Chez moi mieux qu’au Grand-Hôtel

Chez moi mieux qu’au Grand-Hôtel

 

Il fait froid… La belle affaire ! c’est de saison. N’empêche : ce n’est pas pour me vanter mais il fait froid.

 

Quel froid d’ailleurs ? Celui de M. de Cambremer qui désoriente Cottard dans Sodome et Gomorrhe ?

*il fait un froid de canard. — Pourquoi de canard ? demanda le docteur. IV

 

Ou pire, celui du haut du clocher de Combray, selon le curé dans Du côté de chez Swann ?

*Certaines personnes affirment y avoir ressenti le froid de la mort. I

 

Les températures négatives invitent en tous cas à se calfeutrer. Et où se trouve-t-on mieux au chaud ? Chez soi, bien sûr.

N’est-ce pas ce que suggère la chère Oriane lorsqu’elle décline une invitation mondaine dans Le Côté de Guermantes ?

*Mais c’est charmant aussi de rester au coin de son feu, répondait Mme de Guermantes. III

 

J’aimerais pouvoir prononcer la même phrase, mais dans ma maison, à Illiers-Combray, le chauffage y est fourni par des radiateurs.

 

Ça n’a pas le charme des âtres et la cheminée n’y est qu’extérieure, mais fumant nuit et jour par-dessus le toit.

 

Ces images chaleureuses renvoient à la fin de la saison au Grand-Hôtel déserté par le Héros pour ne pas geler sur pieds.

*Il avait fallu quitter Balbec en effet, le froid et l’humidité étant devenus trop pénétrants pour rester plus longtemps dans cet hôtel dépourvu de cheminées et de calorifère. II

 

Qu’on se rassure aujourd’hui. Le Grand-Hôtel de Cabourg est chauffé comme il faut. Le nid est douillet grâce au chauffage moderne qui fait que les cheminées n’y sont plus que décoratives. Ce point a été le seul sur lequel j’ai eu un regret lors de mon séjour récent qui m’a valu un tweet (moqueur ?) de @LegendusEst : « On connaît P. Louis promoteur talentueux de Proust. On le découvre promoteur efficace du @GHCabourg. »

 

Au très cosy bar, j’ai considéré que les fausses flammes de la cheminée n’étaient pas appropriées.

(Photos PL)

« Les clients les adorent », m’a-t-on répondu.

Odette de Crécy est « touchante sous le bouquet de fleurs de pensées artificielles fixé devant son chapeau rond de paille blanche, à brides de velours noir » (Du côté de chez Swann), mais je suis sûr qu’il n’a jamais été envisagé de placer des fleurs artificielles dans les chambres du 5 étoiles — et pas seulement dans la 414.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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