« SOS Mots de Proust », à votre service !

« SOS Mots de Proust », à votre service !

 

Je me sens légèrement imposteur quand je suis consulté au titre de spécialiste… mais bon, je fais avec — non sans, je l’avoue, un frisson de contentement.

 

Ainsi, par courriel, Jean Adloff, bourligueur proustien qui a posé ses raquettes au Québec, me pose « une petite colle » :

« Comme je sais que vous avez parcouru cent fois de long et en large la Recherche, comme moi-même, et cent fois avez buté contre certaines « incongruités », je me demande si vous pourriez m’apporter vos lumières pour celle-ci :

C’est dans les Jeunes filles en fleurs, alors que le Narrateur évoque St-Loup et sa maîtresse Rachel. Je cite : « Le jeune noble qui, comme Saint-Loup, a une maîtresse, prend l’habitude, quand il va dîner avec elle au cabaret, d’avoir dans sa poche le valériane dont elle peut avoir besoin, d’enjoindre au garçon, avec force et sans ironie, de faire attention à fermer les portes sans bruit, à ne pas mettre de mousse humide sur la table, afin d’éviter à son amie ces malaises que pour sa part il n’a jamais ressentis…. »

Qu’est-ce, diantre ! que cette « mousse humide » ? La mousse du champagne ?  A chaque lecture, ça me fait « mousser » dans le mauvais sens. Ce serait une bonne question pour l’un de vos savoureux quizzes… »

 

Nul mystère ne se cache pourtant derrière cette mousse humide qu’il faut lire au premier degré : il s’agit bien d’un végétal sans racine qui se répand en milieu humide, particulièrement en forêt.

 

En petites touches de verdure, elle fait un très joli élément décoratif. Tapissant les vases ou associée à d’autres plantes, elle embellit les compositions florales. Voyez ce chemin de table pour un mariage déniché sur internet :

 

En marge, cher Jean Adloff, votre citation comporte une faute : il n’est pas question dans ce passage d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs de « valériane » (au demeurant féminin) mais du « valérianate ». Dans une autre chronique (voir Drogues et remèdes), j’ai présenté ce calmant : racine de la valériane officinale utilisée pour ses propriétés antispasmodiques et calmantes ; sel de l’acide valérianique employé dans les maladies nerveuses.

 

La charmante fleuriste d’Illiers-Combray, installée désormais superbement place de l’Église, m’a montré, brique mouillée d’eau à l’appui donc un peu spongieuse, que la mousse sert toujours pour y piquer les fleurs des bouquets qu’elle compose :

 

« SOS Mots de Proust », que puis-je faire d’autre pour vous ?

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : j’apprends grâce à Jean Adloff que « quizz », en anglais, a un pluriel !

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “« SOS Mots de Proust », à votre service !”

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  1. Cher « léger imposteur »,

    Merci infiniment pour la précision et la charmante leçon d’art floral. Merci aussi pour avoir signalé mon impardonnable lapsus calami concernant le valérianate. Quant au pluriel du mot « quiz », il s’agit évidemment du pluriel du mot dans la langue anglaise, comme celui du mot « sandwich », lequel est, en anglais, « sandwiches ». Si nous avons l’outrecuidance d’emprunter des mots à la langue anglaise, encore devrait-on se conformer, ne serait-ce que par déférence, aux singularités orthographiques qui prévalent dans cette langue.
    En toute gratitude pour vos lumières, bon Patrice, toujours scintillantes. J.A.

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