Qu’est-ce qui fait apparaître un cheveu blanc dans l’âme de Maman ?

Qu’est-ce qui fait apparaître un cheveu blanc

dans l’âme de Maman ?

 

N’ayant pas réponse à tout et inquiet pour ma naturelle pruderie, je vous soumets cette « colle » envoyée par Jean Adloff (voir la chronique « SOS Mots de Proust », à votre service !)

 

Cher bon Patrice,

Comme je vois que vous êtes incollable, voilà un autre rébus — crucial celui-là — (tout au début de Swann, dans la scène du baiser du soir), que je vous défie d’interpréter, à quelque degré qu’il vous advienne :

« ….Il me semblait que je venais d’une main impie et secrète de tracer dans son âme (l’âme de la maman du jeune Narrateur) une première ride et d’y faire apparaître un cheveu blanc ».

Question 1 : Qu’est-ce que le jeune Narrateur, en clair, fait avec sa « main impie et secrète »? En quoi, très précisément, son geste est-il  blasphématoire, plus encore « secret » ?

Question 2 : Comment et pour quelle raison ce geste aurait-il l’heur de tracer dans l’âme de sa mère « une première ride et d’y faire apparaître un cheveu blanc » ? Cela implique-t-il que la mère a surpris son « jaunet » sur le fait alors que sa main « impie » et supposément « secrète » carillonnait les matines à cœur joie ?

Sachez que je demeure votre serviteur, en toute immense cordialité.

 

Pour la résolution de ce mystère, il me paraît utile d’élargir l’extrait :

*Maman resta cette nuit-là dans ma chambre et, comme pour ne gâter d’aucun remords ces heures si différentes de ce que j’avais eu le droit d’espérer, quand Françoise, comprenant qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire en voyant maman assise près de moi, qui me tenait la main et me laissait pleurer sans me gronder, lui demanda : « Mais Madame, qu’a donc Monsieur à pleurer ainsi ? » maman lui répondit : « Mais il ne sait pas lui-même, Françoise, il est énervé ; préparez-moi vite le grand lit et montez vous coucher. » Ainsi, pour la première fois, ma tristesse n’était plus considérée comme une faute punissable mais comme un mal involontaire qu’on venait de reconnaître officiellement, comme un état nerveux dont je n’étais pas responsable ; j’avais le soulagement de n’avoir plus à mêler de scrupules à l’amertume de mes larmes, je pouvais pleurer sans péché. Je n’étais pas non plus médiocrement fier vis-à-vis de Françoise de ce retour des choses humaines, qui, une heure après que maman avait refusé de monter dans ma chambre et m’avait fait dédaigneusement répondre que je devrais dormir, m’élevait à la dignité de grande personne et m’avait fait atteindre tout d’un coup à une sorte de puberté du chagrin, d’émancipation des larmes. J’aurais dû être heureux : je ne l’étais pas. Il me semblait que ma mère venait de me faire une première concession qui devait lui être douloureuse, que c’était une première abdication de sa part devant l’idéal qu’elle avait conçu pour moi, et que pour la première fois, elle, si courageuse, s’avouait vaincue. Il me semblait que si je venais de remporter une victoire c’était contre elle, que j’avais réussi comme auraient pu faire la maladie, des chagrins, ou l’âge, à détendre sa volonté, à faire fléchir sa raison et que cette soirée commençait une ère, resterait comme une triste date. Si j’avais osé maintenant, j’aurais dit à maman : « Non je ne veux pas, ne couche pas ici. » Mais je connaissais la sagesse pratique, réaliste comme on dirait aujourd’hui, qui tempérait en elle la nature ardemment idéaliste de ma grand’mère, et je savais que, maintenant que le mal était fait, elle aimerait mieux m’en laisser du moins goûter le plaisir calmant et ne pas déranger mon père. Certes, le beau visage de ma mère brillait encore de jeunesse ce soir-là où elle me tenait si doucement les mains et cherchait à arrêter mes larmes ; mais justement il me semblait que cela n’aurait pas dû être, sa colère eût été moins triste pour moi que cette douceur nouvelle que n’avait pas connue mon enfance ; il me semblait que je venais d’une main impie et secrète de tracer dans son âme une première ride et d’y faire apparaître un premier cheveu blanc. Cette pensée redoubla mes sanglots et alors je vis maman, qui jamais ne se laissait aller à aucun attendrissement avec moi, être tout d’un coup gagnée par le mien et essayer de retenir une envie de pleurer. Comme elle sentit que je m’en étais aperçu, elle me dit en riant : « Voilà mon petit jaunet, mon petit serin, qui va rendre sa maman aussi bêtasse que lui, pour peu que cela continue. Voyons, puisque tu n’as pas sommeil ni ta maman non plus, ne restons pas à nous énerver, faisons quelque chose, prenons un de tes livres. »

 

Qui va (oser) répondre à la « colle » ? L’impatience me gagne.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

13 comments to “Qu’est-ce qui fait apparaître un cheveu blanc dans l’âme de Maman ?”

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  1. Aïe, aïe, je ne comprends même pas la question.

    Pour moi, le geste « impie et secret » du Narrateur, c’est précisément de tracer la ride et de blanchir le cheveu. Geste simplement métaphorique du chagrin qu’il lui cause. A la rigueur, on peut dépasser le stade métaphorique et imaginer l’enfant qui dégage une main de celles de sa mère (qui tient celles de l’enfant, nous dit le texte, « si doucement »), pour lui caresser le front (où symboliquement il laisse une ride) et passer la main dans les cheveux (dont tout aussi symboliquement l’un deviendra blanc).

    Et si c’est impie, c’est parce que le Narrateur idolâtre sa mère, et si c’est secret, c’est parce que c’est du non-dit (la mère n’indiquant pas au fils que la permission du père est en fait laxiste et contraire au programme éducatif qu’elle-même emploie).

    Je me rends bien compte que mon explication est simplette, là, par rapport à la solennité des questions, mais enfin… (Une scène du même genre, à savoir un malaise moral, aura lieu plus tard dans la recherche : quand le héros grandi boira de l’alcool, au grand dam de sa grand’mère, scène « en écho » à celle de « Bathilde, viens empêcher ton mari de boire du porto ».)

    Donc, j’en tiens pour… zéro « geste » du Narrateur, juste une rédaction métaphorique du malaise moral que provoquechez lui la reddition maternelle.

    Et il est vrai qu’une autre interprétation, allant par exemple chercher un « geste masturbatoire » derrière tout cela, me gênerait beaucoup, comme outrepassant le droit légitime du lecteur de lire ce que bon lui semble… Mais bon.

  2. complètement d’accord avec la longue remarque précédente. un enfant qui dérange et sa mère et l’ordre établi se sent des responsabilités énormes, c’est tout. l’autre interprétation me semble vraiment étrange

  3. L’autre interprétation a bien sûr existé et fait scandale (car elle a été émise il y a fort longtemps). Mais la première est exactement la bonne, et justifiée en tous points.

  4. excusez-moi d’avoir été (trop) longue, Christine. Je souhaiterais pourtant rajouter encore un mot ! A savoir que le malaise dont le narrateur fait part dans cet (admirable) extrait provient du conflit de loyauté dans lequel la mère est plongée : entre l’autorité du père-mari et sa propre méthode éducative. L’enfant ne se trompe pas : il vient de remporter une victoire à la Pyrrhus, qui montre l’obéissance de l’épouse plutôt que l’assentiment de la mère. Zut, je suis encore trop longue !

  5. Au risque d’offusquer les prudes, je vais dissiper l’ambiguité que d’aucuns ont décelée dans ma question–à défaut d’y déceler une esquisse de vérité. Quand, dans ma formule certes un peu alambiquée, j’ai suggéré que l’enfant « carillonnait les matines à coeur joie », cela voulait dire — en clair –pour ceux qui ont besoin d’un dessin, que l’enfant, d’une main « impie et secrète », s’est masturbé sous les draps, en présence de sa mère, peut-être pas « allègrement » mais il l’a fait tout de même. Ce n’est pas tant le fait qu’il se soit masturbé qui est « impie » mais bien le fait qu’il se soit rendu compte qu’il n’était pas dans la ligne des choses d’être amoureux de sa mère et plus encore d’avoir fait « ça » en sa présence. Il en gardera des remords indélébiles et cuisants durant toute son existence. La mère, qui s’est rendu compte du geste « impie » de son enfant, bien que très perturbée, sachant que c’était elle, la mère, qui était la cible de cette « offrande secrète », s’est bien gardée de montrer son désarroi est s’est empressée de tourner cette page funeste en ouvrant un autre livre, un roman champêtre de George Sand…Quant à la première ride et le premier cheveu blanc que l’enfant trace dans l’âme de sa mère, c’est la conscience qui va le hanter d’avoir instillé d’une manière indélébile dans « l’âme » de sa mère la pensée que son enfant était et serait à jamais un être différent, un être traumatisé, un « outcast ». Cette petite phrase (la main impie…) est la pierre angulaire de toute la Recherche. C’est ce geste qui explique tout le comportement érotique, « décalé », hors norme, extraordinairement perturbant du Narrateur, notamment dans les scènes très dérangeantes d’alcôve–pardon pour l’euphémisme!– de La Prisonnière et d’Albertine disparue.

    Que l’on me pardonne cette brutalité de pensée et de langage, mais ceci étant dit, je persiste et signe.

  6. Ah ! Je ne pense pas, cher Jean Adloff, qu’il soit ici question de « pruderie », surtout pas ! Mais bien de… fidélité à un texte à qui vous faites dire bien des choses… non écrites.
    Or, les simples choses écrites en disent déjà beaucoup, énormément, sur la richesse, la complexité et les tourments de cette relation mère-enfant.

    Vous en rajoutez en voyant dans les deux qualificatifs choisis par Proust « impie » et « secret », un « coming out » qui aurait donc pour particularité première d’être non assumé, puisque non explicite.

    Or, Proust fait précisément tellement le contraire dans toute la Recherche, est tellement explicite veux-je dire, que votre hypothèse n’est à mon sens pas du tout démontrée.

    Mais bon : encore une fois, le droit de tout lecteur est bien d’interpréter comme il le souhaite sa lecture. Oserais-je ajouter que, ce faisant, le lecteur met beaucoup de lui-même dans ce qui lui est confié ?

  7. … J’ajouterais encore une chose, bien loin de la pruderie que vous m’attribuez : nous savons, par un mot écrit de la main du jeune Proust quémandant de l’argent pour le bris d’un objet dans un bordel, qu’il a été envoyé au-dit bordel par son père, pour le guérir de ses pratiques masturbatoires, devenues « inquiétantes ». Outre l’éclairage (quelque peu sordide) que cette anecdote apporte à notre connaissance de l’éducation des jeunes garçons du dix-neuvième siècle (et au statut de la femme), ce qui me paraît important c’est que ce soit le père et l’oncle qui soient impliqués : des hommes. Tout dans la Recherche « sanctuarise » la -les- mère(s). Peut-on donc vraiment imaginer l’introduction d’une scène masturbatoire dans l’épisode raconté ici, où l’enfant est totalement bouleversé, en larmes, et où sa mère « lui tient les mains » ?

  8. Clopine. Loin de vous attribuer de la pruderie, le vocable s’adressait–sinon à l’encontre–de notre sémillant, notre incomparable troubadour, le fou de Proust (voir la première ligne de son indtroduction, plus haut).

    Je suis ravi à un point que vous ne pouvez imaginer, le fait que vous ayez mentionné cette note du jeune Marcel (datée de 1888, alors qu’il avait 17 ans) où, clamant ses compulsions masturbatoires, déclarait vouloir se rendre dans un bordel pour y remédier. Tout laisse à supposer que cette incartade dans un bordel s’est soldée, comme dans la Recherche avec le Narrateur, par un papotage inénarrable avec ces dames, dans l’antichambre du bordel, en sirotant à leurs côtés de la tisane et échangeant des recettes… Dans ce court message, ce qui devrait retenir notre attention, ce n’est point le fait qu’il se soit masturbé compulsivement et allègrement– ça, on s’en contrefout–, c’est le fait qu’il ait clamé ça sur les toits, à son père, à son grand-père et à qui d’autre? Cette note corrobore en tous points ma conjecture de la main impie et si le temps et l’espace me le permettaient, ce qui n’est aucunement l’objet de cette tribune, je vous démontrerais avec un brio qui vous renverserait comment cette compulsion masturbatoire de Marcel se répercute tout au long de la Recherche. Mais ce forum n’est point la place d’un tel débat.
    En toute grande cordialité, ne vous en déplaise.

  9. Oui, c’est vrai, ce n’est pas ici le lieu de ce débat, car il serait dommage d’alourdir le blog de Patrice.

    Mais la question est cependant passionnante à mon sens, du coup je pense en faire état « ailleurs », dans le courant de la journée : sur mon blogounet, http://www.clopinetrouillefou.com/, pourquoi pas ?

    J’accueillerais très volontiers vos remarques, même si elles m’apparaissent (excusez-moi d’avance !) un peu trop « péremptoires » pour alimenter un débat serein… Donc, bienvenue à vous et à votre cordialité, surtout ne l’oubliez pas ! (sourire !), et soyez sûr de la mienne…

    Clo

  10. Si vous êtes sûr, Patrice, je change mon fusil d’épaule et viens débattre ici. Mais ça peut donner des commentaires assez longs, j’en ai peur. Vous êtes bien sûr de vous ?

  11. Bon, alors, on y va. D’abord, circonscrire le débat.

    Dire tout de suite qu’à mon sens, la sexualité est un des sujets majeurs de la Recherche, si ce n’est LE sujet. Aucun personnage n’y échappe, et surtout pas le Narrateur. Et ce dernier ne cache ni ses masturbations, ni ses éjaculations, tout cela est EXPLICITE dans la Recherche. Pour la masturbation (qui est l’objet de l’affirmation de jean Adloff), le passage est célébrissime :

    « je montais sangloter tout en haut de la maison à côté de la salle d’études, sous les toits, dans une petite pièce sentant l’iris, et que parfumait aussi un cassis sauvage poussé au dehors entre les pierres de la muraille et qui passait une branche de fleurs par la fenêtre entr’ouverte. Destinée à un usage plus spécial et plus vulgaire, cette pièce, d’où l’on voyait pendant le jour jusqu’au donjon de Roussanville-le-Pin, servit longtemps de refuge pour moi, sans doute parce qu’elle était la seule qu’il me fût permis de fermer à clef, à toutes celles de mes occupations qui réclamaient une inviolable solitude : la lecture, la rêverie, les larmes et la volupté. »

    Et c’est là que je commence à diverger (si j’ose dire, bien entendu) très sérieusement de la « thèse » de Jean Adloff. A savoir qu’en aucun cas, d’après moi, une scène masturbatoire ne peut être cachée à l’intérieur de la scène dite « du baiser du soir ».

    Proust le dit explicitement : la masturbation est pour lui liée à une « inviolable solitude ».

    Et comment concevoir la scène du baiser du soir en l’agrémentant d’un « geste de masturbation » ? A quel moment ce geste aurait-il pu avoir lieu ? Nous savons que l’enfant était tourmenté d’une seule et unique chose : la présence de sa mère venant l’embrasser ; ce soir-là, il se ridiculise auprès de françoise en faisant porter un message (qu’il écrit donc), il guette du haut de l’escalier, il pleure, il fait du tapage, il triomphe et en même temps cette « victoire » est une défaite : mais à aucun moment de la scène on ne peut sérieusement l’imaginer se masturbant, d’autant que sa mère « le tient par les deux mains ».

    Jean Adloff va me rétorquer : « c’est justement parce que l’interdit, le tabou, est si fort que Proust n’assume pas de charger son Narrateur de vivre ce qui s’est réellement passé ».

    Voire.

    Ce Narrateur n’est pas avare de confidences érotiques, et certaines d’entre elles sont parfois si sordides qu’elles ne sont certes pas à l’honneur de celui qui les raconte. Je pense par exemple à cette histoire de petite fille tripotée, que le Narrateur devra « étouffer » à coup d’argent auprès de la famille… (on se croirait chez Michaël Jakson).

    Proust « charge » ainsi son Narrateur, le transformant en plus, à plein d’endroits de la Recherche, comme un voyeur épiant les ébats d’autrui (notamment la scène Charlus-Jupien, ou la scène de l’amie de Vinteuil crachant sur le portrait du père, etc..

    Certes, Proust joue un « double jeu », tout le temps, à propos de l’homosexualité, traitée comme le fait d’être juif, d’ailleurs. Son Narrateur « dévoilera » l’homosexualité des personnages qui l’entourent, mais pas la sienne. Il est censé être hétérosexuel, comme il n ‘est pas censé être juif. Et ainsi le Narrateur n’est PAS Proust, mais est une sorte de Proust idéalisé, omettant tout ce qui pourrait être gênant (même d’avoir un frère !)

    Mais cet argument n’implique pas un « aveu » caché dans le passage en question, qui serait d’ailleurs, à mon sens, bien invraisemblable.

    En fait, le fond de ma pensée est que cette opinion (à savoir qu’il y a un récit caché derrière la scène du baiser du soir, et que ce récit dévoile que l’enfant se masturbe par désir de sa mère) sent son freudisme à plein nez.

    Or, le freudisme, s’il a eu le mérite incontesté de dévoiler la réalité d’un psychisme inconscient chez chacun de nous, est néanmoins fort controversé, quand il s’agit d’affirmer la prépondérance et l’existence, chez chacun de nous, d’un complexe d’Oedipe refoulé. Le « livre noir de la psychanalyse », ou encore le brûlot que Michel Onfray (avec de sévères défauts, mais ce ne n’est pas mon propos ici) a fait paraître sur Freud, remettent très en question l’universalité de ce « complexe » : il suffit de penser à toutes les civilisations claniques, par exemple.

    De plus, Marcel Proust était (contrairement à son Narrateur) homosexuel. Et le cliché le plus courant sur les homosexuels est que ce sont des garçons qui, « trop couvés par leur mère », éprouvent plus fortement que les hétérosexuels ce fameux complexe qui les pousserait à désirer leur mère et à vouloir tuer leur père.

    Ce cliché permet de rejeter l’homosexualité du côté du tabou, qui était très fort à l’époque de Proust mais qui, dieu merci, disparaît aujourd’hui.

    Sauf que j’en vois des traces dans l’opinion de Jean sur la « scène du baiser ». Proust est homosexuel : forcément son Narrateur doit avoir un rapport trouble, sexualisé, avec sa mère…

    Or, le Narrateur adore sa mère, ça oui, au point que lui faire de la peine est un sacrilège pour lui, mais pourquoi sexualiser une scène qui est déjà tellement sursaturée d’émotions et d’analyses psychologiques ? Pourquoi ne PAS croire le Narrateur qui nous dit que la masturbation est pour lui impensable autrement que dans la solitude ?

    Voilà mes objections. Mais au-delà de cette scène que je persiste à croire donnée sans aucune clef cachée (autre que de disculper le Narrateur de sa trop grande sensibilité affective -et non sexuelle, faut quand même faire la nuance !!!), toute la Recherche déborde effectivement de sexualité. C’est même carrément le livre du dévoilement, dans cet ordre de chose. Et Proust a été le premier, non seulement à décrire crûment les pratiques sexuelles de son temps (décrivant fort précisément les bordels pour hommes, par exemple, même s’il n’y envoie son Narrateur que pour y boire un verre), mais encore à ôter à la sexualité toute transcendance, et même toute satisfaction possible. Le sexe est une impasse, chez Proust, comme tout le reste (amitié, mondanité, amour…). Plus qu’un geste déplacé en présence de sa maman, c’est cela qui me semble essentiel à lire, dans la Recherche…
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