Du questionnaire de Proust au quizz de son fou

Du questionnaire de Proust au quizz de son fou

 

 

Dans les deux cas, ce sont les réponses qui comptent…

Attention, quizz en approche !

Début demain, et pendant tout le mois d’avril, d’un quizz sur la Recherche, 7e du nom et pas moins diabolique que les précédents.

 

Une question aurait pu s’y trouver portant sur les occurrences d’un mot qui a rendu Proust célèbre au-delà du cercle de ses lecteurs. Le questionnaire de Proust est-il dans Proust ?

 

La réponse est… oui — et une seule fois ! Enfin, plus exactement le questionnaire d’un illustre philosophe norvégien. Invité à la table des Verdurin, il interroge Brichot sur le nom d’arbres. Ne trouvant pas le mot « question », il utilise « questionnaire » et « questation ».

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

*À ce moment le repas fut interrompu par un convive que j’ai oublié de citer, un illustre philosophe norvégien, qui parlait le français très bien mais très lentement, pour la double raison, d’abord que, l’ayant appris depuis peu et ne voulant pas faire de fautes (il en faisait pourtant quelques-unes), il se reportait pour chaque mot à une sorte de dictionnaire intérieur ; ensuite parce qu’en tant que métaphysicien, il pensait toujours ce qu’il voulait dire pendant qu’il le disait, ce qui, même chez un Français, est une cause de lenteur. C’était, du reste, un être délicieux, quoique pareil en apparence à beaucoup d’autres, sauf sur un point. Cet homme au parler si lent (il y avait un silence entre chaque mot) devenait d’une rapidité vertigineuse pour s’échapper dès qu’il avait dit adieu. Sa précipitation faisait croire la première fois qu’il avait la colique ou encore un besoin plus pressant.

— Mon cher — collègue, dit-il à Brichot, après avoir délibéré dans son esprit si « collègue » était le terme qui convenait, j’ai une sorte de — désir pour savoir s’il y a d’autres arbres dans la — nomenclature de votre belle langue — française — latine — normande. Madame (il voulait dire Mme Verdurin quoiqu’il n’osât la regarder) m’a dit que vous saviez toutes choses. N’est-ce pas précisément le moment ? — Non, c’est le moment de manger », interrompit Mme Verdurin qui voyait que le dîner n’en finissait pas. « Ah ! bien ; répondit le Scandinave, baissant la tête dans son assiette, avec un sourire triste et résigné. Mais je dois faire observer à Madame que, si je me suis permis ce questionnaire — pardon, ce questation — c’est que je dois retourner demain à Paris pour dîner chez la Tour d’Argent ou chez l’Hôtel Meurice. Mon confrère — français — M. Boutroux, doit nous y parler des séances de spiritisme — pardon, des évocations spiritueuses — qu’il a contrôlées. — Ce n’est pas si bon qu’on dit, la Tour d’Argent, dit Mme Verdurin agacée. J’y ai même fait des dîners détestables. — Mais est-ce que je me trompe, est-ce que la nourriture qu’on mange chez Madame n’est pas de la plus fine cuisine française ? — Mon Dieu, ce n’est pas positivement mauvais, répondit Mme Verdurin radoucie. Et si vous venez mercredi prochain ce sera meilleur. — Mais je pars lundi pour Alger, et de là je vais à Cap. Et quand je serai à Cap de Bonne-Espérance, je ne pourrai plus rencontrer mon illustre collègue — pardon, je ne pourrai plus rencontrer mon confrère.» Et il se mit, par obéissance, après avoir fourni ces excuses rétrospectives, à manger avec une rapidité vertigineuse. IV

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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