Des nids champêtres

Des nids champêtres

 

Que diriez-vous d’une chronique bucolique dans cette ambiance tendue ? Mieux, champêtre.

 

Chaque matin à Illiers-Combray, avec mon épouse, notre chienne dans le sillage, nous nous baladons le long du Loir entre la Grève et la Védière. C’est un coin charmant qui nous fait prendre la mesure du plaisir de vivre à la campagne (si, si !). Nous, quand nous nous levons, nous ne tombons pas sur des voitures et des panneaux publicitaires. Nous ne rencontrons pas de marcheurs pressés mais des promeneurs paisibles.

 

Et le citadin qui se croyait indécrottable que je suis s’émerveille de tout. Hier, il a suffi d’un nid pour éblouir ma journée.

 

Un peu plus loin, la vue d’un poney sous un saule près du viaduc m’a aussi rempli d’aise.

 

Moquez-vous si vous voulez mais ma joie rurale est réelle.

 

Point de poney dans la recherche — mais je sais que c’était l’un des petits noms que Proust et Hahn s’attribuaient). En revanche, des nids, oui — d’oiseaux et… d’espions — onze en tout.

 

Je confesse un  regret toutefois d’avoir quitté Paris, ville-monde : Illiers-Combray n’est pas un nid d’espions. La cité proustienne n’abrite ni barbouzes allogènes ni taupes étrangères.

Toujours dans le coin où je chemine, les taupes dont je vois les monticules dans le champ sont bien de chez nous.

(Photos PL)

 

 

Des taupes, oui, mais françaises !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : J’apprends tout à fait par hasard (après rédaction de cette chronique) 1) qu’on peut parler de « nid de taupe » et 2) que dans les mots-croisés, « nid de taupes », en 3 lettres, c’est CIA !

 

 

 

Les extraits :

*chambres d’hiver où quand on est couché, on se blottit la tête dans un nid qu’on se tresse avec les choses les plus disparates : un coin de l’oreiller, le haut des couvertures, un bout de châle, le bord du lit, et un numéro des Débats roses, qu’on finit par cimenter ensemble selon la technique des oiseaux en s’y appuyant indéfiniment ; où, par un temps glacial le plaisir qu’on goûte est de se sentir séparé du dehors (comme l’hirondelle de mer qui a son nid au fond d’un souterrain dans la chaleur de la terre), I

*Les feuilles, ayant perdu ou changé leur aspect, avaient l’air des choses les plus disparates, d’une aile transparente de mouche, de l’envers blanc d’une étiquette, d’un pétale de rose, mais qui eussent été empilées, concassées ou tressées comme dans la confection d’un nid. I

*[Françoise] regardait à l’angle du toit la place où, chaque printemps, venaient faire leur nid, juste au-dessus de la cheminée de ma chambre, des pigeons pareils à ceux qui roucoulaient dans sa cuisine, à Combray. III

*À la fois plume et corolle, ainsi que certaines floraisons marines, une grande fleur blanche, duvetée comme une aile, descendait du front de la princesse le long d’une de ses joues dont elle suivait l’inflexion avec une souplesse coquette, amoureuse et vivante, et semblait l’enfermer à demi comme un œuf rose dans la douceur d’un nid d’alcyon. III

*puis quand elle se fut assise au premier rang, je vis que le doux nid d’alcyon qui protégeait tendrement la nacre rose de ses joues était, douillet, éclatant et velouté, un immense oiseau de paradis. III

*Moi qui connaissais plusieurs Albertine en une seule, il me semblait en voir bien d’autres encore reposer auprès de moi. Ses sourcils, arqués comme je ne les avais jamais vus, entouraient les globes de ses paupières comme un doux nid d’alcyon. V

*à chaque crise politique, à chaque rénovation artistique, Mme Verdurin avait arraché petit à petit, comme l’oiseau fait son nid, les bribes successives, provisoirement inutilisables, de ce qui serait un jour son salon. V

*À Paris [chez les Saint-Loup] on avait tous les soirs trois ou quatre amis à dîner, jamais plus ; de sorte que, par une régression imprévue mais pourtant naturelle, chacune des deux immenses volières maternelles avait été remplacée par un nid silencieux. VI

*[À l’hôtel de Jupien] Je crus d’abord que cette curiosité, je ne pourrais la satisfaire, car, de l’escalier où je restais dans l’ombre, je vis plusieurs personnes venir demander une chambre à qui on répondit qu’il n’y en avait plus une seule. Mais je compris ensuite qu’elles n’avaient évidemment contre elles que de ne pas faire partie du nid d’espionnage, car un simple marin s’étant présenté un moment après, on se hâta de lui donner le n° 28. […] Si on avait éloigné de paisibles bourgeois, ce n’était donc pas qu’un nid d’espions que cet hôtel. VII

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CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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