Proust et la déviation

Proust et la déviation

 

Ne vous méprenez pas, il n’est pas question de comportement s’éloignant des comportements admis, mais de circulation routière. Pauvre Marcel !

Jugez par vous-même en savourant cet article dans le quotidien local, L’Écho républicain, de ce jour.

« La justice rejette le recours du propriétaire du manoir de Mirougrain, qui contestait le projet de déviation de la départementale, à Illiers-Combray. Même en appelant Proust à la rescousse.

La résidence secondaire de Didier Brunet n’a pas la priorité sur le projet de déviation de la départementale qui arrive de Chartres à Illiers-Combray. Ainsi en a décidé la cour d’appel administrative, à Nantes, sollicitée en appel par le propriétaire du manoir de Mirougrain qui espérait faire annuler la déclaration d’utilité publique (DUP) pour la nouvelle route.

Sa première procédure avait déjà été rejetée ; le tribunal administratif à Orléans estimant qu’il ne remplit pas les critères pour contester un tel projet. Car la maison à la spectaculaire façade piquée de blocs de mégalithes, classée monument historique, est située au nord-ouest de la commune, à l’exact opposé de la déviation…

Il préférerait un échangeur autoroutier à proximité

Le propriétaire, qui vit habituellement à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), maintenait pourtant en appel qu’il était parfaitement légitime à contester la réalisation de la déviation : en tant que redevable de la taxe foncière, il se présente comme un « contribuable départemental ». Sa seule qualité d’habitant d’un « secteur susceptible d’être impacté par un projet de réalisation routière » lui semblait aussi suffisante pour demander l’annulation de la DUP.

Didier Brunet rappelle par ailleurs qu’il est un utilisateur régulier de l’autoroute A11 : à la place du projet litigieux, il préférerait donc qu’on réalise un échangeur autoroutier à proximité de son manoir.

L’arrêt de la cour administrative d’appel mentionne aussi que Didier Brunet se présente comme un « amateur de la littérature de Marcel Proust », et qu’il est inquiet que la déviation porte « atteinte à certains des paysages emblématiques de cette œuvre »…

Il n’a pas qualité pour agir

Mais pour les juges, l’intérêt d’avoir une sortie d’autoroute à sa porte « n’est pas de nature à justifier de son intérêt à agir contre cette décision. Ni la qualité de propriétaire […] d’une résidence qui n’est pas située dans l’emprise du projet, ni celle d’amateur de l’œuvre littéraire de Marcel Proust – dont il est nullement justifié – ne sont de nature à conférer à Didier Brunet un intérêt lui donnant qualité pour agir ».

Pas sûr que Marcel Proust se serait douté qu’on convoquerait un jour sa mémoire pour contester un projet de déviation routière… »

Guillaume Frouin

Le manoir de Mirougrain. © agence de Chartres

« Histoire. Le manoir de Mirougrain aurait été le but de l’une des balades de Marcel Proust lorsque, enfant, il venait à Illiers-Combray chez sa tante Élisabeth, qui lui offrait les fameuses madeleines. Une poétesse vivait alors dans ce manoir, Juliette Joinville d’Artois, et c’est elle qui aurait fait sceller ces énormes pierres sur la façade de sa demeure comme un symbole d’un chagrin d’amour. Juliette Joinville d’Artois serait devenue, sous la plume de Marcel Proust, Mademoiselle Vinteuil, dans A la Recherche du temps perdu. »

 

Juste un détail : quand Proust venait en Beauce, c’était à Illiers, pas à Illiers-Combray.

 

Parole de proustien…

Patrice Louis

 

PS : Belle photo pour illustrer l’article.

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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