c’est stupide, c’est un mauvais jeu de mots, indigne d’Oriane. Et puis moi qui suis plus circonspect que ma femme, si j’ai moins d’esprit, je pense aux suites, si le malheur veut qu’on répète cela à mon frère, ce sera toute une histoire. D’autant plus, ajouta-t-il, que comme justement Palamède est très hautain et aussi très pointilleux, très enclin aux commérages, même en dehors de la question du château, il faut reconnaître que Taquin le Superbe lui convient assez bien. C’est ce qui sauve les mots de Madame, c’est que même quand elle veut s’abaisser à de vulgaires à peu près, elle reste spirituelle malgré tout et elle peint assez bien les gens.

Ainsi grâce, une fois, à Taquin le Superbe, une autre fois à un autre mot, ces visites du duc et de la duchesse à leur famille renouvelaient la provision des récits, et l’émoi qu’elles avaient causé durait bien longtemps après le départ de la femme d’esprit et de son imprésario. On se régalait d’abord, avec les privilégiés qui avaient été de la fête (les personnes qui étaient restées là), des mots qu’Oriane avait dits. « Vous ne connaissiez pas Taquin le Superbe ? » demandait la princesse d’Épinay. « Si, répondait en rougissant la marquise de Baveno, la princesse de Sarsina-La Rochefoucauld m’en avait parlé, pas tout à fait dans les mêmes termes. Mais cela a dû être bien plus intéressant de l’entendre raconter ainsi devant ma cousine, ajoutait-elle comme elle aurait dit de l’entendre accompagner par l’auteur ». « Nous parlions du dernier mot d’Oriane qui était ici tout à l’heure », disait-on à une visiteuse qui allait se trouver désolée de ne pas être venue une heure auparavant.

— Comment, Oriane était ici ?

— Mais oui, vous seriez venue un peu plus tôt, lui répondait la princesse d’Épinay, sans reproche, mais en laissant comprendre tout ce que la maladroite avait raté. C’était sa faute si elle n’avait pas assisté à la création du monde ou à la dernière représentation de Mme Carvalho. « Qu’est-ce que vous dites du dernier mot d’Oriane ? j’avoue que j’apprécie beaucoup Taquin le Superbe », et le « mot » se mangeait encore froid le lendemain à déjeuner, entre intimes qu’on invitait pour cela, et repassait sous diverses sauces pendant la semaine. Même la princesse faisant cette semaine-là sa visite annuelle à la princesse de Parme en profitait pour demander à l’Altesse si elle connaissait le mot et le lui racontait. « Ah ! Taquin le Superbe », disait la princesse de Parme, les yeux écarquillés par une admiration a priori, mais qui implorait un supplément d’explications auquel ne se refusait pas la princesse d’Épinay. « J’avoue que Taquin le Superbe me plaît infiniment comme rédaction » concluait la princesse. En réalité, le mot de rédaction ne convenait nullement pour ce calembour, mais la princesse d’Épinay, qui avait la prétention d’avoir assimilé l’esprit des Guermantes, avait pris à Oriane les expressions « rédigé, rédaction » et les employait sans beaucoup de discernement. Or la princesse de Parme, qui n’aimait pas beaucoup Mme d’Épinay qu’elle trouvait laide, savait avare et croyait méchante, sur la foi des Courvoisier, reconnut ce mot de « rédaction » qu’elle avait entendu prononcer par Mme de Guermantes et qu’elle n’eût pas su appliquer toute seule. Elle eut l’impression que c’était, en effet, la rédaction qui faisait le charme de Taquin le Superbe, et sans oublier tout à fait son antipathie pour la dame laide et avare, elle ne put se défendre d’un tel sentiment d’admiration pour une femme qui possédait à ce point l’esprit des Guermantes qu’elle voulut inviter la princesse d’Épinay à l’Opéra. Seule la retint la pensée qu’il conviendrait peut-être de consulter d’abord Mme de Guermantes. III

*l’esprit des Guermantes : celui-ci ne faisait-il pas taxer de raseur, de pion, ou bien au contraire de garçon de magasin, tels ministres éminents, l’un un peu solennel, l’autre amateur de calembours, dont les journaux chantaient les louanges, mais à côté de qui Mme de Guermantes bâillait et donnait des signes d’impatience si l’imprudence d’une maîtresse de maison lui avait donné l’un ou l’autre pour voisin ? III

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Plaisanteries de garçons de bains”

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  1. Un proche pourrait soupirer à votre oreille « voici que le taon t’accule », mais serait-ce consolant ?

  2. J’ai bien peur que mon dernier message ne soit hermétique pour Marcelita Swann : sorry !

  3. Je ne me souviens pas de contrepèteries dans la Recherche.

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