Incursion (fugace et qui le restera) dans la Correspondance de Proust

Incursion (fugace et qui le restera)

dans la Correspondance de Proust

 

De Marcel Proust, je ne veux connaître qu’À la recherche du temps perdu… Il peut m’arriver d’aller jeter un œil dans ses autres œuvres publiées, mais ce n’est que contingent. De même, je m’interdis bien d’aller consulter les versions initiales du texte, carnets et brouillons. Il en va de même pour la Correspondance.

 

Ce n’est pas que je craigne d’être déçu à leur consultation. Bien au contraire ! Je redoute l’envie de m’y plonger toujours plus profondément. La Recherche me passionne suffisamment pour que je n’aille pas aggraver ma passion. Je laisse ces explorations aux savants et aux chercheurs.

 

Je viens d’être conforté dans cette approche à pas comptés. J’ai imprudemment accepté de mon cadet le coffret de 5 CD de la Correspondance de Marcel Proust avec sa mère, des éditions Thélème, texte lu par Catherine Salviat et Guillaume Gallienne. Je l’ai cependant mis illico dans un recoin discret de mon bureau pour ne pas être tenté.

 

Et voilà qu’Olivier me somme d’écouter telle et telle lettre, dont la 97 du CD 4. Marcel l’écrit le 17 octobre 1902, à l’Hôtel de l’Europe, à Amsterdam. Il dit notamment envisager de prolonger son séjour en Hollande ou en Belgique ou aux Pays-Pas. Il poursuit : « Mais à Illiers ou ailleurs en ce moment surtout, ce serait une folie véritable. Le retour à Paris, même avec Bibesco, s’il n’est pas parti, Reynaldo, etc. me paraîtra déjà bien dur comme toute modification de l’ambiance, mais enfin c’est un endroit connu, mais Illiers serait atroce et tout autre endroit en ce moment. Fénelon est tout qu’il y a de plus gentil. Tu lui as écrit une lettre charmante adressée à Monsieur de Fénélon. Cet accent aigu joint au k de Bibesko n’a aucune importance. »

 

Deux révélations, mine de rien, dans ce banal extrait de lettre :

1) Painter envisage que Marcel soit venu à Illiers neuf mois plus tard pour un discours de son père lors d’une distribution des prix à l’école de garçons. Proust n’a pas l’air alors de vouloir s’y rendre.

2) On retrouve la faute dans le nom de Fénelon dans Sodome et Gomorrhe. Le romancier la met dans la bouche de Mme Poussin qui trouvait que « l’accent aigu ajoutait quelque mollesse. » Je ne suis pas sûr que Mme Proust mère eût apprécié d’être réincarnée en une mère de deux filles surnommée « Tu m’en diras des nouvelles » à cause d’un tic de langage.

 

J’imagine le nombre de trouvailles ouvrant des passerelles de l’œuvre fictive à la vraie vie que je trouverais.

 

Ne pas le savoir, se boucher les yeux, ce n’est pas très sérieux mais je ne me revendique pas proustien, encore moins exégète — tout juste fou de Proust.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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