Inespérée carte d’invitation

Inespérée carte d’invitation

 

Par la grâce de quelques lignes reçues, le collège d’Illiers-Combray a effacé tant d’années d’indifférence à Marcel Proust dont il porte le nom.

 

Le fou de Proust peut témoigner — et l’a fait — que l’écrivain était boudé par son corps enseignant. Des initiatives pour rapprocher les élèves d’un garçon qui avait presque leur âge quand il venait en vacances à Illiers se sont vues opposer un refus poli, voire hautain.

Il aura fallu l’arrivée d’un nouveau principal— en l’occurrence, une dame, Mme Quérat, puis l’implication d’un jeune enseignant proustien, M.  Morisseau (voir la chronique Arthur, prince d’Illiers-Combray) pour que tout soit oublié.

 

Ce carton reçu dans mon courrier internet est la version moderne des cartes dont la Recherche est parsemée : Le docteur Cottard en envoie une pour l’exposition dentaire à Swann, Odette regrette de n’avoir pu en avoir pour un bal chez Herbinger, Bloch espère s’en voir offrir une pour le bal de Mme de Sagan par Mme de Villeparisis, la marquise d’Amoncourt fait une gaffe à leur propos, le Héros n’est pas sûr que celle adressée par la princesse de Guermantes I est authentique, M. de Charlus se moque de celle reçue de ses cousins La Rochefoucauld, le Héros en a reçue une de la princesse de Guermantes II et une autre de Mme Molé.

 

Pour sûr, le 27, à 16 h, je serai au collège Marcel Proust.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*Cottard demandait avec intérêt : « Verrons-nous ce soir M. Swann ? Il a des relations personnelles avec M. Grévy. C’est bien ce qu’on appelle un gentleman ?» Il alla même jusqu’à lui offrir une carte d’invitation pour l’exposition dentaire. I

*[Odette sur un bal d’Herbinger :] il y avait tout ce qu’il y a de chic à Paris. Ce que j’aurais aimé y aller ! mais il fallait présenter sa carte d’invitation à la porte et je n’avais pas pu en avoir. I

*[Bloch sur le bal de Mme de Sagan :] Je n’ai pas de carte d’invitation, dit Bloch, pensant que Mme de Villeparisis allait lui en offrir une, et que Mme de Sagan serait heureuse de recevoir l’ami d’une femme qu’elle était venue inviter en personne. I

*la marquise d’Amoncourt, laquelle, par besoin de parler, manie psychologique, et aussi manque de sensibilité, finissait souvent par dire des sottises, avait pu répondre à quelqu’un qui était venu la condoléancer sur la mort de son père, M. de Montmorency : « C’est peut-être encore plus triste qu’il vous arrive un chagrin pareil au moment où on a à sa glace des centaines de cartes d’invitations. » III

*[Le Héros sur une carte reçue de la princesse de Guermantes :] « Le duc et la duchesse sont beaucoup plus modernes, beaucoup plus intelligents, ils ne s’occupent pas, comme les autres, que du nombre de quartiers, leur salon est de trois cents ans en avance sur celui de leur cousin », étaient des phrases usuelles dont le souvenir me faisait maintenant frémir en regardant la carte d’invitation à laquelle ils donnaient beaucoup plus de chances de m’avoir été envoyée par un mystificateur. III

*Mme de Mortemart se pâma de rire, et M. de Charlus tout ensemble. « Et demain, ajouta-t-elle, sans penser qu’elle avait dépassé, et de beaucoup, le temps qu’on pouvait lui concéder, irez-vous chez nos cousins La Rochefoucauld ? — Oh ! cela, c’est impossible, ils m’ont convié comme vous, je le vois, à la chose la plus importante à concevoir et à réaliser et qui s’appelle, si j’en crois la carte d’invitation : « Thé dansant. » V

*[Le Héros sur une invitation de la princesse de Guermantes II :] [La raison] qui m’y fit aller fut ce nom de Guermantes depuis assez longtemps sorti de mon esprit pour que, lu sur la carte d’invitation, il réveillât un rayon de mon attention, allât prélever au fond de ma mémoire une coupe de leur passé, accompagné de toutes les images de forêt domaniale ou de hautes fleurs qui l’escortaient alors et pour qu’il reprît pour moi le charme et la signification que je lui trouvais à Combray quand passant, avant de rentrer, dans la rue de l’Oiseau, je voyais du dehors comme une laque obscure le vitrail de Gilbert le Mauvais, sire de Guermantes. VII

*J’avais reçu une invitation de Mme Molé et appris que le fils de Mme Sazerat était mort. J’étais résolu à employer une de ces heures après lesquelles je ne pourrais plus prononcer un mot, la langue liée comme ma grand’mère pendant son agonie ou avaler du lait, à adresser mes excuses à Mme Molé et mes condoléances à Mme Sazerat. Mais au bout de quelques instants j’avais oublié que j’avais à le faire. Heureux oubli car la mémoire de mon œuvre veillait et allait employer à poser mes premières fondations l’heure de survivance qui m’était dévolue. Malheureusement, en prenant un cahier pour écrire, la carte d’invitation de Mme Molé glissait près de moi. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Bravo pour ta persévérance cher Patrice .
    Je t’embrasse avec reconnaissance
    alexandra

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