La madeleine à la sauce hockey sur glace

La madeleine à la sauce hockey sur glace

 

Sport et culture… Proust dans le monde… Publié hier sur le site « Le Canada Français » :

À la recherche de la coupe perdue

Une chronique de Jean-Philippe Pleau, le Sportnographe

Chaque fois que Canadien [l’équipe de hockey sur glace de Montréal] ne joue pas pendant quelques jours, je fais le même constat : bâtard que j’en perds du temps à les regarder jouer. Bon. Cela étant dit, Canadien ayant encore subi la défaite lundi contre Boston et craignant fortement le match de ce soir contre San Jose, je me suis amusé à me demander ce qui pouvait expliquer la disette de coupe Stanley de Canadien depuis 1993, à part le manque de vision de l’organisation et de joueurs de talent en quantité suffisante, ainsi qu’un gros bonhomme possédant une bonne vision et du talent en quantité suffisante.

Et c’est en trempant mes chips dans ma bière au resto à côté de la job mercredi midi qu’une réponse m’est venue, en repensant à Marcel Proust et à son roman À la recherche du temps perdu.

Voyez-vous, c’est que comme l’humain chez Proust, Canadien est essentiellement et éminemment nostalgique. Dans le cas qui nous occupe, Canadien est nostalgique d’un passé glorieux. Ainsi, à la manière du narrateur d’À la recherche du temps perdu, Canadien a longtemps pu tirer des odeurs de poche de hockey, de swing de vestiaire ainsi que du goût du champagne dans la coupe une manière de nourrir le présent à partir du passé.

Ce passé ayant été glorieux de manière constante d’année en année, chaque édition de Canadien comportait jadis en son sein un joueur qui avait vécu la victoire d’une Stanley.

Il suffisait donc, pour ce ou ces joueurs au passé glorieux, de prendre une bouffée de vestiaire qui pue après une grosse victoire ou encore de boire du champagne avec l’équipe pour être catapulté, par la mémoire, le soir d’un match où ils avaient remporté la coupe Stanley avec Canadien. Restait alors à contaminer l’équipe de leur bonne humeur en partageant leurs souvenirs. Ainsi qu’en payant une tournée de danse à 10 $.

Or, ces moments de temps à l’état pur ou extra-temporels, mettons, sont désormais improbables chez Canadien. Autrement dit, la coprésence du temps passé glorieux dans le temps présent afin de nourrir le futur en marche est devenu impossible en raison de l’absence d’un passé de gagnant des joueurs actuels de Canadien.

Bien sûr, certains ont remporté la coupe ailleurs, mais ça, ça ne compte pas. La preuve étant Andrew Shaw. Sérieux, méchant jambon.

Conséquemment, comme le narrateur d’À la recherche du temps perdu, Canadien est souvent déçu, car bien que son imaginaire soit nourri par la machine marketing de l’organisation et l’aveuglement des fans quant à l’effet qu’ils formeraient supposément un maudit bon club, eh bien au final, chaque fois, le dur constat de la réalité frappe comme un double-échec dans le dos près de la bande : Canadien est pourri comme de la marde.

Bref, je suis sincèrement désolé de vous dire ça, gang, mais Canadien ne gagnera plus jamais la coupe.

 

Je n’ajouterai qu’un mot, vieux souvenir d’un séjour au Québec : Maudit !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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