Lundi de pâquerette (mais pas que…)

Lundi de pâquerette (mais pas que…)

 

La jolie petite fleur rustique qui pousse au bord du chemin est ainsi nommée parce que Pâques est sa période de floraison… Son nom savant est Bellis perennis.

Ce week-end de la Résurrection, j’en ai trouvé de charmantes, dans l’herbe des rives du Loir.

 

La pâquerette est présente deux fois dans À la recherche du temps perdu et l’iris l’est à onze reprises dont trois pour la senteur qu’il laisse dans le petit cabinet de la maison de Combray.

Dans le coin, j’y ai aussi admiré le premier iris poussant du côté de la Védière, sur l’autre rive.

 

Des cent-huit occurrences de « reflet », aucune ne concerne les plantes dans la Vivonne, mais c’eut été dommage de se priver de ces deux images (qui ne sont donc pas à l’envers) :

(Photos PL)

 

Ah que le printemps est beau ! Quant à l’expression « au ras des pâquerettes », elle n’est définitivement plus pour moi dévalorisante.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

La pâquerette

*[Legrandin aux parents du Héros :] Venez avec la primevère, la barbe de chanoine, le bassin d’or, venez avec le sédum dont est fait le bouquet de dilection de la flore balzacienne, avec la fleur du jour de la Résurrection, la pâquerette et la boule de neige des jardins qui commence à embaumer dans les allées de votre grand’tante quand ne sont pas encore fondues les dernières boules de neige des giboulées de Pâques. I

*Swann possédait une merveilleuse écharpe orientale, bleue et rose, qu’il avait achetée parce que c’était exactement celle de la vierge du Magnificat. Mais Mme Swann ne voulait pas la porter. Une fois seulement elle laissa son mari lui commander une toilette toute criblée de pâquerettes, de bluets, de myosotis et de campanules d’après la Primavera du Printemps. II

 

L’iris

*je montais sangloter tout en haut de la maison à côté de la salle d’études, sous les toits, dans une petite pièce sentant l’iris, et que parfumait aussi un cassis sauvage poussé au dehors entre les pierres de la muraille et qui passait une branche de fleurs par la fenêtre entr’ouverte. I

*Hélas, c’était en vain que j’implorais le donjon de Roussainville, que je lui demandais de faire venir auprès de moi quelque enfant de son village, comme au seul confident que j’avais eu de mes premiers désirs, quand au haut de notre maison de Combray, dans le petit cabinet sentant l’iris, je ne voyais que sa tour au milieu du carreau de la fenêtre entr’ouverte, pendant qu’avec les hésitations héroïques du voyageur qui entreprend une exploration ou du désespéré qui se suicide, défaillant, je me frayais en moi-même une route inconnue et que je croyais mortelle, jusqu’au moment où une trace naturelle comme celle d’un colimaçon s’ajoutait aux feuilles du cassis sauvage qui se penchaient jusqu’à moi. I

*Nous nous asseyions entre les iris au bord de l’eau [de la Vivonne] I

*Mais comment des gens qui contemplent ces horribles créatures sous leurs chapeaux couverts d’une volière ou d’un potager, pourraient-ils même sentir ce qu’il y avait de charmant à voir Mme Swann coiffée d’une simple capote mauve ou d’un petit chapeau que dépassait une seule fleur d’iris toute droite ? I

*les rares ornements floraux des salons Louis XVI d’aujourd’hui — une rose ou un iris du Japon dans un vase de cristal à long col qui ne pourrait pas contenir une fleur de plus II

[Au Grand-Hôtel] Et la chambre était prolongée dans le sens de la profondeur par deux cabinets aussi larges qu’elle, dont le dernier suspendait à son mur, pour parfumer le recueillement qu’on y vient chercher, un voluptueux rosaire de grains d’iris ; III

Mais cette tendresse paraissant agacer Robert, Mme de Marsantes entraîna son fils dans le fond du salon, là où, dans une baie tendue de soie jaune, quelques fauteuils de Beauvais massaient leurs tapisseries violacées comme des iris empourprés dans un champ de boutons d’or. III

M. de Charlus notamment, tout entier livré à des goûts d’art qu’il avait si bien refrénés par la suite que je fus stupéfait d’apprendre que c’était par lui qu’avait été peint l’immense éventail d’iris jaunes et noirs que déployait en ce moment la duchesse. III

*[La mère du Héros à son fils :] « Il paraît que les Saint-Loup vivront à Tansonville. Le père Swann, qui désirait tant montrer son étang à ton pauvre grand-père, aurait-il jamais pu supposer que le duc de Guermantes le verrait souvent, surtout s’il avait su le mariage de son fils ? Enfin, toi qui as tant parlé à Saint-Loup des épines roses, des lilas et des iris de Tansonville, il te comprendra mieux. C’est lui qui les possédera. » VI

Pourtant j’étais heureux de me dire que ce bonheur vers lequel se tendaient toutes mes forces alors, et que rien ne pouvait plus me rendre, eût existé ailleurs que dans ma pensée, en réalité si près de moi, dans ce Roussainville dont je parlais si souvent, que j’apercevais du cabinet sentant l’iris. Et je n’avais rien su ! 1943

[Le Journal inédit des Goncourt :] Nous passons à table et c’est alors un extraordinaire défilé d’assiettes qui sont tout bonnement des chefs-d’œuvre de l’art du porcelainier, celui dont, pendant un repas délicat, l’attention chatouillée d’un amateur, écoute le plus complaisamment le bavardage artiste, – des assiettes de Yung-Tsching à la couleur capucine de leurs rebords, au bleuâtre, à l’effeuillé turgide de leurs iris d’eau, à la traversée vraiment décoratoire, VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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