Marcel Proust et Chuck Berry !

Marcel Proust et Chuck Berry !

 

Un point commun entre l’écrivain et le chanteur : ils sont morts. Le premier, il y a près d’un siècle ; l’autre hier. Honnêtement, je ne vois rien d’autre les rapprochant — si ce n’est leur moustache.

 

Mais, aimant l’un et l’autre, j’ai voulu rendre hommage à l’Américain en citant le Français.

 

S’il n’a pas (pu) connaître Chuck, Marcel a évoqué d’autres Berry.

*Un même nationalisme suffit à rapprocher Barrès de ses électeurs qui ne doivent pas faire grande différence entre lui et M. Georges Berry, mais non de ceux de ses collègues de l’Académie qui ayant ses opinions politiques mais un autre genre d’esprit, lui préfèreront même des adversaires comme MM. Ribot et Deschanel, dont à leur tour de fidèles monarchistes se sentent beaucoup plus près que de Maurras et de Léon Daudet qui souhaitent cependant aussi le retour du Roi. II

*[Mme de Villeparisis :] Si petite que je fusse, je me rappelle encore le roi priant mon grand-père d’inviter M. Decazes à une redoute où mon père devait danser avec la duchesse de Berry. III

*Quand je sus qu’il était un vrai Crécy, je lui racontai qu’une nièce de Mme de Guermantes avait épousé un Américain du nom de Charles Crécy et lui dis que je pensais qu’il n’avait aucun rapport avec lui. « Aucun, me dit-il. Pas plus-bien, du reste, que ma famille n’ait pas autant d’illustration — que beaucoup d’Américains qui s’appellent Montgommery, Berry, Chandos ou Capel, n’ont de rapport avec les familles de Pembroke, de Buckingham, d’Essex, ou avec le duc de Berry. » IV

*Peut-être fatigue de vieillard, ou extension de la sensualité aux relations les plus banales, le baron ne vivait plus qu’avec des « inférieurs », prenant ainsi sans le savoir la succession de tel de ses grands ancêtres, le duc de La Rochefoucauld, le prince d’Harcourt, le duc de Berry que Saint-Simon nous montre passant leur vie avec leurs laquais qui tiraient d’eux des sommes énormes, partageant leurs jeux, au point qu’on était gêné pour ces grands seigneurs quand il fallait les aller voir, de les trouver installés familièrement à jouer aux cartes ou à boire avec leur domesticité. VII

*Un neveu de Françoise avait été tué à Berry-au-Bac, qui était aussi le neveu de ces cousins millionnaires de Françoise, anciens cafetiers retirés depuis longtemps après fortune faite. VII

 

Seul le nom de ce blogue m’autorise à réunir Marcel Proust et Chuck Berry mais je pose la question : n’y a-t-il rien de commun entre les deux ? En écrivant ça, je trouve déjà une réponse. Ils aimaient tous deux Beethoven — les quatuors pour Marcel tandis que Chuck a écrit Roll Over Beethoven (en 1956).

Qui dit mieux ? Et question subsidiaire : Proust aurait-il été « rock n’ roll » ?

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

9 comments to “Marcel Proust et Chuck Berry !”

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  1. Yes, smiling!

    Both Beethoven and Chuck Berry…are « flying from start to star. » MP
    http://voyager.jpl.nasa.gov/spacecraft/music.html

  2. Chuck Berry calling Beethoven « a good musician. » 😉
    https://m.youtube.com/watch?v=kT3kCVFFLNg

    • Patrice, this video clip is apparently from a French television show! Do you know which one?

      • patricelouis says: -#3

        I try to find, but I can’t (for the moment).

      • patricelouis says: -#3

        I think I have found : it was not in France but in Belgium, in 1965, in a TV show called « Face au Public ». It was in a Universal studio in Waterloo, near Brussels for the RTB. The group was composed by Willy Albimoor (piano), Roger Van Hoverbeke, alias Ed Rogers (contrebasse), Eddie Hunton (drums) and Willi Donni (guitar). The precisions are given by the guitarist himself. Are you proud of me, dear Marcelita ? Le fou « rock » de Proust !

  3. Madeleine et Maybellene (emprunté à un Brésilien trouvé sur la Toile et que je ne peux retrouver pour le féliciter).

  4. De mémoire (mais j’en suis sûr, je l’ai noté sur l’un de mes Pléiade, je chercherai la référence), inconsciemment prophète Proust écrit quelque part dans la Recherche : « l’oiseau Rock » !

    • patricelouis says: -#2

      Vous avez tout à fait raison. C’est dans « Le Côté de Guermantes » :
      *Ici, fût-ce dans une petite ville de province, vous trouverez des passionnés de musique ; le meilleur de leur temps, le plus clair de leur argent se passe aux séances de musique de chambre, aux réunions où on cause musique, au café où l’on se retrouve entre amateurs et où on coudoie les musiciens. D’autres épris d’aviation tiennent à être bien vus du vieux garçon du bar vitré perché au haut de l’aérodrome ; à l’abri du vent, comme dans la cage en verre d’un phare, il pourra suivre, en compagnie d’un aviateur qui ne vole pas en ce moment, les évolutions d’un pilote exécutant des loopings, tandis qu’un autre, invisible l’instant d’avant, vient atterrir brusquement, s’abattre avec le grand bruit d’ailes de l’oiseau Rock.

      Il y a aussi deux « rocking » (chairs).
      Voir ma chronique « Rock, oui; rock n’ roll, non ».

      Cette année, je vais pouvoir chanter, non la chanson de Chuck Berry « Sweet Little Sixteen », mais « Sweet Old Seventy » !

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