De quoi le Trocadéro est-il le nom ?

De quoi le Trocadéro est-il le nom ?

 

La délirante campagne du candidat de la droite à l’élection présidentielle a imposé un nouveau concept : « la droite Trocadéro ». Cette place du XVIe arr. de Paris, en haut d’une colline, est ainsi devenue le symbole de Français conservateurs et réactionnaires, la part de soutiens « bon chic bon genre » (BCBG) de François Fillon.

 

Les manifestants de dimanche dernier ont pris place à l’ombre du Palais de Chaillot à deux ailes, l’une abritant le Musée de l’Homme et l’autre un théâtre (le TNP de mon adolescence).

Au temps de Proust, c’est le Palais du Trocadéro. Dans À la recherche du temps perdu, le Héros l’imagine comme le lieu de perdition de la jeune fille qu’il aime risquant d’y succomber aux amours saphiques.

 

Les premières des quarante occurrences de « Trocadéro » désignent le palais, le musée et la salle de spectacle. Voyez vous-mêmes.

 

Le bâtiment conçu par les architectes Gabriel Davoud et Jules Bourdais est construit pour pour l’Exposition universelle de 1878. Dans le style mauresque ou néo-byzantin, il abrite dans sa partie centrale, circulaire et flanquée de deux tours (« en cou de girafe »), une salle de spectacle de 4 600 places. Ses deux ailes, en forme de demi-cercles, accueillent des musées (des Monuments français et d’ethnographie) et des salles de conférences.

Le drame proustien se joue dans La Prisonnière. Albertine prévoit d’aller chez les Verdurin. Jaloux, le Héros craint des tentations lesbiennes et lui conseille d’aller plutôt au Trocadéro où se donne une « représentation à bénéfice », une « matinée extraordinaire », « de gala ». Il est même rassuré de la savoir accompagnée par Andrée. La lecture du Figaro lui apprend qu’une actrice s’est ajoutée au programme, « Mlle Léa qui a accepté d’y paraître dans les Fourberies de Nérine. Elle tiendra, bien entendu, le rôle de Nérine où elle est étourdissante de verve et d’ensorceleuse gaîté. » Le Héros croit mourir sachant que la belle est celle qu’Albertine a regardé dans une glace au Casino de Balbec. Il fera tout pour empêcher la rencontre, mobilisant Bloch et Françoise et Albertine revient. Le Trocadéro n’en restera pas moins pour le Héros, au fil des volumes, un souvenir douloureux, qu’une photo de jeunes filles dans les jardins du Trocadéro semble immortaliser.

 

Ce Trocadéro-là est démoli en 1937.

D’un siècle à l’autre, de la fiction à la réalité, le Trocadéro passe d’inverti à tradi, de Lesbos à Sens commun. Il y a fort à parier que la première empreinte durera plus longtemps que la seconde !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Le nom de « Trocadéro » provient du fort du Trocadéro, qui défendait le port espagnol de Cadix. En 1823, il est enlevé par le corps expéditionnaire français commandé par le duc d’Angoulême, envoyé par son oncle, Louis XVIII pour rétablir le roi Ferdinand VII sur son trône. Le site du Trocadéro fait donc référence à une victoire militaire française. En 1826, au cours d’une reconstitution de ce fait d’armes lors d’une parade militaire devant Charles X, la configuration des lieux sert à figurer cette bataille : la colline de Chaillot représente le « fort du Trocadéro » et doit être alors « conquise » à partir du Champ-de-Mars d’où partent les « troupes » françaises (un fort en carton-pâte est construit sur la colline). (D’après Wikipédia)

 

 

 

Les extraits

*Je continuai à aller aux Champs-Élysées les jours de beau temps, par des rues dont les maisons élégantes et roses baignaient, parce que c’était le moment de la grande vogue des Expositions d’Aquarellistes, dans un ciel mobile et léger. Je mentirais en disant que dans ce temps-là les palais de Gabriel m’aient paru d’une plus grande beauté ni même d’une autre époque que les hôtels avoisinants. Je trouvais plus de style et aurais cru plus d’ancienneté sinon au Palais de l’Industrie, du moins à celui du Trocadéro. II

*Et l’église, — entrant dans mon attention avec le Café, avec le passant à qui il avait fallu demander mon chemin, avec la gare où j’allais retourner, — faisait un avec tout le reste, semblait un accident, un produit de cette fin d’après-midi, dans laquelle la coupe moelleuse et gonflée sur le ciel était comme un fruit dont la même lumière qui baignait les cheminées des maisons, mûrissait la peau rose, dorée et fondante. Mais je ne voulus plus penser qu’à la signification éternelle des sculptures, quand je reconnus les Apôtres dont j’avais vu les statues moulées au musée du Trocadéro et qui des deux côtés de la Vierge, devant la baie profonde du porche m’attendaient comme pour me faire honneur. La figure bienveillante, camuse et douce, le dos voûté, ils semblaient s’avancer d’un air de bienvenue en chantant l’Alleluia d’un beau jour. Mais on s’apercevait que leur expression était immuable comme celle d’un mort et ne se modifiait que si on tournait autour d’eux. Je me disais : c’est ici, c’est l’église de Balbec. Cette place qui a l’air de savoir sa gloire est le seul lieu du monde qui possède l’église de Balbec. Ce que j’ai vu jusqu’ici c’était des photographies de cette église, et, de ces Apôtres, de cette Vierge du porche si célèbres, les moulages seulement. Maintenant c’est l’église elle-même, c’est la statue elle-même, ce sont elles ; elles, les uniques : c’est bien plus. II

*« Si vous ne voulez pas venir chez les Verdurin, lui dis-je, il y a au Trocadéro une superbe représentation à bénéfice. » Elle écouta mon conseil d’y aller, d’un air dolent. Je recommençai à être dur avec elle comme à Balbec, au temps de ma première jalousie. Son visage reflétait une déception, et j’employais à blâmer mon amie les mêmes raisons qui m’avaient été si souvent opposées par mes parents, quand j’étais petit, et qui avaient paru inintelligentes et cruelles à mon enfance incomprise. « Non, malgré votre air triste, disais-je à Albertine, je ne peux pas vous plaindre ; je vous plaindrais si vous étiez malade, s’il vous était arrivé un malheur, si vous aviez perdu un parent ; ce qui ne vous ferait peut-être aucune peine étant donné le gaspillage de fausse sensibilité que vous faites pour rien. D’ailleurs, je n’apprécie pas la sensibilité des gens qui prétendent tant nous aimer sans être capables de nous rendre le plus léger service et que leur pensée, tournée vers nous, laisse si distraits qu’ils oublient d’emporter la lettre que nous leur avons confiée et d’où notre avenir dépend. » V

*Françoise m’apporta le Figaro. Un seul coup d’œil me permit de me rendre compte que mon article n’avait toujours pas passé. Elle me dit qu’Albertine demandait si elle ne pouvait pas entrer chez moi et me faisait dire qu’en tous cas elle avait renoncé à faire sa visite chez les Verdurin et comptait aller, comme je le lui avais conseillé, à la matinée « extraordinaire » du Trocadéro — ce qu’on appellerait aujourd’hui, en bien moins important toutefois, une matinée de gala — après une petite promenade à cheval qu’elle devait faire avec Andrée. V

*J’étais, en tous cas, bien content qu’Andrée accompagnât Albertine au Trocadéro, car de récents et d’ailleurs minuscules incidents faisaient qu’ayant, bien entendu, la même confiance dans l’honnêteté du chauffeur, sa vigilance, ou du moins la perspicacité de sa vigilance, ne me semblait plus tout à fait aussi grande qu’autrefois. V

*Trois jours où j’avais été bien tranquille, bien que la pluie de cartes qu’elle m’avait envoyée ne me fût parvenue, à cause du détestable fonctionnement de ces postes bretonnes (bonnes l’été, mais sans doute désorganisées l’hiver), que huit jours après le retour d’Albertine et du chauffeur, si vaillants que, le matin même de leur retour, ils reprirent, comme si de rien n’était, leur promenade quotidienne. J’étais ravi qu’Albertine allât aujourd’hui au Trocadéro, à cette matinée « extraordinaire », mais surtout rassuré qu’elle y eût une compagne, Andrée. V

*Je continuais à regarder le journal, mais bien que ce ne fût que pour me donner une contenance et me faire gagner du temps, tout en ne faisant que semblant de lire, je comprenais tout de même le sens des mots qui étaient sous mes yeux, et ceux-ci me frappaient : « Au programme de la matinée que nous avons annoncée et qui sera donnée cet après- Mlle Léa qui a accepté d’y paraître dans les Fourberies de Nérine. Elle tiendra, bien entendu, le rôle de Nérine où elle est étourdissante de verve et d’ensorceleuse gaîté. » midi dans la salle des fêtes du Trocadéro, il faut ajouter le nom de Ce fut comme si on avait brutalement arraché de mon cœur le pansement sous lequel il avait commencé, depuis mon retour de Balbec, à se cicatriser. Le flux de mes angoisses s’échappa à torrents. Léa c’était la comédienne amie des deux jeunes filles de Balbec qu’Albertine, sans avoir l’air de les voir, avait un après-midi, au Casino, regardées dans la glace. […] Il fallait à tout prix empêcher qu’au Trocadéro elle pût retrouver cette connaissance, ou faire la connaissance de cette inconnue. […] il fallait à tout prix empêcher qu’Albertine pût retrouver au Trocadéro les amies de Léa. Il le fallait, il fallait y réussir ; à vrai dire je ne savais pas encore comment, et pendant ces premiers instants j’ouvrais mes mains, les regardais, faisais craquer les jointures de mes doigts, soit que l’esprit qui ne peut trouver ce qu’il cherche, pris de paresse, s’accorde de faire halte pendant un instant, où les choses les plus indifférentes lui apparaissent distinctement, comme ces pointes d’herbe des talus qu’on voit du wagon trembler au vent, quand le train s’arrête en rase campagne (immobilité qui n’est pas toujours plus féconde que celle de la bête capturée qui, paralysée par la peur ou fascinée, regarde sans bouger), soit que je tinsse tout préparé mon corps — avec mon intelligence au dedans et en celle-ci les moyens d’action sur telle ou telle personne — comme n’étant plus qu’une arme d’où partirait le coup qui séparerait Albertine de Léa et de ses deux amies. Certes, le matin, quand Françoise était venue me dire qu’Albertine irait au Trocadéro, je m’étais dit : « Albertine peut bien faire ce qu’elle veut », et j’avais cru que jusqu’au soir, par ce temps radieux, ses actions resteraient pour moi sans importance perceptible ; mais ce n’était pas seulement le soleil matinal, comme je l’avais pensé, qui m’avait rendu si insouciant ; c’était parce que, ayant obligé Albertine à renoncer aux projets qu’elle pouvait peut-être amorcer ou même réaliser chez les Verdurin, et l’ayant réduite à aller à une matinée que j’avais choisie moi-même et en vue de laquelle elle n’avait pu rien préparer, je savais que ce qu’elle ferait serait forcément innocent. […] La croyance, non remarquée ce matin par moi et dont pourtant j’avais été joyeusement enveloppé jusqu’au moment où j’avais rouvert le Figaro, qu’Albertine ne ferait rien que d’inoffensif, cette croyance venait de disparaître. Je ne vivais plus dans la belle journée, mais dans une journée créée au sein de la première par l’inquiétude qu’Albertine renouât avec Léa, et plus facilement encore avec les deux jeunes filles, si elles allaient, comme cela me semblait probable, applaudir l’actrice au Trocadéro, où il ne leur serait pas difficile, dans un entr’acte, de retrouver Albertine. Je ne songeais plus à Mlle Vinteuil ; le nom de Léa m’avait fait revoir, pour en être jaloux, l’image d’Albertine au Casino près des deux jeunes filles. […]

Malgré la douleur que ces souvenirs me causaient, aurais-je pu nier que c’était le programme de la matinée du Trocadéro qui avait réveillé mon besoin d’Albertine ? […] Hier je craignais qu’Albertine n’allât chez Mme Verdurin. Maintenant je n’étais plus préoccupé que de Léa. La jalousie, qui a un bandeau sur les yeux, n’est pas seulement impuissante à rien découvrir dans les ténèbres qui l’enveloppent, elle est encore un de ces supplices où la tâche est à recommencer sans cesse, comme celle des Danaïdes, comme celle d’Ixion. Même si les deux jeunes filles n’étaient pas là, quelle impression pouvait faire sur elle Léa embellie par le travestissement, glorifiée par le succès ? quelles rêveries laisserait-elle à Albertine ? quels désirs qui, même refrénés, lui donneraient le dégoût d’une vie chez moi où elle ne pouvait les assouvir ?

D’ailleurs, qui sait si elle ne connaissait pas Léa et n’irait pas la voir dans sa loge ? et même, si Léa ne la connaissait pas, qui m’assurait que, l’ayant en tous cas aperçue à Balbec, elle ne la reconnaîtrait pas et ne lui ferait pas de la scène un signe qui autoriserait Albertine à se faire ouvrir la porte des coulisses ? Un danger semble très évitable quand il est conjuré. Celui-ci ne l’était pas encore, j’avais peur qu’il ne pût pas l’être, et il me semblait d’autant plus terrible. Et pourtant, cet amour pour Albertine, que je sentais presque s’évanouir quand j’essayais de le réaliser, la violence de ma douleur en ce moment semblait en quelque sorte m’en donner la preuve. Je n’avais plus souci de rien d’autre, je ne pensais qu’aux moyens de l’empêcher de rester au Trocadéro, j’aurais offert n’importe quelle somme à Léa pour qu’elle n’y allât pas. Si donc on prouve sa préférence par l’action qu’on accomplit plus que par l’idée qu’on forme, j’aurais aimé Albertine. Mais cette reprise de ma souffrance ne donnait pas plus de consistance en moi à l’image d’Albertine. Elle causait mes maux comme une divinité qui reste invisible. Faisant mille conjectures, je cherchais à parer à ma souffrance sans réaliser pour cela mon amour.

D’abord il fallait être certain que Léa allât vraiment au Trocadéro. Après avoir congédié la laitière en lui donnant deux francs, je téléphonai à Bloch, lié lui aussi avec Léa, pour le lui demander. Il n’en savait rien et parut étonné que cela pût m’intéresser. Je pensai qu’il me fallait aller vite, que Françoise était tout habillée et moi pas, et, pendant que moi-même je me levais, je lui fis prendre une automobile ; elle devait aller au Trocadéro, prendre un billet, chercher Albertine partout dans la salle, et lui remettre un mot de moi. Dans ce mot, je lui disais que j’étais bouleversé par une lettre reçue à l’instant de la même dame à cause de qui elle savait que j’avais été si malheureux une nuit à Balbec. Je lui rappelais que le lendemain elle m’avait reproché de ne pas l’avoir fait appeler. Aussi je me permettais, lui disais-je, de lui demander de me sacrifier sa matinée et de venir me chercher pour aller prendre un peu l’air ensemble afin de tâcher de me remettre. Mais comme j’en avais pour assez longtemps avant d’être habillé et prêt, elle me ferait plaisir de profiter de la présence de Françoise pour aller acheter aux Trois-Quartiers (ce magasin, étant plus petit, m’inquiétait moins que le Bon Marché) la guimpe de tulle blanc dont elle avait besoin. V

*En tous cas, pour ce qui était d’aujourd’hui il n’y avait pas de doute, Albertine allait rentrer avec Françoise à trois heures, Albertine ne verrait ni Léa ni ses amies. Alors ce danger qu’elle renouât des relations avec elles étant conjuré, il perdit aussitôt à mes yeux de son importance et je m’étonnai, en voyant avec quelle facilité il l’avait été, d’avoir cru que je ne réussirais pas à ce qu’il le fût. J’éprouvai un vif mouvement de reconnaissance pour Albertine qui, je le voyais, n’était pas allée au Trocadéro pour les amies de Léa, et qui me montrait, en quittant la matinée et en rentrant sur un signe de moi, qu’elle m’appartenait plus que je ne me le figurais. Il fut plus grand encore quand un cycliste me porta un mot d’elle pour que je prisse patience, et où il y avait de ces gentilles expressions qui lui étaient familières : « Mon chéri et cher Marcel, j’arrive moins vite que ce cycliste dont je voudrais bien prendre la bécane pour être plus tôt près de vous. Comment pouvez-vous croire que je puisse être fâchée et que quelque chose puisse m’amuser autant que d’être avec vous ! ce sera gentil de sortir tous les deux, ce serait encore plus gentil de ne jamais sortir que tous les deux. Quelles idées vous faites-vous donc ? Quel Marcel ! Quel Marcel ! Toute à vous, ton Albertine. » V

*Les paroles rapportées ne sont rien, elles n’expliqueraient pas le battement de cœur avec lequel je remontai. Ces scènes auxquelles nous assistons dans la vie trouvent un élément de force incalculable dans ce que les militaires appellent, en matière d’offensive, le bénéfice de la surprise, et j’avais beau éprouver tant de calme douceur à savoir qu’Albertine, au lieu de rester au Trocadéro, allait rentrer auprès de moi, je n’en avais pas moins dans l’oreille l’accent de ces mots dix fois répétés : « grand pied de grue, grand pied de grue », qui m’avaient bouleversé. V

*« Comment vous a semblé le Trocadéro, petite folle ? — Je suis rudement contente de l’avoir quitté pour venir avec vous. Comme monument c’est assez moche, n’est-ce pas ? C’est de Davioud, je crois. — Mais comme ma petite Albertine s’instruit ! En effet, c’est de Davioud, mais je l’avais oublié. — Pendant que vous dormez je lis vos livres, grand paresseux. V

*Qu’importe qu’un monument soit neuf s’il paraît vieux, et même s’il ne le paraît pas. Ce que les vieux quartiers contiennent de poésie a été extrait jusqu’à la dernière goutte, mais certaines maisons nouvellement bâties pour de petits bourgeois cossus, dans des quartiers neufs, où la pierre trop blanche est fraîchement sciée, ne déchirent-elles pas l’air torride de midi en juillet, à l’heure où les commerçants reviennent déjeuner dans la banlieue, d’un cri aussi acide que l’odeur des cerises attendant que le déjeuner soit servi dans la salle à manger obscure, où les prismes de verre pour poser les couteaux projettent des feux multicolores et aussi beaux que les verrières de Chartres ? — Ce que vous êtes gentil ! Si je deviens jamais intelligente, ce sera grâce à vous. — Pourquoi, dans une belle journée, détacher ses yeux du Trocadéro dont les tours en cou de girafe font penser à la Chartreuse de Pavie ? — Il m’a rappelé aussi, dominant comme cela sur son tertre, une reproduction de Mantegna que vous avez, je crois que c’est Saint-Sébastien, où il y a au fond une ville en amphithéâtre et où on jurerait qu’il y a le Trocadéro. — Vous voyez bien ! Mais comment avez-vous vu la reproduction de Mantegna ? Vous êtes renversante ? » V

*Pour lui faire paraître sa chaîne plus légère, le mieux était sans doute de lui faire croire que j’allais moi-même la rompre. En tous cas, ce projet mensonger je ne pouvais le lui confier en ce moment, elle était revenue avec trop de gentillesse du Trocadéro tout à l’heure ; ce que je pouvais faire, bien loin de l’affliger d’une menace de rupture, c’était tout au plus de taire les rêves de perpétuelle vie commune que formait mon cœur reconnaissant. En la regardant, j’avais de la peine à me retenir de les épancher en elle, et peut-être s’en apercevait-elle.

*« Ah ! vous étiez en voiture, me dit-il d’un air grave. — Mon Dieu, par le plus grand des hasards ; cela ne m’arrive jamais. Je suis toujours en omnibus ou à pied. Mais cela me vaudra peut-être le grand honneur de vous reconduire ce soir si vous consentez pour moi à entrer dans cette guimbarde ; nous serons un peu serrés. Mais vous êtes si bienveillant pour moi. » Hélas, en lui proposant cela, je ne me prive de rien, pensai-je, puisque je serai toujours obligé de rentrer à cause d’Albertine. Sa présence chez moi, à une heure où personne ne pouvait venir la voir, me laissait disposer aussi librement de mon temps que l’après-midi quand, au piano, je savais qu’elle allait revenir du Trocadéro, et que je n’étais pas pressé de la revoir. Mais enfin, comme l’après-midi aussi, je sentais que j’avais une femme et qu’en rentrant je ne connaîtrais pas l’exaltation fortifiante de la solitude. V

*Le doute, en tant qu’il avait trait à Mlle Vinteuil, n’était pas absolument nouveau. Mais, même dans cette mesure, ma jalousie de l’après-midi, excitée par Léa et ses amies, l’avait aboli. Une fois ce danger du Trocadéro écarté, j’avais éprouvé, j’avais cru avoir reconquis à jamais une paix complète. V

*Je voulais m’en aller, mais M. de Charlus ayant manifesté l’intention d’aller chercher Morel, Brichot nous retint tous les deux. D’ailleurs, la certitude qu’à la maison je retrouverais Albertine, certitude égale à celle que, dans l’après-midi, j’avais qu’Albertine rentrât du Trocadéro, me donnait en ce moment aussi peu d’impatience de la voir que j’avais eu le même jour tandis que j’étais assis au piano, après que Françoise m’eut téléphoné. V

*Mais si j’étais préoccupé par Mlle Vinteuil, je l’étais encore plus d’une crainte qui m’avait déjà effleuré mais qui s’emparait maintenant de moi avec force, la crainte qu’Albertine voulût sa liberté. En rentrant je croyais que Mme Verdurin avait purement et simplement inventé par gloriole la venue de Mlle Vinteuil et de son amie, de sorte que j’étais tranquille. Seule Albertine, en me disant : « Est-ce que Mlle Vinteuil ne devait pas être là ? », m’avait montré que je ne m’étais pas trompé dans mon premier soupçon ; mais enfin j’étais tranquillisé là-dessus pour l’avenir, puisqu’en renonçant à aller chez les Verdurin et en se rendant au Trocadéro, Albertine avait sacrifié Mlle Vinteuil.

Mais, au Trocadéro, que, du reste, elle avait quitté pour se promener avec moi, il y avait eu, comme raison de l’en faire revenir, la présence de Léa. En y pensant je prononçai ce nom de Léa, et Albertine, méfiante, croyant qu’on m’en avait peut-être dit davantage, prit les devants et s’écria avec volubilité, non sans cacher un peu son front : « Je la connais très bien ; nous sommes allées, l’année dernière, avec des amies, la voir jouer : après la représentation nous sommes montées dans sa loge, elle s’est habillée devant nous. C’était très intéressant. » Alors ma pensée fut forcée de lâcher Mlle Vinteuil et, dans un effort désespéré, dans cette course à l’abîme des impossibles reconstitutions, s’attacha à l’actrice, à cette soirée où Albertine était montée dans sa loge. D’autre part, après tous les serments qu’elle m’avait faits, et d’un ton si véridique, après le sacrifice si complet de sa liberté, comment croire qu’en tout cela il y eût du mal ? Et pourtant, mes soupçons n’étaient-ils pas des antennes dirigées vers la vérité, puisque, si elle m’avait sacrifié les Verdurin pour aller au Trocadéro, tout de même, chez les Verdurin, il avait bien dû y avoir Mlle Vinteuil, et, au Trocadéro, il y avait eu Léa qui me semblait m’inquiéter à tort et que pourtant, dans cette phrase que je ne lui demandais pas, elle déclarait avoir connue sur une plus grande échelle que celle où eussent été mes craintes, dans des circonstances bien louches ? Car qui avait pu l’amener à monter ainsi dans cette loge ? Si je cessais de souffrir par Mlle Vinteuil quand je souffrais par Léa, ces deux bourreaux de ma journée, c’est soit par l’infirmité de mon esprit à se représenter à la fois trop de scènes, soit par l’interférence de mes émotions nerveuses, dont ma jalousie n’était que l’écho. J’en pouvais induire qu’elle n’avait pas plus été à Léa qu’à Mlle Vinteuil et que je ne croyais à Léa que parce que j’en souffrais encore. Mais parce que mes jalousies s’éteignaient — pour se réveiller parfois, l’une après l’autre — cela ne signifiait pas non plus qu’elles ne correspondissent pas, au contraire, chacune à quelque vérité pressentie, que de ces femmes il ne fallait pas que je me dise aucune, mais toutes. Je dis pressentie, car je ne pouvais pas occuper tous les points de l’espace et du temps qu’il eût fallu. Et encore, quel instinct m’eût donné la concordance des uns et des autres pour me permettre de surprendre Albertine ici à telle heure avec Léa, ou avec les jeunes filles de Balbec, ou avec l’amie de Mme Bontemps qu’elle avait frôlée, ou avec la jeune fille du tennis qui lui avait fait du coude, ou avec Mlle Vinteuil ? V

*Je ne savais que dire, ne voulant pas paraître étonné, et écrasé par tant de mensonges. À un sentiment d’horreur, qui ne me faisait pas désirer de chasser Albertine, au contraire, s’ajoutait une extrême envie de pleurer. Celle-ci était causée non pas par le mensonge lui-même et par l’anéantissement de tout ce que j’avais tellement cru vrai que je me sentais comme dans une ville rasée, où pas une maison ne subsiste, où le sol nu est seulement bossué de décombres — mais par cette mélancolie que, pendant ces trois jours passés à s’ennuyer chez son amie d’Auteuil, Albertine n’ait pas une fois eu le désir, peut-être même pas l’idée, de venir passer en cachette un jour chez moi, ou, par un petit bleu, de me demander d’aller la voir à Auteuil. Mais je n’avais pas le temps de m’adonner à ces pensées. Je ne voulais surtout pas paraître étonné. Je souris de l’air de quelqu’un qui en sait plus long qu’il ne le dit : «Mais ceci est une chose entre mille. Ainsi, tenez, vous saviez que Mlle Vinteuil devait venir chez Mme Verdurin, cet après-midi, quand vous êtes allée au Trocadéro.» Elle rougit : « Oui, je le savais. — Pouvez-vous me jurer que ce n’était pas pour ravoir des relations avec elle que vous vouliez aller chez les Verdurin ? — Mais bien sûr que je peux vous le jurer. Pourquoi « ravoir », je n’en ai jamais eu, je vous le jure.» J’étais navré d’entendre Albertine me mentir ainsi, me nier l’évidence que sa rougeur m’avait trop avouée. Sa fausseté me navrait. Et pourtant, comme elle contenait une protestation d’innocence que, sans m’en rendre compte, j’étais prêt à croire, elle me fit moins de mal que sa sincérité quand, lui ayant demandé : « Pouvez-vous, du moins, me jurer que le plaisir de revoir Mlle Vinteuil n’entrait pour rien dans votre désir d’aller à cette matinée des Verdurin ? » elle me répondit : « Non, cela je ne peux pas le jurer. Cela me faisait un grand plaisir de revoir Mlle Vinteuil. » Une seconde avant, je lui en voulais de dissimuler ses relations avec Mlle Vinteuil, et maintenant l’aveu du plaisir qu’elle aurait eu à la voir me cassait bras et jambes. D’ailleurs, sa façon mystérieuse de vouloir aller chez les Verdurin eût dû m’être une preuve suffisante. V

*Mais je m’étais trop bien rendu compte, par ma propre expérience et d’après celle de mes amis, que l’expression de tels sentiments est loin d’être contagieuse. Une fois qu’on a remarqué cela, on ne se « laisse plus aller » ; je m’étais gardé dans l’après-midi de dire à Albertine toute la reconnaissance que je lui avais de ne pas être restée au Trocadéro. Et ce soir, ayant eu peur qu’elle me quittât, j’avais feint de désirer la quitter, feinte qui ne m’était pas seulement dictée, d’ailleurs, par les enseignements que j’avais cru recueillir de mes amours précédentes et dont j’essayais de faire profiter celui-ci. V

*Mais si c’est avec de telles idées, et qu’elle ne m’avait jamais exprimées, que vivait Albertine, ne devait-elle pas prendre en horreur, n’avoir plus la force de mener, ne pouvait-elle pas, d’un jour à l’autre, décider de cesser une existence où, si elle était, au moins de désir, coupable, elle se sentait devinée, traquée, empêchée de se livrer jamais à ses goûts, sans que ma jalousie en fût désarmée ; où, si elle était innocente d’intention et de fait, elle avait le droit, depuis quelque temps, de se sentir découragée, en voyant que, depuis Balbec où elle avait mis tant de persévérance à éviter de jamais rester seule avec Andrée, jusqu’à aujourd’hui où elle avait renoncé à aller chez les Verdurin et à rester au Trocadéro, elle n’avait pas réussi à regagner ma confiance. D’autant plus que je ne pouvais pas dire que sa tenue ne fût parfaite. V

*D’ailleurs, au souvenir des heures même purement naturelles s’ajouterait forcément le paysage moral qui en fait quelque chose d’unique. Quand j’entendrais plus tard le cornet à bouquin du chevrier, par un premier beau temps, presque italien, le même jour mélangerait tour à tour à sa lumière l’anxiété de savoir Albertine au Trocadéro, peut-être avec Léa et les deux jeunes filles, puis la douceur familiale et domestique, presque commune, d’une épouse qui me semblait alors embarrassante et que Françoise allait me ramener. Ce message téléphonique de Françoise qui m’avait transmis l’hommage obéissant d’Albertine revenant avec elle, j’avais cru qu’il m’enorgueillissait. Je m’étais trompé. S’il m’avait enivré, c’est parce qu’il m’avait fait sentir que celle que j’aimais était bien à moi, ne vivait bien que pour moi, et même à distance, sans que j’eusse besoin de m’occuper d’elle, me considérait comme son époux et son maître, revenant sur un signe de moi. Et ainsi ce message téléphonique avait été une parcelle de douceur, venant de loin, émise de ce quartier du Trocadéro où il se trouvait y avoir pour moi des sources de bonheur dirigeant vers moi d’apaisantes molécules, des baumes calmants me rendant enfin une si douce liberté d’esprit que je n’avais plus eu — me livrant sans la restriction d’un seul souci à la musique de Wagner — qu’à attendre l’arrivée certaine d’Albertine, sans fièvre, avec un manque entier d’impatience où je n’avais pas su reconnaître le bonheur. Et ce bonheur qu’elle revînt, qu’elle m’obéît et m’appartînt, la cause en était dans l’amour, non dans l’orgueil. Il m’eût été bien égal maintenant d’avoir à mes ordres cinquante femmes revenant, sur un signe de moi, non pas du Trocadéro, mais des Indes. Mais ce jour-là, en sentant Albertine qui, tandis que j’étais seul dans ma chambre à faire de la musique, venait docilement vers moi, j’avais respiré, disséminée comme un poudroiement dans le soleil, une de ces substances qui, comme d’autres sont salutaires au corps, font du bien à l’âme. Puis ç’avait été, une demi-heure après, l’arrivée d’Albertine, puis la promenade avec Albertine arrivée, promenade que j’avais crue ennuyeuse parce qu’elle était pour moi accompagnée de certitude, mais, à cause de cette certitude même, qui avait, à partir du moment où Françoise m’avait téléphoné qu’elle la ramenait, coulé un calme d’or dans les heures qui avaient suivi, en avait fait comme une deuxième journée bien différente de la première, parce qu’elle avait un tout autre dessous moral, un dessous moral qui en faisait une journée originale, qui venait s’ajouter à la variété de celles que j’avais connues jusque-là, journée que je n’eusse jamais pu imaginer — comme nous ne pourrions imaginer le repos d’un jour d’été si de tels jours n’existaient pas dans la série de ceux que nous avons vécus, — journée dont je ne pouvais pas dire absolument que je me la rappelais, car à ce calme s’ajoutait maintenant une souffrance que je n’avais pas ressentie alors. Mais bien plus tard, quand je traversai peu à peu, en sens inverse, les temps par lesquels j’avais passé avant d’aimer tant Albertine, quand mon cœur cicatrisé put se séparer sans souffrance d’Albertine morte, alors je pus me rappeler enfin sans souffrance ce jour où Albertine avait été faire des courses avec Françoise au lieu de rester au Trocadéro ; je me rappelai avec plaisir ce jour comme appartenant à une saison morale que je n’avais pas connue jusqu’alors ; je me le rappelai enfin exactement sans plus y ajouter de souffrance et au contraire comme on se rappelle certains jours d’été qu’on a trouvés trop chauds quand on les a vécus, et dont, après coup surtout, on extrait le titre sans alliage d’or fin et d’indestructible azur. VI

*La première de ces étapes commença au début de l’hiver, un beau dimanche de Toussaint où j’étais sorti. Tout en approchant du Bois, je me rappelais avec tristesse le retour d’Albertine venant me chercher du Trocadéro, car c’était la même journée, mais sans Albertine. Avec tristesse et pourtant non sans plaisir tout de même, car la reprise en mineur, sur un ton désolé, du même motif qui avait empli ma journée d’autrefois, l’absence même de ce téléphonage de Françoise, de cette arrivée d’Albertine, qui n’était pas quelque chose de négatif mais la suppression dans la réalité de ce que je me rappelais et qui donnait à la journée quelque chose de douloureux, en faisait quelque chose de plus beau qu’une journée unie et simple parce que ce qui n’y était plus, ce qui en avait été arraché, y restait imprimé comme en creux. VI

*« Voyons, vous Goncourt, vous savez bien, et Gautier le savait aussi, que mes Salons étaient autre chose que ces piteux Maîtres d’autrefois crus un chef-d’œuvre dans la famille de ma femme. » Puis, par un crépuscule où il y a près des tours du Trocadéro comme le dernier allumement d’une lueur qui en fait des tours absolument pareilles aux tours enduites de gelée de groseille des anciens pâtissiers, la causerie continue dans la voiture qui doit nous conduire quai Conti où est leur hôtel que son possesseur prétend être l’ancien hôtel des Ambassadeurs de Venise et où il y aurait un fumoir dont Verdurin me parle comme d’une salle transportée telle qu’elle, à la façon des Mille et une Nuits, d’un célèbre palazzo dont j’oublie le nom, palazzo à la margelle du puits représentant un couronnement de la Vierge que Verdurin soutient être absolument du plus beau Sansovino et qui servirait pour leurs invités, à jeter la cendre de leurs cigares. VII

*Dans toute la partie de la ville que dominent les tours du Trocadéro, le ciel avait l’air d’une immense mer nuance de turquoise qui se retire, laissant déjà émerger toute une ligne légère de rochers noirs, peut-être même de simples filets de pêcheurs alignés les uns après les autres, et qui étaient de petits nuages. Mer en ce moment couleur turquoise et qui emporte avec elle sans qu’ils s’en aperçoivent, les hommes entraînés dans l’immense révolution de la terre, de la terre sur laquelle ils sont assez fous pour continuer leurs révolutions à eux, et leurs vaines guerres, comme celle qui ensanglantait en ce moment la France. Du reste, à force de regarder le ciel paresseux et trop beau qui ne trouvait pas digne de lui de changer son horaire et au-dessus de la ville allumée prolongeait mollement, en ces tons bleuâtres sa journée qui s’attardait, le vertige prenait : ce n’était plus une mer étendue, mais une gradation verticale de bleus glaciers. Et les tours du Trocadéro qui semblaient si proches des degrés de turquoise devaient en être extrêmement éloignées comme ces deux tours de certaines villes de Suisse qu’on croirait dans le lointain voisines avec la pente des cimes. VII

*Même un plaisir plus profond comme celui que j’aurais pu éprouver quand j’aimais Albertine, n’était en réalité perçu qu’inversement par l’angoisse que j’avais quand elle n’était pas là, car quand j’étais sûr qu’elle allait arriver, comme le jour où elle était revenue du Trocadéro, je n’avais pas cru éprouver plus qu’un vague ennui, tandis que je m’exaltais de plus en plus au fur et à mesure que j’approfondissais le bruit du couteau ou le goût de l’infusion, avec une joie croissante pour moi, qui avait fait entrer dans ma chambre, la chambre de ma tante Léonie, et à sa suite tout Combray, et ses deux côtés. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “De quoi le Trocadéro est-il le nom ?”

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  1. Les descendants de la Haute décrite par Proust se sont-ils rassemblés au Trocadéro ? Les recherches sociologiques sur l’Association d’entraide de la noblesse française pourraient nous le dire.
    Cette caste semble avoir eu son « magazine » bimensuel dans cette Revue illustrée dont les 27 années autour de 1900 nous égrènent entre deux articles royalistes (sous la responsabilité de l’auteur seul mais pas de la rédaction) tous ces Greffulhe, Guiche, Montesquiou… Je n’ai pas trouvé ailleurs dans la presse dans la presse un reportage photographique du mariage de la Madeleine en 1904 signé de M Sweet et Servant.
    A propos du comte Robert de Montesquiou, un reportage consacré à lui est clos par la seule apparition de Proust dans le gros quart de siècle de publication de chroniques littéraires, photographiques de la Revue illustrée :
    « Pour clore harmonieusement ces brèves notes, trop brèves, à mon gré du moins, par un rappel de l’épigraphe qui leur sert de thème, et préciser le point de vue où je me suis placé, je n’hésiterai pas devant cette affirmation : s’il est vrai que Dieu rejette les tièdes, le comte Robert de Montesquiou peut être sûr de retrouver au paradis tous ceux qui furent, comme lui, les passionnés et les ardents de l’idéal, Théophile Gauthier et Baudelaire, Ernest Hello, Villiers de l’Isle-Adam, Barbey d’Aurevilly. Il y continuera, pour employer l’expression du brillant traducteur de Ruskin, M. Marcel Proust, sa mission bienfaisante et héroïque de « professeur de beauté. »

  2. PS : l’article mentionnant Proust comme traducteur est daté du 5 juin 1906, sous la plume de Gabriel Mourey. Sources : notre service public Gallica (BNF).

  3. Quels biberons ont nourri les membres du dernier carré au Trocadéro ?: http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/10/dans-un-tweet-les-republicains-representent-emmanuel-macron-avec-des-codes-de-l-iconographie-antisemite_5092794_4854003.html .
    Intéressant pour la rémanence culturelle de certaines images.
    Comment Proust a-t-il été reçu dans les milieux influencés par l’antisémitisme ?

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