Tour des alentours de Combray (1)

Tour des alentours de Combray (1)

 

Cinq communes d’Eure-et-Loir figurent dans la Recherche sous leur vrai nom.

 

Bailleau-le-Pin — 1 occurrence

À 9 km à l’est d’Illiers-Combray.

 

*Ainsi son parler différait de celui de sa mère ; mais, ce qui est plus curieux, le parler de sa mère n’était pas le même que celui de sa grand’mère, native de Bailleau-le-Pin, qui était si près du pays de Françoise. IV

(Photo PL)

(Photo PL)

 

Bailleau-l’Évêque — 1 occurrence

À 32 km au nord-est d’Illiers-Combray.

 

*Et j’avoue que, pensant aux lectures que j’avais faites à Balbec, non loin de Robert, j’étais très impressionné, comme dans la campagne de France de retrouver la tranchée de Mme de Sévigné, en Orient, à propos du siège de Kout-el-Amara (Kout l’émir, « comme nous disons Vaux-le-Vicomte et Bailleau-l’Évêque », aurait dit le curé de Combray, s’il avait étendu sa soif d’étymologie aux langues orientales), de voir revenir auprès de Bagdad ce nom de Bassorah dont il est tant question dans les Mille et une Nuits et que gagne chaque fois, après avoir quitté Bagdad ou avant d’y rentrer, pour s’embarquer ou débarquer, bien avant le général Townshend et le général Gorringer, aux temps des Khalifes, Simbad le Marin. VII

 

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Châteaudun — 5 occurrences

À 30 km à l’ouest d’Illiers-Combray.

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*C’était le fils de Mme Sauton qui rentrait du service, la nièce de l’abbé Perdreau qui sortait de couvent, le frère du curé, percepteur à Châteaudun qui venait de prendre sa retraite ou qui était venu passer les fêtes. I

*ma tante Léonie devisait avec Françoise en attendant l’heure d’Eulalie. Elle lui annonçait qu’elle venait de voir passer Mme Goupil « sans parapluie, avec la robe de soie qu’elle s’est fait faire à Châteaudun. Si elle a loin à aller avant vêpres elle pourrait bien la faire saucer ». I

*Et Mme de Villebon confessait en cachette qu’elle ne pouvait concevoir comment sa cousine Guermantes recevait une femme qui n’était même pas de la deuxième société, à Châteaudun. « Ce n’est vraiment pas la peine que ma cousine soit si difficile sur ses relations, c’est à se moquer du monde », concluait Mme de Villebon avec une autre expression de visage, celle-là souriante et narquoise dans le désespoir, sur laquelle un petit jeu de devinettes eût plutôt mis un autre vers que la comtesse ne connaissait naturellement pas davantage :

Grâce aux dieux ! Mon malheur passe mon espérance.

Au reste, anticipons sur les événements en disant que la « persévérance », rime d’espérance dans le vers suivant, de Mme de Villebon à snober Mme G… ne fut pas tout à fait inutile. Aux yeux de Mme G… elle doua Mme de Villebon d’un prestige tel, d’ailleurs purement imaginaire, que, quand la fille de Mme G…, qui était la plus jolie et la plus riche des bals de l’époque, fut à marier, on s’étonna de lui voir refuser tous les ducs. C’est que sa mère, se souvenant des avanies hebdomadaires qu’elle avait essuyées rue de Grenelle en souvenir de Châteaudun, ne souhaitait véritablement qu’un mari pour sa fille : un fils Villebon. III

*[Brichot :] Votre abbé s’hypnotisait devant Duneville repris dans l’Eure-et-Loir ; il eût trouvé Châteaudun, IV

 

Dreux — 2 occurrences

À 59 km au nord-est d’Illiers-Combray.

Dreux, Chapelle Saint-Louis abritant les tombeaux des Orléans

Dreux, Chapelle Saint-Louis abritant les tombeaux des Orléans

*Parfois c’était pour plusieurs jours qu’elle s’absentait, les Verdurin l’emmenaient voir les tombeaux de Dreux, ou à Compiègne admirer, sur le conseil du peintre, des couchers de soleil en forêt et on poussait jusqu’au château de Pierrefonds.

— Penser qu’elle pourrait visiter de vrais monuments avec moi qui ai étudié l’architecture pendant dix ans et qui suis tout le temps supplié de mener à Beauvais ou à Saint-Loup-de-Naud des gens de la plus haute valeur et ne le ferais que pour elle, et qu’à la place elle va avec les dernières des brutes s’extasier successivement devant les déjections de Louis-Philippe et devant celles de Viollet-le-Duc ! Il me semble qu’il n’y a pas besoin d’être artiste pour cela et que, même sans flair particulièrement fin, on ne choisit pas d’aller villégiaturer dans des latrines pour être plus à portée de respirer des excréments.

Mais quand elle était partie pour Dreux ou pour Pierrefonds — hélas, sans lui permettre d’y aller, comme par hasard, de son côté, car « cela ferait un effet déplorable », disait-elle — il se plongeait dans le plus enivrant des romans d’amour, l’indicateur des chemins de fer, qui lui apprenait les moyens de la rejoindre, l’après-midi, le soir, ce matin même ! I

 

Montboissier

À 17 km au sud d’Illiers-Combray.

 

Il y avait à Montboissier un château qui a été rasé en 1795.

05-montboissier-au-xviie-sIl n’en a subsisté » que deux pavillons où François-René de Chateaubriand a vécu un mois en 1817. L’écrivain évoque ce séjour dans ses Mémoires d’outre-tombe avec le célèbre passage dit de « la grive de Montboissier » — souvent rapproché de… « la madeleine de Proust ».

 

*Hier au soir je me promenais seul ; le ciel ressemblait à un ciel d’automne ; un vent froid soufflait par intervalles. A la percée d’un fourré, je m’arrêtai pour regarder le soleil : il s’enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d’Alluye, d’où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés.

Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau. A l’instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel. J’oubliai les catastrophes dont je venais d’être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si souvent siffler la grive. Quand je l’écoutais alors, j’étais triste de même qu’aujourd’hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d’un désir vague de bonheur, lorsqu’on est sans expérience ; la tristesse que j’éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l’oiseau dans les bois de Combourg m’entretenait d’une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n’ai plus rien à apprendre, j’ai marché plus vite qu’un autre, et j’ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m’entraînent ; je n’ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ? Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ? Mettons à profit le peu d’instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j’y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s’éloigne et qui va bientôt disparaître.

 

Proust y fait allusion dans Le Temps retrouvé :

*Un chant d’oiseau dans le parc de Montboissier, ou une brise chargée de l’odeur de réséda, sont évidemment des événements de moindre conséquence que les plus grandes dates de la Révolution et de l’Empire. Ils ont cependant inspiré à Chateaubriand dans les Mémoires d’Outre-tombe, des pages d’une valeur infiniment plus grande.) VII

 

Ajoutez un faux ami, Brou. Il y a bien une commune de ce nom à 14 km à l’ouest d’Illiers-Combray, mais le Brou que Proust évoque se trouve dans la préfecture de l’Ain, à 500 km.

Ce Brou-là est un édifice religieux de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain : il est la preuve d’un amour qui se voulait éternel, bâti dans la pierre et le marbre au début du XVIe siècle par Marguerite d’Autriche, veuve inconsolée de Philibert II de Savoie, dit le Beau. Elle a alors 24 ans et décide de faire construire un monastère royal pour abriter trois somptueux tombeaux (ceux de Philibert le Beau et de sa mère, et le sien propre).

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*toujours la pensée de l’absente était indissolublement mêlée aux actes les plus simples de la vie de Swann — déjeuner, recevoir son courrier, sortir, se coucher — par la tristesse même qu’il avait à les accomplir sans elle, comme ces initiales de Philibert le Beau que dans l’église de Brou, à cause du regret qu’elle avait de lui, Marguerite d’Autriche entrelaça partout aux siennes. I

 

Demain, Méséglise et Vieuxvivcq.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Such a great work, Patrice! I am dreaming…

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