Chauds, les marrons glacés !

Chauds, les marrons glacés !

 

Drôle de fruit… On peut s’en régaler et pourtant il  n’est pas comestible — c’est la châtaigne que l’on mange. Il peut brûler mais, glacé, il ne gèle pas les doigts.

 

Dans À la recherche du temps perdu, il y a des marrons pour tous les goûts. Au 1er janvier Swann offre un sac de marrons glacés et ceux du Héros sont glacés ou déguisés (modelés en forme de fruits).

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Zénaïde d’Heudicourt sert de la purée de marrons.

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Pour les marrons chauds, il y a un marchand à Doncières.

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Un autre, Parisien, émoustille les sens du baron de Charlus.

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En ce 1er janvier, à mon tour, permettez-moi de vous offrir cette (image de) boîte de marrons glacés.

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(Photos PL)

(Photos PL)

C’est l’intention qui compte, n’est-ce pas ?

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

*[La grand’tante du Héros :] Comme elle était la seule personne un peu vulgaire de notre famille, elle avait soin de faire remarquer aux étrangers, quand on parlait de Swann, qu’il aurait pu, s’il avait voulu, habiter boulevard Haussmann ou avenue de l’Opéra, qu’il était le fils de M. Swann qui avait dû lui laisser quatre ou cinq millions, mais que c’était sa fantaisie. Fantaisie qu’elle jugeait du reste devoir être si divertissante pour les autres, qu’à Paris, quand M. Swann venait le 1er janvier lui apporter son sac de marrons glacés, elle ne manquait pas, s’il y avait du monde, de lui dire : « Eh bien ! M. Swann, vous habitez toujours près de l’Entrepôt des vins, pour être sûr de ne pas manquer le train quand vous prenez le chemin de Lyon ? » Et elle regardait du coin de l’œil, par-dessus son lorgnon, les autres visiteurs. I

*Quand vint le 1er janvier, je fis d’abord des visites de famille, avec maman, qui, pour ne pas me fatiguer, les avait d’avance (à l’aide d’un itinéraire tracé par mon père) classées par quartier plutôt que selon le degré exact de la parenté. Mais à peine entrés dans le salon d’une cousine assez éloignée qui avait comme raison de passer d’abord, que sa demeure ne le fût pas de la nôtre, ma mère était épouvantée en voyant, ses marrons glacés ou déguisés à la main, le meilleur ami du plus susceptible de mes oncles auquel il allait rapporter que nous n’avions pas commencé notre tournée par lui. Cet oncle serait sûrement blessé; il n’eût trouvé que naturel que nous allassions de la Madeleine au Jardin des Plantes où il habitait avant de nous arrêter à Saint-Augustin, pour repartir rue de l’École-de-Médecine. II

 

*Et le lecteur comprend que ce ton sec, c’est le chagrin chez les êtres qui ne veulent pas avoir l’air d’avoir du chagrin, ce qui serait simplement ridicule, mais ce qui est assez désespérant et hideux, parce que c’est la manière d’avoir du chagrin d’êtres qui croient que le chagrin ne compte pas, que la vie est plus sérieuse que les séparations, etc., de sorte qu’ils donnent dans les morts cette impression de mensonge, de néant, que donne au jour de l’an le monsieur qui, en vous apportant des marrons glacés dit : « Je vous la souhaite bonne et heureuse » en ricanant, mais le dit tout de même. VII

*[À Doncières] Ici le génie du feu me montrait en un tableau empourpré la taverne d’un marchand de marrons où deux sous-officiers, leurs ceinturons posés sur des chaises, jouaient aux cartes sans se douter qu’un magicien les faisait surgir de la nuit, comme dans une apparition de théâtre, et les évoquait tels qu’ils étaient effectivement à cette minute même, aux yeux d’un passant arrêté qu’ils ne pouvaient voir. III

 

*— Enfin, pour finir, conclut le duc, Zénaïde insistait pour qu’Oriane vînt déjeuner, et comme ma femme n’aime pas beaucoup sortir de chez elle, elle résistait, s’informait si, sous prétexte de repas intime, on ne l’embarquait pas déloyalement dans un grand tralala, et tâchait vainement de savoir quels convives il y aurait à déjeuner. « Viens, viens, insistait Zénaïde [d’Heudicourt] en vantant les bonnes choses qu’il y aurait à déjeuner. Tu mangeras une purée de marrons, je ne te dis que ça, et il y aura sept petites bouchées à la reine. — Sept petites bouchées, s’écria Oriane. Alors c’est que nous serons au moins huit ! » III

 

*Cependant il [Charlus] s’attardait encore sur le pas de la porte et demandait à Jupien des renseignements sur le quartier. « Vous ne savez rien sur le marchand de marrons du coin, pas à gauche, c’est une horreur, mais du côté pair, un grand gaillard tout noir ? IV

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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