En abrégé

En abrégé

 

Capitales initiales… Ou sigles (du latin sigla    , signes abréviatifs) en formant un mot unique prononcé avec toutes les lettres — mais pas acronymes car elles ne se prononcent pas comme un nom ordinaire.

Ces initiales présentes dans ALRDTP (À la recherche du temps perdu) appartiennent aux mondes ferroviaire, royal, patronymique, guerrier. Au nombre de neuf, leurs lettres sont séparées par un point : B.A.G, B.C.B., G.Q.G, P.G., P.P.C., S.A., S.A.R. , S.M. et T.S.N.

 

Un syndicat aurait pu s’y glisser si Marcel Proust n’avait choisi d’évoquer la C.G.T. que sous sa forme complète de Confédération Générale du Travail (dans Le Temps retrouvé) dont les membres sont opposés à ceux du Jockey-Club.

 

Une abréviation de la Recherche mérite un traitement à part. Composée de deux lettres seulement, elle commence une phrase de deux mots seulement ! Trouvé ? Patience, elle sera traitée demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

 

B. A. G. = Balbec-Angerville-Grallevast (Un des surnoms du « petit chemin de fer d’intérêt local »)

*Le B. A. G. (« parce qu’il allait de Balbec à Grallevast en passant par Angerville ») ; IV

 

B.C.B. = ? (Un des surnoms du « petit chemin de fer d’intérêt local »)

*En attendant, l’interruption des services du B.C.B. l’obligeait [le directeur du Grand-Hôtel] à envoyer chercher les lettres et quelquefois conduire les voyageurs dans une carriole. Je demandais souvent à monter à côté du cocher et cela me fit faire des promenades par tous les temps, comme dans l’hiver que j’avais passé à Combray. II

 

G.Q.G. = Grand Quartier Général

*Dans la conversation, Mme Verdurin, pour communiquer les nouvelles, disait : « nous » en parlant de la France. « Hé bien, voici : nous exigeons du roi de Grèce qu’il se retire du Péloponnèse, etc. ; nous lui envoyons, etc. » Et dans tous ses récits revenait tout le temps le G.Q.G. (« J’ai téléphoné au G.Q.G. »), abréviation qu’elle avait à prononcer le même plaisir qu’avaient naguère les femmes qui ne connaissaient pas le prince d’Agrigente à demander en souriant quand on parlait de lui et pour montrer qu’elles étaient au courant : « Grigri ? » un plaisir qui dans les époques peu troublées n’est connu que par les mondains mais que dans ces grandes crises le peuple même connaît. VII

 

P.G. = Palamède de Guermantes

*Votre fidèlement dévoué, Semper idem,

P.G. Charlus ». VII

 

P.P.C. = Pour prendre congé (indiquant un départ ou qu’on ne veut plus rencontrer quelqu’un)

*C’est la princesse Mathilde, me dit-il [Swann], vous savez, l’amie de Flaubert, de Sainte-Beuve, de Dumas. Songez, c’est la nièce de Napoléon 1er ! Elle a été demandée en mariage par Napoléon III et par l’empereur de Russie. Ce n’est pas intéressant ? Parlez-lui un peu. Mais je voudrais qu’elle ne nous fît pas rester une heure sur nos jambes. » « J’ai rencontré Taine qui m’a dit que la Princesse était brouillée avec lui, dit Swann. — Il s’est conduit comme un cauchon, dit-elle d’une voix rude et en prononçant le mot comme si ç’avait été le nom de l’évêque contemporain de Jeanne d’Arc. Après l’article qu’il a écrit sur l’Empereur je lui ai laissé une carte avec P.P.C. » II

 

S.A. = Son Altesse

*C’est que le prince, dont le grand-père avait été fait maréchal et prince-duc par l’Empereur, à la famille de qui il s’était ensuite allié par son mariage, puis dont le père avait épousé une cousine de Napoléon III et avait été deux fois ministre après le coup d’État, sentait que malgré cela il n’était pas grand’chose pour Saint-Loup et la société des Guermantes, lesquels à leur tour, comme il ne se plaçait pas au même point de vue qu’eux, ne comptaient guère pour lui. Il se doutait que, pour Saint-Loup, il était — lui apparenté aux Hohenzollern — non pas un vrai noble mais le petit-fils d’un fermier, mais, en revanche, considérait Saint-Loup comme le fils d’un homme dont le comté avait été confirmé par l’Empereur — on appelait cela dans le faubourg Saint-Germain les comtes refaits — et avait sollicité de lui une préfecture, puis tel autre poste placé bien bas sous les ordres de S.A. le prince de Borodino, ministre d’État, à qui l’on écrivait «Monseigneur» et qui était neveu du souverain. III

*Le comte d’Argencourt, chargé d’affaires de Belgique et petit-cousin par alliance de Mme de Villeparisis, entra en boitant, suivi bientôt de deux jeunes gens, le baron de Guermantes et S.A. le duc de Châtellerault, à qui Mme de Guermantes dit : « Bonjour, mon petit Châtellerault », d’un air distrait et sans bouger de son pouf, car elle était une grande amie de la mère du jeune duc, lequel avait, à cause de cela et depuis son enfance, un extrême respect pour elle. III

 

S. A. R. = Son Altesse Royale

*La personne qui profita le moins de ces deux unions fut la jeune Mademoiselle d’Oloron qui, déjà atteinte de la fièvre typhoïde le jour du mariage religieux, se traîna péniblement à l’église et mourut quelques semaines après. La lettre de faire-part, qui fut envoyé quelque temps après sa mort, mêlait à des noms comme celui de Jupien presque tous les plus grands de l’Europe, comme ceux du vicomte et de la vicomtesse de Montmorency, de S. A. R. la comtesse de Bourbon-Soissons, du prince de Modène-Este, de la vicomtesse d’Edumea, de lady Essex, etc., etc. VI

 

S. M. = Sa Majesté

*Dernière heure : « Sa Majesté l’Empereur a quitté ce matin Compiègne pour Paris afin de conférer avec le marquis de Norpois, le ministre de la Guerre et le maréchal Bazaine en qui l’opinion publique a une confiance particulière. S. M. l’Empereur a décommandé le dîner qu’il devait offrir à sa belle-sœur la duchesse d’Albe. VI

 

T. S. N. = Tramways du Sud de la Normandie (Un des surnoms du « petit chemin de fer d’intérêt local »)

*Le T. S. N. (« parce qu’il faisait partie de la ligne des tramways du Sud de la Normandie ») ; IV

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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